L’histoire tragique de Green Boots sur l’Everest
Le mont Everest fascine autant qu’il intimide. Plus haut sommet de la planète, il attire des alpinistes prêts à tout risquer pour atteindre son sommet, au même titre que les grandes aventures humaines comme la traversée de l’Atlantique à la nage ou la conquête du pôle Sud. Pourtant, derrière l’exploit, l’Everest reste un lieu d’une dureté extrême, où le froid, les tempêtes et le manque d’oxygène transforment chaque ascension en épreuve potentiellement mortelle.
Le nombre de décès sur l’Everest rappelle à quel point cette montagne peut être implacable. Même les grimpeurs les mieux préparés peuvent être emportés par une avalanche, une chute soudaine ou une violente tempête. Et pour beaucoup d’autres, le danger commence bien avant le sommet, car certains s’engagent dans cette expédition sans disposer des capacités physiques nécessaires pour affronter l’altitude, le froid extrême et l’épuisement.
Sur l’Everest, la mort n’implique pas toujours un retour. Dans la « zone de la mort », au-dessus du seuil où l’oxygène devient dramatiquement insuffisant, récupérer un corps est coûteux, risqué et souvent presque impossible. C’est ainsi que de nombreux alpinistes morts sur la montagne y demeurent, figés dans le paysage glaciaire, devenant malgré eux des repères sinistres pour les autres grimpeurs.
Dans ce décor, certains disparus cessent d’être perçus comme des individus et deviennent des silhouettes macabres, connues de tous mais réellement identifiées par très peu. C’est le cas de Green Boots, un grimpeur officiellement non identifié, généralement associé à Tsewang Paljor. Selon la BBC, Paljor faisait partie d’une expédition indienne et aurait trouvé la mort lors de la tempête de 1996 sur l’Everest, rendue célèbre par le livre Into Thin Air de Jon Krakauer.
Paljor aurait été victime de ce que l’on appelle le summit fever, cette obsession irrationnelle d’atteindre le sommet même lorsque le danger devient évident. Quand le temps s’est brutalement dégradé, le chef d’équipe aurait ordonné le repli. Paljor et deux compagnons auraient ignoré — ou n’auraient pas vu — le signal. Les trois hommes auraient atteint le sommet, ou s’en seraient approchés, avant d’être pris au piège par la tempête et de périr dans des conditions tragiques.
Paljor se serait alors réfugié dans une cavité située à environ 8 500 mètres d’altitude, soit un peu plus de 300 mètres sous le sommet, où il est mort. Pendant des années, les alpinistes qui passaient devant lui ignoraient son identité, et certains doutent encore qu’il s’agissait réellement de Paljor. Il a pourtant fini par devenir une figure emblématique de l’histoire de l’Everest, connue sous le surnom de Green Boots, en référence à ses bottes vertes fluorescentes.
Allongé sur le côté, les jambes tendues et les bras serrés contre son torse comme pour lutter contre le froid, Green Boots a servi de repère pendant près de vingt ans. Puis, en 2014, il a soudainement disparu. Selon l’hypothèse la plus répandue, son corps aurait été déplacé par les autorités chinoises, sans que cela n’ait jamais été confirmé avec certitude. Quoi qu’il en soit, l’emplacement où il repose désormais lui accorde au moins un peu plus de dignité, dans un lieu où la mémoire des morts de l’Everest reste indissociable de l’histoire tragique de cette montagne.
