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À la fin des années 1960, Londres a vu naître une formation qui allait changer la face du rock. Le guitariste Brian May et le bassiste-chanteur Tim Staffell avaient fondé un groupe nommé Smile, rejoints par le batteur Roger Taylor. Parmi leurs premiers fans figurait un certain Farrokh Bulsara, originaire de Zanzibar. Lorsque Staffell a quitté le navire, Bulsara, se faisant appeler Freddie, a saisi sa chance pour devenir le nouveau chanteur. Avec l’arrivée de John Deacon à la basse et un changement de nom pour « Queen », Freddie Mercury est né, et la légende a commencé.

Élu plus grand groupe de rock de tous les temps par un sondage britannique en 2022, Queen a vendu plus de 300 millions d’albums. Malgré la disparition tragique de Mercury en 1991, la musique du groupe reste ancrée dans la culture populaire. Voici pourquoi aucune autre formation ne pourra jamais égaler Queen.
La voix inimitable de Freddie Mercury
L’élément le plus distinctif du groupe reste sans conteste la voix de son flamboyant leader. Doté d’une tessiture couvrant plusieurs octaves et d’un style opératique, Mercury a marqué chaque composition de son empreinte.

Une étude scientifique publiée en 2016 a analysé les capacités vocales de Mercury. Les chercheurs ont démontré que sa voix pouvait osciller entre 92,2 Hz et 784 Hz, couvrant aisément trois octaves. L’étude a également révélé l’utilisation de subharmoniques, une technique de vibration des plis ventriculaires similaire aux chants de gorge touvains.
Une particularité physique pourrait expliquer cette prouesse : l’hyperdontie. Mercury possédait quatre incisives supplémentaires. Bien qu’il fût complexé par sa dentition, il a toujours refusé la chirurgie, craignant que la modification de sa cavité buccale n’altère sa voix légendaire.
Une démocratie créative unique
Contrairement à de nombreux groupes où l’écriture repose sur un ou deux membres, Queen fonctionnait comme une véritable démocratie musicale. Chaque membre a composé plusieurs tubes qui ont atteint la première place des classements mondiaux.

Si Mercury a signé des chefs-d’œuvre comme Bohemian Rhapsody, Brian May a écrit l’hymne We Will Rock You. John Deacon est l’auteur du célèbre Another One Bites the Dust, tandis que Roger Taylor a offert des titres majeurs comme Radio Ga Ga ou A Kind of Magic. En 2003, Queen est devenu le premier groupe intronisé au Songwriters Hall of Fame pour cette contribution collective.
Le pari fou de Bohemian Rhapsody
Considérée comme l’opus magnum du groupe, Bohemian Rhapsody défiait toutes les conventions de l’époque. Mêlant ballade, opéra et hard rock, ce titre de près de six minutes était jugé trop long et trop complexe pour la radio.

L’enregistrement a repoussé les limites de la technologie analogique 24 pistes. Les harmonies vocales ont nécessité tant de superpositions (overdubs) — jusqu’à 160 voix — que la bande magnétique est devenue presque transparente à force de passages. Malgré les réticences de la maison de disques, le groupe a tenu bon. Le pari fut gagnant : la chanson est devenue le troisième single le plus vendu de tous les temps au Royaume-Uni.
Une maîtrise de tous les genres musicaux
Queen refusait de se laisser enfermer dans une case. Après des débuts marqués par le rock progressif et le heavy metal, le groupe a exploré le cabaret avec Killer Queen, le rockabilly avec Crazy Little Thing Called Love, et même le funk/disco avec Another One Bites the Dust.

Cette diversité déconcertait parfois les puristes du rock, mais elle a permis au groupe de toucher un public universel. L’album Jazz comportait ainsi des morceaux chantés en arabe et persan, tandis que The Game introduisait des synthétiseurs, marquant une rupture audacieuse mais réussie.
Des performances scéniques spectaculaires
Au-delà des albums studio méticuleux, Queen était une bête de scène. Freddie Mercury, avec son charisme inégalé, savait captiver des foules immenses. Le concert Rock in Rio en 1985, devant près de 300 000 personnes, reste l’un des moments forts de leur carrière.

Le son unique de la Red Special
Le guitariste Brian May possède une sonorité immédiatement reconnaissable, due en grande partie à sa guitare, la « Red Special ». Fabriquée à la main avec son père lorsqu’il était adolescent, elle utilise du bois provenant d’un manteau de cheminée.

Autre particularité : May n’utilise pas de médiator classique, mais une pièce de six pence britannique. Le métal dentelé de la pièce offre une attaque percutante et un son articulé impossible à reproduire avec du plastique.
Des hymnes sportifs planétaires
En 1977, constatant que leur public chantait spontanément lors des concerts, May et Mercury ont décidé d’écrire des hymnes participatifs. C’est ainsi que sont nés We Will Rock You et We Are the Champions.

Ces titres sont devenus des standards mondiaux, résonnant dans les stades du monde entier, de la Coupe du Monde de la FIFA aux événements sportifs locaux, unifiant les foules comme peu de chansons ont su le faire.
La collaboration sous tension avec David Bowie
Le tube Under Pressure est né d’une rencontre fortuite avec David Bowie en Suisse. Une séance d’improvisation arrosée a conduit à l’enregistrement de ce morceau culte en une nuit.

La collaboration n’a pas été sans heurts, Mercury et Bowie s’affrontant pour le leadership créatif. C’est pourtant cette tension artistique qui a donné naissance à l’une des lignes de basse les plus célèbres de l’histoire.
Le triomphe du Live Aid
En 1985, Queen a volé la vedette lors du concert caritatif Live Aid. Devant 72 000 spectateurs à Wembley et près de 2 milliards de téléspectateurs, le groupe a livré une performance de 20 minutes considérée comme l’une des meilleures de l’histoire du rock.

Brian May attribue humblement ce succès phénoménal à Freddie Mercury, qui a su connecter avec le public d’une manière quasi mystique ce jour-là.
L’héritage LGBTQ+ et le combat contre le SIDA
Freddie Mercury a brouillé les pistes du genre bien avant que cela ne devienne courant. Icône gay pour les initiés, il jouait avec les codes vestimentaires tout en gardant sa vie privée secrète. En 1991, il est devenu la première grande star du rock à annoncer publiquement son diagnostic du SIDA, la veille de sa mort, changeant à jamais la perception de la maladie.

Une valeur inestimable
Preuve de l’intemporalité de leur œuvre, le catalogue musical de Queen a été vendu à Sony en 2024 pour la somme record d’environ 1,2 milliard d’euros (1,27 milliard de dollars), surpassant largement les ventes de catalogues d’autres légendes comme Bruce Springsteen ou Michael Jackson.
Aujourd’hui, avec le succès colossal du biopic Bohemian Rhapsody et les tournées mondiales aux côtés du chanteur Adam Lambert, l’héritage de Queen continue de prospérer, prouvant que la magie créée par ces quatre musiciens reste absolument unique.
