L’histoire secrète des B-52’s : De l’underground au succès mondial

par Olivier
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L'histoire secrète des B-52's : De l'underground au succès mondial
Divertissement

Alors que le punk et la new wave émergeaient des grandes métropoles à la fin des années 1970, la ville universitaire d’Athens, en Géorgie, a offert au monde un phénomène unique : les B-52’s. Avec un son garage rock singulier, à la fois brut et pop, le groupe a marqué les esprits avec Rock Lobster avant de se constituer une base de fans fidèles au début des années 80 grâce à des titres comme Planet Claire et Private Idaho. Ce n’est qu’à la fin de la décennie que la consécration commerciale est arrivée avec des tubes incontournables tels que Love Shack. Ce qui distinguait le groupe, c’était son humour, son refus de se prendre au sérieux, le parlé-chanté exubérant de Fred Schneider et les voix puissantes de Kate Pierson et Cindy Wilson.

Le groupe The B-52's posant ensemble en 1989
Le groupe a su imposer un style unique mêlant rock, pop et excentricité.

Les origines : presque nommés les Tina-Trons

Contrairement à ceux motivés par une passion dévorante, la force motrice derrière la formation des futurs B-52’s était l’ennui. Fred Schneider a décrit la ville d’Athens des années 70 comme mortellement ennuyeuse, obligeant les jeunes à créer leur propre divertissement. Keith Strickland et Ricky Wilson, amis d’enfance, fréquentaient la sœur de Ricky, Cindy. Ils se sont rapprochés de Fred Schneider, employé d’un magasin de produits naturels, et de Kate Pierson, qui vivait en périphérie et s’occupait d’un troupeau de chèvres. C’est lors d’un dîner qu’ils ont décidé de former un groupe.

Photo promotionnelle des B-52's à la fin des années 1970
Avant de devenir légendaires, ils ont failli s’appeler les Tina-Trons.

Le choix du nom ne fut pas immédiat. Les premières idées incluaient « The Tina-Trons » ou « Fellini’s Children », en hommage au réalisateur italien. Finalement, c’est un rêve du batteur Keith Strickland qui a scellé leur destin : il s’y voyait jouer dans un bar d’hôtel où quelqu’un lui chuchotait que le nom du groupe était « The B-52’s ».

L’esthétique Kitsch et les débuts enflammés

Le kitsch, cette réappropriation ironique mais affectueuse de la culture pop passée, est central dans l’identité du groupe. Leur nom fait écho à la coiffure « B-52 » (aussi appelée « choucroute » ou « beehive »), populaire au début des années 60, que Cindy Wilson et Kate Pierson arboraient fièrement avec de faux cils. Faute de moyens, les membres s’habillaient dans des friperies, optant pour des vêtements colorés et démodés.

Les B-52's en 2020, Cindy Wilson portant sa coiffure signature
Le style visuel du groupe est indissociable de leur musique.

La naissance officielle du groupe est elle-même placée sous le signe de l’excentricité. Les cinq amis se sont réunis dans un restaurant chinois d’Athens et ont partagé un cocktail géant appelé le « Flaming Volcano ». C’est après cette soirée arrosée de breuvages sucrés et flambés qu’ils ont concrétisé leur projet musical, utilisant par la suite du matériel d’enregistrement obsolète pour leurs premières créations.

L’histoire derrière Rock Lobster

Le premier single emblématique du groupe, Rock Lobster (1979), est porté par des paroles surréalistes évoquant une fête sur la plage et des créatures marines. Pour Fred Schneider, co-auteur du titre, les crustacés sont un sujet sérieux. Traumatisé à l’âge de 4 ans en voyant des crabes bouillis vivants, il est devenu végétarien.

Fred Schneider chantant avec les B-52's dans les années 70
Fred Schneider, un végétarien convaincu, a puisé l’inspiration dans une discothèque d’Atlanta.

L’inspiration directe de la chanson lui est venue dans une discothèque d’Atlanta qui, au lieu d’un jeu de lumières, projetait des diapositives de chiots, de bébés et de homards grillés. De retour à Athens, le groupe a répété dans une ancienne salle de pompes funèbres, donnant naissance à ce morceau culte. Schneider a d’ailleurs plus tard participé à une campagne pour la protection des animaux, dénonçant la consommation de homard.

L’influence sur John Lennon

Le style vocal unique de Cindy Wilson sur Rock Lobster, notamment ses cris, était inspiré par Yoko Ono. Cette référence n’a pas échappé à John Lennon. En entendant la chanson dans un club aux Bermudes en 1980, l’ex-Beatle a été frappé par la ressemblance avec la musique de sa femme, réalisant que son style avant-gardiste était désormais dans l’air du temps.

