« Plus de 9 000 objets non identifiés » au large des côtes américaines : ce que l’on sait vraiment des USOs documentés par l’application Enigma

« Plus de 9 000 objets non identifiés » au large des côtes américaines : ce que l’on sait vraiment des USOs documentés par l’application Enigma

Plus de 9 000 objets sous-marins (USOs) signalés à moins de dix miles des côtes américaines par l'application Enigma : on fait le point sur ce que valent les dossiers officiels du Pentagone et les auditions au Congrès, du Tic-Tac 2004 aux « Orbs Over the Pond ».

Depuis la fin 2022, une application de signalement baptisée Enigma a accumulé plus de 9 000 observations d’objets non identifiés à moins de dix miles des côtes américaines ou de grandes voies d’eau. Derrière ce chiffre circulent des cas beaucoup plus précis — dossier Pentagone, auditions au Congrès, vidéos de la Navy — qui obligent à distinguer la mer des ciels quand on parle d’ovnis.

Aux États-Unis, l’acronyme lui-même a évolué : le Congrès a remplacé « Unidentified Aerial Phenomena » par « Unidentified Anomalous Phenomena », pour couvrir explicitement l’air, l’espace et la mer. C’est ce périmètre élargi — popularisé en français par USO, pour Unidentified Submerged Object — qui redéfinit aujourd’hui la cartographie officielle des mystères non résolus.

9 000 signalements côtiers : ce que mesure vraiment Enigma

Selon les chiffres publiés en octobre 2025 par Marine Technology News puis repris par Popular Mechanics en juin 2026, 9 000+ observations avaient été déposées sur Enigma à août 2025 dans un rayon de dix miles autour des côtes et grands plans d’eau américains. Le tri par mots-clés donne un sous-ensemble plus resserré :

Indicateur Valeur Source
Signalements côtiers totaux 9 000+ MTN, 24 oct. 2025
Citant « water », « ocean », « lake », « beach » ≈ 1 500 (17 %) MTN, 24 oct. 2025
À moins de 5 miles d’une côte ≈ 500 (5,6 %) MTN, 24 oct. 2025
Objet survolant / plongeant dans l’eau 150+ MTN, 24 oct. 2025
État n° 1 (Californie) 389 rapports USO MTN, 24 oct. 2025
État n° 2 (Floride) 306 rapports USO MTN, 24 oct. 2025

Enigma se présente comme « la plus grande base de données consultable de signalements UFO et UAP » et reconnaît que sa collecte repose sur des témoins volontaires : la qualité d’une telle base n’a rien de comparable à un dossier militaire classifié. Mais elle documente, à grande échelle, une concentration géographique qui n’est pas aléatoire : les deux principaux contributeurs sont justement les États qui abritent les principales flottes de la Navy.

Le dossier « Orbs Over the Pond » : un cas non résolu du Pentagone

Le Pentagone a publié dans sa troisième vague de déclassifications une vidéo iPhone baptisée « Orbs Over the Pond », montrant une lumière stationnaire au-dessus d’un étang à environ 2 700 pieds de distance. Le document officiel décrit « une sphère de type plasma changeant par intermittences de forme et de luminosité, [qui] semble parfois se séparer en plusieurs points lumineux plus petits ». L’observation a duré 45 minutes avant disparition.

L’analyse jointe privilégie une explication par rétrodiffusion de la lumière du soleil sur la neige réfléchie sous des nuages bas — mais avec un niveau de confiance faible, et le dossier lui-même demeure non résolu. C’est précisément sur ce type d’écart entre l’explication proposée et la persistance du statut « unresolved » que la question UAP reste officiellement ouverte.

Navy : le « Tic-Tac » de San Diego et la vidéo « Go Fast »

Le 14 novembre 2004, le Lt-Commander David Fravor, à bord d’un F/A-18F, repère à 100 miles au large de San Diego un objet blanc oblong d’environ 45 pieds, sans ailes ni empennage, sans traînée d’échappement. Quand il tente l’interception, l’engin accélère si vite que le radar perd la trace. La vidéo infrarouge associée — dite FLIR1 / Tic-Tac — ne sera rendue publique qu’en 2017 dans le New York Times, et déclenche la création du UAP Task Force du Département de la Défense.

