Les Moments Politiques les Plus Bizarres de la Décennie

par Olivier
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Les Moments Politiques les Plus Bizarres de la Décennie
États-Unis, Royaume-Uni, Canada

Weird

Les moments politiques bizarres de la décennie ont façonné, parfois malgré eux, l’atmosphère des années 2010. Partout, les normes ont volé en éclats, les institutions ont été fragilisées et les élections comme les scandales ont pris une tournure de plus en plus imprévisible. Dans ce climat, la politique est devenue un spectacle souvent étrange, parfois inquiétant, et toujours plus polarisé.

Avant d’aller plus loin, il faut préciser une chose : il ne s’agit pas ici de recenser les épisodes les plus cruels ou les plus traumatisants, mais bien ceux qui ont paru si invraisemblables qu’on aurait presque cru lire une satire. Des États-Unis au Royaume-Uni, en passant par le Canada, ces affaires ont transformé la vie publique en succession de scènes absurdes, à la frontière du sérieux et du grotesque.

discours de Trump

Un ancien vedette de téléréalité, sans aucune expérience politique, annonce sa candidature à la présidence des États-Unis… et finit par gagner. Relu aujourd’hui, l’énoncé semble relever d’un scénario de fiction politique. Pourtant, Donald Trump a bel et bien lancé sa campagne en 2015, dans un style que beaucoup ont d’abord pris pour une provocation, voire pour une opération promotionnelle à peine déguisée.

Son ton apocalyptique, sa manière de parler, ses sous-entendus racistes et son ego de célébrité hors norme donnaient l’impression d’un numéro destiné à faire rire plutôt qu’à gouverner. Beaucoup d’Américains pensaient alors qu’il perdrait. Mais tout a basculé le 8 novembre 2016 : Trump a perdu le vote populaire, puis a remporté le collège électoral, accédant ainsi à la présidence. Dès lors, la politique américaine est entrée dans une ère encore plus déroutante, et c’est bien l’un des plus marquants moments politiques bizarres de la décennie.

Trump annonce sa candidature présidentielle

Au Royaume-Uni, le milieu des années 2010 a lui aussi produit un scandale politique pour le moins embarrassant : le célèbre PigGate. Rien à voir avec Black Mirror, même si la ressemblance avec un épisode de la série a donné matière à de nombreux commentaires. En 2015, un tabloïd britannique a relayé un extrait d’une biographie non autorisée de David Cameron, affirmant que le premier ministre aurait, lors de son passage dans une société secrète universitaire masculine d’Oxford, introduit une partie intime dans la bouche d’une carcasse de cochon.

Le récit a été démenti avec colère par Cameron, qui l’a qualifié de faux et d’absurde, et la source initiale n’inspirait guère confiance. Mais la polémique a été si spectaculaire qu’elle a envahi les médias et donné naissance à un mot-clic. Qu’elle soit vraie ou non, cette affaire a renforcé l’image d’une politique britannique déjà plongée dans l’étrangeté.

david cameron et le scandale PigGate

La grande énigme de covfefe appartient, elle aussi, à cette galerie de moments politiques bizarres. Le 31 mai 2017, à 12 h 06 du matin, Donald Trump a publié un message devenu légendaire : « Despite the constant negative press covfefe ». Le mot n’existait pas. Il s’agissait visiblement d’une faute de frappe, probablement pour coverage.

Mais au lieu d’admettre l’erreur, Trump a laissé planer le doute, puis a supprimé le message plusieurs heures plus tard avant d’en publier un autre, tout aussi énigmatique. Le résultat a été un emballement médiatique immense, amplifié par les commentaires de la Maison Blanche. Le terme covfefe est ainsi devenu un symbole parfait de la communication politique chaotique des années 2010.

tweet covfefe de Donald Trump

L’ascension, la chute et l’effondrement d’Anthony Weiner forment un autre chapitre particulièrement étrange de la vie politique américaine. Au début de la décennie, l’élu new-yorkais était considéré comme une étoile montante du Congrès : ses discours faisaient le tour d’internet et son mariage attirait l’attention. Puis, en mai 2011, tout a basculé lorsqu’une photo compromettante a été publiée depuis son compte Twitter.

L’affaire a rapidement révélé une série d’échanges sexuels en ligne avec plusieurs femmes, alors même que le politicien était marié. Il a fini par présenter des excuses publiques et quitter le Congrès. Des années plus tard, il a tenté un retour en se lançant dans la course à la mairie de New York, assurant avoir tiré de dures leçons de ses erreurs. Mais de nouvelles preuves ont montré que ses messages explicites avaient continué, sous le pseudonyme de Carlos Danger. Son avenir politique a définitivement sombré, avant qu’une autre enquête n’aboutisse à une condamnation à 18 mois de prison.

Anthony Weiner

Oui, cela s’est vraiment produit : Mitt Romney a boxé Evander Holyfield. L’épisode paraît irréel, pourtant il servait une cause caritative. La famille Romney voulait lever des fonds pour Charity Vision International, une organisation qui finance des opérations destinées à restaurer la vue de personnes aveugles.

En 2015, l’idée a émergé d’organiser un combat de boxe entre l’ancien candidat à la présidence et le champion évander Holyfield afin d’attirer le public et de récolter de l’argent. Sur le ring, Romney est apparu en robe rouge, au son de I Will Survive, et a échangé quelques rounds avec Holyfield avant d’arrêter le combat. L’ancien champion l’a ménagé, mais a salué son engagement. Étrange, oui, mais au service d’une bonne cause.

