Le rôle méconnu de Bob Cratchit chez Ebenezer Scrooge

par Olivier
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Le rôle méconnu de Bob Cratchit chez Ebenezer Scrooge
Royaume-Uni

Que faisait réellement Bob Cratchit pour Ebenezer Scrooge ?

Pour poursuivre l’exploration du thème « Divertissement », penchons-nous sur le rôle discret mais essentiel de Bob Cratchit dans A Christmas Carol. Si les quatre esprits provoquent la métamorphose de Scrooge, ce sont les Cratchit—et tout particulièrement Bob—qui incarnent, par leur précarité et leur dignité, l’effet humain de cette transformation. Le contraste entre la parcimonie de Scrooge la veille de Noël et sa générosité le jour même met en lumière l’importance de la famille Cratchit, Tiny Tim en tête.

Scène de The Muppet Christmas Carol illustrant Bob Cratchit

Le texte de Dickens ne décrit pas précisément l’activité commerciale de Scrooge : on sait seulement que sa maison d’affaires inclut une « counting-house », c’est-à-dire un bureau de comptabilité. Le travail de Bob Cratchit dépend donc en grande partie de cette fonction. Dans la nouvelle, il apparaît d’abord sans même être nommé, présenté simplement comme « son commis » occupé à recopier des lettres dans une petite « cellule »—image éloquente d’un emploi à la fois lettré et répétitif.

Bob Cratchit, le commis de Scrooge, dans une adaptation animée

Dans les faits, Bob Cratchit tient surtout le rôle de copiste : il recopie à la main la correspondance et les documents de Scrooge, parfois dans des conditions extrêmes (l’encre qui gèle est évoquée dans le texte). Ce poste exige certes de la lecture et de l’écriture, mais peu d’autonomie ou d’analyse. Sa maigre rémunération—quinze shillings par semaine, soit environ 39 livres par an—le maintient dans une pauvreté qui empêche toute sécurité matérielle, comme l’achat d’un manteau convenable.

  • Tâches principales : copie de lettres, tenue de comptes élémentaires, travaux d’écriture manuelle.
  • Conditions : travail répétitif, isolation dans une petite pièce, faiblesse salariale chronique.
  • Conséquences sociales : statut blanc‑col malgré la précarité, difficulté à joindre les deux bouts.

Scène illustrant la vie d'un employé de bureau victorien

La vie de commis au XIXe siècle, bien que qualifiée de « white‑collar », était souvent synonyme d’ennui accablant et d’épuisement moral. Les permanents doigts tachés d’encre et les journées de copie sans fin rendaient ce travail plus aliénant que certains emplois manuels. Par ailleurs, la profession s’est énormément répandue au fil du siècle : le nombre de commis est passé de quelques centaines de milliers à près d’un million au début du XXe siècle, ce qui a tiré vers le bas salaires et prestige.

Charles Dickens connaissait bien ce monde : ancien commis lui‑même, il a peuplé ses œuvres de nombreux personnages similaires (on lui attribue plus d’une centaine de personnages de commis). Son intérêt tenait autant à l’expérience personnelle qu’à sa critique sociale : la figure du commis illustrait l’injustice d’un système qui récompense la conformité et use les individus par la promesse trompeuse d’avancement. Par des portraits comme celui de Bob Cratchit, Dickens nous invite à nous rappeler la dignité des travailleurs modestes et à remettre en cause les pratiques patronales qui les maintiennent dans la précarité.

En transition vers la section suivante, cet éclairage sur Bob Cratchit permet de mieux apprécier comment la fiction met en scène les rapports de classe et la possibilité—rare mais décisive—d’une métamorphose morale chez Scrooge.

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