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Entre 1978 et 1983, le groupe The Police n’a produit que cinq albums studios, mais son influence sur la musique reste indéniable. Avec huit nominations et cinq victoires aux Grammy Awards, 75 millions d’albums vendus, et ce fameux sample de « Every Breath You Take » repris sans autorisation par Puff Daddy, le groupe a laissé une empreinte indélébile sur la culture pop. Ils y sont parvenus grâce à un mélange unique et très particulier de new wave, de pop et de reggae. Au cœur de ce succès se trouve le leader Sting. Bien qu’il ait souvent été qualifié de génie de l’écriture, il est aussi l’auteur d’une litanie de paroles parfois absurdes, prétentieuses ou carrément ringardes.

Des paroles peuvent être considérées comme ridicules pour de nombreuses raisons : des jeux de mots douteux, des rimes pauvres, une philosophie de comptoir pompeuse (un trait récurrent chez The Police), ou simplement parce qu’elles en font trop. Peu importe la raison, il est fascinant de se pencher sur ces textes, sans pour autant remettre en question la qualité musicale du groupe. Et si certains fans risquent de s’en offusquer, il est fort probable que Sting, fort de ses centaines de millions de dollars, n’en ait absolument rien à faire.
Le charabia de Masoko Tanga
Nous sommes en 1978. The Police s’apprête à éblouir le monde avec son premier album, « Outlandos D’Amour », et glisse le titre « Masoko Tanga » en toute fin de disque. Mais au lieu d’une poésie lucide, l’auditeur se heurte à des paroles totalement absurdes, comme « Ping pong da-la-zoe-da-la-la-low » ou encore « I’ve been kicking a wall, baby, ’cause I’m gay ». Concrètement, presque chaque ligne de la chanson est un enchaînement de non-sens.
Le rythme reggae n’est pas assez décalé et l’interprétation manque d’autodérision pour que le titre soit pris comme une simple blague ou une session d’improvisation vocale assumée. La composition n’est pas non plus assez marquante pour qu’on pardonne ces paroles en la considérant comme un simple titre de remplissage festif. Bien que certains fans tentent d’y voir des messages ésotériques profonds sur la dualité ou des vérités interplanétaires, la réalité est bien plus simple : ce n’est que du charabia.
Les métaphores maladroites de De Do Do Do, De Da Da Da
À l’image de « Masoko Tanga », le titre « De Do Do Do, De Da Da Da », issu de l’album « Zenyatta Mondatta » (1980), utilise des syllabes dénuées de sens dans son refrain. Selon les confidences de Sting, cette idée lui a été inspirée par son fils Joe, alors âgé de trois ans. L’intention de départ est d’ailleurs assumée dès les premières lignes, qui soulignent à quel point il est difficile de trouver les bons mots.
Cependant, le reste des couplets sombre dans une pseudo-philosophie stérile. Sting s’en prend « aux poètes, aux prêtres et aux politiciens », adoptant un ton d’adolescent rebelle dénonçant le système. Ce manque de subtilité est d’autant plus ironique que Sting était professeur d’anglais avant de connaître la célébrité. Mais le pire réside dans le pré-refrain, avec des lignes particulièrement douteuses où il affirme que lorsque l’éloquence de ces figures lui échappe, leur logique l’attache et le viole. Un choix de mots profondément malaisant.
Une rime impardonnable dans Don’t Stand So Close to Me
Également présente sur « Zenyatta Mondatta », la chanson « Don’t Stand So Close to Me » aborde, sous ses airs enjoués et ses accords majeurs, le sujet troublant de l’attirance d’une élève mineure pour son professeur. Sachant que Sting a lui-même enseigné, et qu’il joue le rôle de cet enseignant dans le clip vidéo, l’atmosphère de la chanson peut susciter un certain malaise, sans oublier les mentions de voitures chaudes et sèches attendant sous la pluie.
Toutefois, ce n’est pas son thème controversé qui lui vaut sa place ici, mais ce que Sting a lui-même qualifié de technique de rime désastreuse. Dans le troisième couplet, il tente de faire rimer « shake and cough » (trembler et tousser) avec le nom de l’auteur russe « Nabokov ». Vladimir Nabokov est l’auteur du roman controversé « Lolita » paru en 1955, qui a d’ailleurs directement inspiré la chanson. Quelle que soit l’inspiration littéraire, cette rime reste un raté monumental.
Le poème enfantin de Walking in Your Footsteps
Sur « Synchronicity », le dernier album du groupe sorti en 1983, on trouve des paroles qui pourraient presque passer pour un poème d’enfant dédié à sa peluche préférée : « Hey, Mr. Dinosaur / You really couldn’t ask for more ». La chanson se veut pourtant une mise en garde sérieuse contre l’orgueil humain et la menace de l’anéantissement nucléaire, dressant un parallèle avec l’extinction du brontosaure, décrit avec une naïveté déconcertante comme une créature si douce qu’elle « ne ferait pas de mal à une mouche ».
L’idée de fond n’est pas mauvaise, mais son message est brouillé par des formulations maladroites. La référence biblique artificielle à l’Évangile selon Matthieu n’arrange rien. Le coup de grâce est porté par une nouvelle rime hasardeuse, digne de celle de Nabokov, associant cette fois « brontosaurus » à « lesson for us ».
La prétention assumée de Synchronicity I
Toujours sur l’album de 1983, « Synchronicity I » ne contient pas forcément de phrase isolée choquante par sa maladresse, mais l’ensemble dégage une prétention intellectuelle étouffante. La chanson accumule frénétiquement les mots finissant en « -ible » (« invisible », « imperceptible », « inexpressible », « insusceptible », « inflexible ») pour tenter d’expliquer le concept de synchronicité et de coïncidence.
Ces paroles illustrent parfaitement comment la répétition et le jargon peuvent être confondus à tort avec de la profondeur. Au lieu de créer une véritable connexion avec l’auditeur ou de raconter une histoire humaine (ce que tente au moins de faire « Synchronicity II »), le texte s’enferme dans des jeux de mots vagues et creux, donnant une impression finale de vacuité et de fausse complexité.
