Sommaire
Une vague de contestation déferle sur le littoral morbihannais. Samedi dernier, une foule estimée entre 1 500 et 2 000 personnes s’est rassemblée sur la grande plage de Quiberon pour exprimer sa ferme opposition au futur parc éolien en mer, baptisé « Bretagne Sud ». Ce projet, bien qu’encore au stade de planification, cristallise déjà les tensions locales.
Un projet titanesque au cœur de la tempête
Le dossier prévoit l’installation d’une douzaine d’éoliennes flottantes au large de Belle-Ile-en-Mer. Les dimensions annoncées sont colossales : la hauteur des structures, en bout de pale, devrait osciller entre 270 et 340 mètres, dépassant ainsi la taille de la tour Eiffel. C’est ce gigantisme, couplé à l’emplacement choisi, qui mobilise les opposants depuis plusieurs années.
La colère des manifestants se focalise sur la méthode de l’État. Ils dénoncent un choix de localisation jugé arbitraire, arrêté sans prise en compte suffisante de l’avis des élus locaux. Selon les plans actuels, ces géants des mers seraient ancrés à seulement 19 km des côtes de Belle-Ile-en-Mer et à 33 km de Quiberon.
L’exigence d’un éloignement au large
Le contentieux remonte au débat public de 2020, qui n’avait pas permis de dégager un consensus sur la zone d’implantation. Faute d’accord, l’État avait tranché pour concilier les différents enjeux, une décision aujourd’hui contestée. La crainte majeure réside dans l’impact visuel de ces structures sur les paysages emblématiques du Morbihan. Les opposants exigent, a minima, un recul significatif des éoliennes vers le large, menaçant de réclamer l’abandon total du projet si cette demande n’est pas satisfaite.
Cette requête d’éloignement trouve un écho même parmi certains défenseurs de l’environnement. Le collectif Stop nucléaire 56 Trawalc’h, bien que favorable au principe du parc, plaide pour une installation au-delà de 30 km des côtes. Leur objectif est double : réduire la gêne paysagère et préserver les zones de pêche côtière.
Calendrier et enjeux énergétiques
L’appel d’offres pour le parc Bretagne Sud a été remporté en 2024 par le consortium Pennavel, associant les entreprises Elicio et Baywa.re. Le parc devrait offrir une capacité de production comprise entre 230 et 270 MW, de quoi couvrir les besoins en électricité d’environ 450 000 habitants, avec un facteur de charge estimé à 45 %. Si la mise en service est annoncée pour 2032, les choix techniques définitifs ne seront figés qu’en 2029.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie nationale ambitieuse. Dans sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), l’État vise 15 gigawatts de puissance éolienne en mer installée d’ici 2035. Actuellement, la France dispose de trois parcs opérationnels (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc et Fécamp) totalisant 1,5 gigawatt. Le précédent de Saint-Nazaire, où les riverains avaient déploré une visibilité des éoliennes supérieure aux prévisions, alimente aujourd’hui la méfiance des habitants du Morbihan.