Yoko Ono souriant sur scène avec Kate Pierson des B-52's
L’écoute de Rock Lobster a motivé John Lennon à retourner en studio pour enregistrer Double Fantasy.

Cette découverte a inspiré Lennon à sortir de sa retraite musicale pour enregistrer l’album Double Fantasy avec Yoko Ono, la considérant enfin comme une partenaire égale dont le moment était venu.

Tensions et tragédie

Au début des années 80, le groupe a connu des frictions avec son manager, Gary Kurfist. Fred Schneider souhaitait explorer des sonorités funk et soul, mais le manager s’y opposait, craignant peut-être de faire de l’ombre à son autre groupe phare, les Talking Heads. David Byrne des Talking Heads a finalement produit l’EP Mesopotamia, une collaboration écourtée par la pression du management.

Ricky Wilson jouant de la guitare sur scène avec les B-52's
La disparition tragique de Ricky Wilson a profondément marqué l’histoire du groupe.

Le drame a frappé lors de l’enregistrement de l’album Bouncing Off the Satellites. Le guitariste Ricky Wilson, atteint du SIDA, a gardé sa maladie secrète vis-à-vis de presque tout le monde, y compris sa sœur Cindy. Seul Keith Strickland était au courant. Ricky Wilson est décédé en 1985 à l’âge de 32 ans, laissant le groupe dévasté et au bord de la dissolution.

La renaissance et le succès planétaire

Après une pause de deux ans due au deuil, Keith Strickland a réussi à transformer sa douleur en créativité, convaincant le groupe de se reformer. Ayant appris à jouer de la guitare dans le style unique de Ricky, Strickland a pris la relève instrumentale. Avec l’aide des producteurs Don Was et Nile Rodgers, ils ont sorti l’album Cosmic Thing en 1989.

Les B-52's sur un tapis rouge à la fin des années 1980
L’album Cosmic Thing a propulsé le groupe vers une reconnaissance mondiale.

Cet album, né du chagrin, est paradoxalement devenu leur œuvre la plus joyeuse et la plus populaire, atteignant la 4ème place des charts américains grâce aux tubes Roam et l’incontournable Love Shack.

Dans la cabane de l’amour

Love Shack reste le titre le plus célèbre du groupe. Bien que l’inspiration exacte du lieu soit débattue entre les membres (une cabane nommée Hawaiian Ha-Le ou un bâtiment au toit en métal rouillé), l’énergie du morceau est indéniable. La célèbre phrase « Tin roof, rusted! » criée par Cindy Wilson était une improvisation accidentelle conservée au mixage, et non un euphémisme grivois comme le veut la légende urbaine.

Fred Schneider chantant dans le clip vidéo de Love Shack
Le clip de Love Shack est devenu emblématique de la culture pop de la fin des années 80.

Malgré le potentiel évident du morceau, le groupe a dû faire du porte-à-porte auprès des stations de radio américaines pour les convaincre de diffuser ce qui allait devenir leur plus grand succès.

Icônes de la communauté LGBTQ+

Les B-52’s ont toujours brisé les codes, intégrant naturellement l’esthétique et la sensibilité queer dans le rock mainstream. Le clip de Love Shack mettait d’ailleurs en vedette RuPaul dès 1989, bien avant sa célébrité mondiale. Sur les cinq membres originaux, quatre (Ricky Wilson, Keith Strickland, Fred Schneider et Kate Pierson) s’identifient comme faisant partie de la communauté LGBTQ+, faisant du groupe un pionnier de la visibilité dans l’industrie musicale.

Amour des dessins animés et projets solos

Le style visuel « cartoon » du groupe leur a ouvert les portes de l’animation. Ils ont interprété le générique de la série Rocko’s Modern Life et sont apparus dans le film La Famille Pierrafeu (1994) sous le nom de « BC-52’s ». Ils ont également parodié leur propre tube dans Les Simpson avec la chanson Glove Slap.

Les B-52's transformés en BC-52's avec les personnages des Pierrafeu
Leur apparition dans La Famille Pierrafeu reste un moment culte de leur carrière.

Au fil des années, les membres ont pris de longues pauses, se consacrant à la famille ou à des projets solos. Cependant, l’esprit de famille ne s’est jamais dissipé : leurs projets individuels impliquent souvent la participation d’autres membres du groupe, perpétuant la dynamique collective née à Athens il y a près de cinquante ans.

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