En 2015, un capteur d’un autre F/A-18, sur la côte est, capte la séquence dite « Go Fast » : un objet blanc quasi instantané qui traverse le champ infrarouge. Pour les analyses citées par Popular Mechanics, la vitesse et la structure apparente « semblaient défier les lois de la physique ».

2019, USS Omaha : la sphère qui plonge

En 2019, au large de San Diego, l’USS Omaha suit un objet sphérique volant au-dessus du Pacifique, puis plongeant dans l’océan sans laisser de sillage ni de débris. Le témoignage a été relayé publiquement par l’ancien chef météorologue de la Navy, l’amiral à la retraite Tim Gallaudet, qui précise que des responsables du Pentagone ont vérifié les images.

« Une intelligence qui n’est pas humaine » : l’audition Gallaudet

En novembre 2024, devant la House Oversight and Accountability Committee, l’amiral Gallaudet — ancien responsable par intérim de la NOAA — a livré cette phrase qui a alimenté la couverture médiatique internationale :

« Nous sommes assez convaincus que ces engins sont opérés par une intelligence d’ordre supérieur qui n’est pas humaine. Je ne crois pas qu’ils soient du monde naturel tel que nous le connaissons. Ils peuvent venir de la Terre, mais je ne crois pas qu’ils appartiennent aux règnes végétal et animal que nous connaissons. »

— Amiral Tim Gallaudet, audition 2024 (cité par Popular Mechanics et IBTimes UK)

Gallaudet qualifie par ailleurs la capacité observée de transition air/eau de « world-changing » et avertit qu’ignorer le phénomène pourrait « jeopardize U.S. maritime security ». Ce sont des prises de position publiques d’un officier à la retraite, et il faut les lire comme telles : un éclairage d’initié, pas une conclusion scientifique établie.

Ce que disent les sonars

L’opérateur sonar vétéran de la Navy Aaron Amick a décrit des contacts « fast mover » apparaissant épisodiquement sur les sonars de bord, allant « si vite qu’on ne peut pas en mesurer la vitesse ». Ces descriptions rejoignent celles qu’on retrouve dans les signalements Enigma qui mentionnent explicitement des objets entrant ou sortant de l’eau.

Repères chronologiques

  • XIe siècle — chronique anglaise : « un objet enflammé qui tourna, s’éleva, puis descendit dans la mer » au large de la côte de Northumberland.
  • 1825 — le naturaliste Andrew Bloxam, à bord du HMS Blonde, décrit un orbe rougeoyant de « la couleur d’un boulet de canon chauffé » sortant brièvement de la mer.
  • 14 novembre 2004 — rencontre « Tic-Tac » au large de San Diego (Fravor, F/A-18F).
  • 2015 — vidéo « Go Fast » par F/A-18 sur la côte est.
  • 2019 — USS Omaha suit une sphère qui plonge dans le Pacifique.
  • Novembre 2024 — audition Gallaudet à la House Oversight Committee.
  • Octobre 2025Marine Technology News publie les statistiques Enigma : 9 000+ signalements côtiers.
  • Juin 2026Popular Mechanics publie une synthèse recoupant Enigma, dossiers Pentagon déclassifiés, audition Gallaudet.

Ce qu’on peut dire — et ce qu’on ne peut pas dire

Trois éléments sont aujourd’hui solidement étayés et indépendants les uns des autres :

  1. Une application de signalement civil (Enigma) a accumulé 9 000 observations côtières en moins de trois ans, avec une géographie corrélée aux zones de déploiement naval.
  2. Le Pentagone a déclassifié des cas (dont « Orbs Over the Pond ») qui restent officiellement non résolus.
  3. Des pilotes de chasse, un opérateur sonar et un amiral à la retraite ont décrit sous serment ou en audition publique des comportements (transitions air/eau sans sillage, accélérations incompatibles avec les lois de la physique connues) qui n’ont, à ce jour, reçu aucune explication publique consensuelle.

Ce que ce corpus ne permet pas de dire, et que les sources ne disent pas : ni l’origine — humaine, naturelle ou autre — des objets concernés, ni le lien direct entre la masse des signalements Enigma et les cas Pentagon déclassifiés. Le seul fait établi est commun : une partie de ces observations n’est toujours pas expliquée. C’est ce constat, et lui seul, qui justifie qu’on continue de les documenter — sans dériver vers le sensationnalisme.

Sources

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