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Après trois années d’attente, le gouvernement a officiellement publié sa troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3). Ce document stratégique, véritable feuille de route jusqu’en 2035, marque un tournant majeur en privilégiant la relance de la consommation électrique, actuellement en stagnation, et en réorientant les priorités de production.
Pour concrétiser cette nouvelle politique, l’exécutif fait le choix clair de l’électricité décarbonée d’origine nucléaire. Cette stratégie vise à remplacer les énergies fossiles, coûteuses à l’importation, tout en revoyant à la baisse les ambitions de déploiement pour l’éolien terrestre et le solaire par rapport aux prévisions initiales.
Priorité au nucléaire et à l’électrification
La feuille de route gouvernementale lie directement l’objectif de production électrique décarbonée à l’horizon 2035 à une croissance soutenue de l’électrification des usages. L’enjeu est de faire basculer les secteurs encore très dépendants des énergies fossiles — tels que les transports, le bâtiment ou l’industrie — vers l’électricité. Le document ambitionne ainsi de réduire la part des énergies fossiles dans la consommation finale de 60 % en 2023 à seulement 40 % en 2030.
En rupture avec la précédente programmation (PPE2) qui envisageait la fermeture de plusieurs réacteurs, la PPE3 entérine une relance massive de l’atome. Le plan prévoit une optimisation du parc existant dès 2030 et fixe un objectif de production compris entre 380 et 420 térawattheures (TWh), une cible supérieure aux 320 TWh produits en 2023.
Révision à la baisse pour le solaire et l’éolien terrestre
Si l’éolien en mer bénéficie d’une volonté d’accélération malgré des ajustements de calendrier, les filières terrestres et solaires sont en retrait. Ces arbitrages font suite à des débats intenses entre les défenseurs du nucléaire et les partisans d’un mix énergétique plus diversifié.
Concrètement, les objectifs ont été revus à la baisse : la production solaire visée est désormais de 48 gigawatts (GW) d’ici 2030, contre 54 GW dans la version consultée en mars dernier. De même, l’éolien terrestre cible 31 GW, contre 33 GW précédemment. Ces ajustements s’alignent sur les scénarios de consommation électrique révisés par le gestionnaire du réseau RTE, qui anticipe une demande moins forte que prévu.
Réactions politiques contrastées
La publication de ce cadre stratégique permet aux industriels d’anticiper les investissements et les besoins en compétences pour la période 2025-2035. Toutefois, le texte divise la classe politique. Le Rassemblement National et Les Républicains avaient demandé l’abandon de sa publication, le RN dénonçant notamment des conséquences jugées négatives sur le paysage énergétique.
À gauche, les Écologistes ont exprimé un soulagement mesuré, saluant l’existence de directives claires qui évitent un moratoire total sur les renouvelables. Pour défendre cette programmation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a prévu d’échanger avec les acteurs du secteur lors d’un déplacement sur des barrages hydroélectriques dans le Jura.