Mitt Romney boxe Evander Holyfield

Il faut ensuite parler de l’affaire Stormy Daniels, devenue l’une des plus célèbres controverses politico-médiatiques de la fin des années 2010. Aujourd’hui, ce genre de scandale de type télé-réalité semble presque banal, mais imaginez annoncer à votre version de 2005 que le président américain serait accusé d’avoir eu une liaison avec une actrice de films pour adultes, puis d’avoir fait payer son silence avec l’argent d’une campagne électorale. La réponse aurait sans doute été l’incrédulité totale.

Selon les éléments rapportés, Stormy Daniels — de son vrai nom Stephanie Clifford — affirme avoir eu une relation consentie avec Donald Trump peu après la naissance de Barron Trump. Elle dit aussi avoir cherché à révéler son histoire à plusieurs reprises, avant que l’avocat de Trump, Michael Cohen, ne lui verse 130 000 dollars pour qu’elle garde le silence. Au-delà des aspects moraux, le point essentiel est politique : ce paiement pourrait être considéré comme une contribution illégale de campagne destinée à influencer l’élection.

Stormy Daniels et Donald Trump

Parmi les moments politiques les plus bizarres, celui d’un conseiller municipal travailliste de Whitby affirmant que sa vraie mère était une extraterrestre verte de près de trois mètres mérite aussi sa place. En 2012, Simon Parkes a expliqué publiquement qu’une femme télépathe venue d’ailleurs l’aurait invité dans son OVNI alors qu’il avait 11 ans, avant qu’un accord entre deux mondes ne fasse de lui une figure importante de l’histoire intergalactique.

Il n’a révélé cette croyance qu’après son élection, tout en soutenant que ses amis extraterrestres étaient plus pratiques que les gens de l’hôtel de ville. Il a aussi minimisé l’affaire en affirmant qu’il s’agissait d’une question personnelle qui n’influençait pas son travail. Aujourd’hui, son site met surtout en avant ses contacts avec les aliens, les reptiliens, les entités démoniaques, les êtres-mantes et l’Illuminati, reléguant presque sa carrière politique au second plan.

mère extraterrestre verte

À Toronto, c’est le maire Rob Ford qui a offert l’un des épisodes les plus choquants et les plus étranges de la décennie. En 2013, une vidéo a montré l’élu en train de consommer du crack, déclenchant une crise politique majeure au Canada. Depuis des mois déjà, Ford faisait la une pour ses excès d’alcool et ses épisodes humiliants, ce qui avait alimenté les appels à sa démission.

Lorsqu’il a été interrogé sur l’enregistrement, il a reconnu avoir probablement essayé cette drogue lors d’un de ses « états d’ivresse ». Le scandale a alors éclaté au grand jour. Ford a refusé de quitter son poste, a fini par reconnaître ses problèmes d’addiction en 2014 et a suivi une cure de désintoxication. Sa tentative de réélection a plus tard été interrompue par un cancer rare et agressif, qui l’a emporté deux ans plus tard.

Rob Ford maire de Toronto

Le personnage de Vermin Love Supreme incarne à lui seul la satire politique américaine. À chaque élection présidentielle, il revient sur le devant de la scène avec son chapeau-botte, ses promesses de paillettes jetées au visage des politiciens homophobes et son idée fantaisiste d’une économie reposant sur les poneys. En 2017, il a poussé la provocation encore plus loin en demandant un permis pour faire venir deux poneys à une manifestation prévue devant une librairie du New Hampshire, où Hillary Clinton devait dédicacer son livre What Happened.

Lorsque la ville a proposé un autre jour, Supreme a porté l’affaire devant la justice, affirmant que refuser ses poneys revenait à attaquer son programme politique. Il a finalement obtenu gain de cause, même s’il a dû payer des frais de « stationnement pour poneys ». Le jour de la séance de dédicaces, les visiteurs ont ainsi traversé cette étrange protestation équine, qui contenait aussi une pointe de critique politique visant le débat sur la santé publique.

Vermin Supreme avec un mégaphone

Puis vient l’image devenue emblématique de l’orbite politique mondiale : Donald Trump, Abdel Fattah el-Sissi et le roi Salmane posant ensemble les mains sur une sphère lumineuse. La scène a immédiatement donné l’impression d’un rituel inquiétant, comme si trois dirigeants très puissants s’apprêtaient à invoquer quelque chose de plus grand qu’eux. En réalité, il s’agissait simplement d’un globe éclairé relié à l’inauguration d’un centre de lutte contre l’idéologie extrémiste, en mai 2017.

Mais entre la mise en scène, la lumière mystérieuse et les deux longues minutes pendant lesquelles les mains sont restées posées sur l’objet, la photo a suffi à déclencher des milliers de mèmes. Même si l’orb n’avait aucun pouvoir occulte, le résultat fut irréel. Peu d’images résument aussi bien l’étrangeté visuelle de la politique mondiale contemporaine.

Trump, Abdel Fattah el-Sisi et Salman devant l'orb

Enfin, une simple dispute sur la taille d’une foule a donné naissance à l’expression « faits alternatifs », devenue l’un des symboles du langage politique des années 2010. Après l’investiture de Donald Trump, les images montraient clairement une assistance inférieure à celle de Barack Obama en 2008. Pourtant, Sean Spicer a affirmé, contre toute évidence, qu’il s’agissait de « la plus grande audience à avoir jamais assisté à une investiture ».

C’est alors que Kellyanne Conway a surenchéri à la télévision en expliquant que les propos de Spicer n’étaient pas des mensonges, mais des « faits alternatifs ». La formule a aussitôt choqué, puis circulé partout comme un raccourci parfait du brouillage entre réalité et communication politique. Dans le contexte des moments politiques bizarres de la décennie, elle résume à merveille la façon dont le discours public a parfois semblé se détacher du réel.

Kellyanne Conway et Donald Trump

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