La vie des hommes dans le royaume des femmes en Chine

par Olivier
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La vie des hommes dans le royaume des femmes en Chine
Chine

La vie des hommes dans le royaume des femmes en Chine

Dans le débat sur la société chinoise, la place des femmes et des hommes a souvent été façonnée par des siècles de traditions, mais aussi par des politiques démographiques aux conséquences durables. Selon ThoughtCo, en Chine et en Inde, on estime que près de 2 millions de petites filles « disparaissent » chaque année. Une partie de ces absences s’explique par l’infanticide féminin, un phénomène ancien auquel se sont ajoutées des pressions sociales favorisant les fils. Dans la pensée confucéenne, les femmes ont longtemps été perçues comme des charges, tandis que les hommes étaient considérés comme supérieurs et comme les futurs soutiens de leurs parents âgés.

En Chine, la politique de l’enfant unique instaurée en 1979 a aggravé la situation. Dans de nombreuses familles obsédées par l’idée d’avoir un garçon, des bébés filles ont été avortées, abandonnées ou tuées. À tel point que, dans certaines régions, le déséquilibre entre les sexes a atteint des proportions extrêmes, avec jusqu’à 140 hommes pour 100 femmes. Cette réalité a même favorisé des enlèvements de femmes dans des pays voisins. Sur fond d’infanticide féminin et d’inégalités de genre, l’existence d’un royaume des femmes en Chine semble presque irréelle — et pourtant, il existe bel et bien.

Au cœur de cette singularité se trouve le peuple Mosuo, dont la culture matrilinéaire fascine les historiens, les anthropologues et les lecteurs curieux des sociétés alternatives. Voici l’image associée à cette réalité sociale :

Mosuo woman

La région mosuo se situe « dans les contreforts de l’Himalaya, entre les provinces du Yunnan et du Sichuan, là où est née la légende de Shangri-La », selon le Pulitzer Center. Dans cette culture, on estime que « tout ce qui est vital dans le monde provient d’une femme ». Une vision qui, au regard de la biologie humaine, s’inscrit dans une logique particulièrement éloquente : la maternité y est au centre de l’organisation sociale, symbolique et familiale.

Chez les Mosuo, les femmes sont considérées comme plus intelligentes et globalement meilleures que les hommes. Dans la pratique, cela se traduit par une répartition très différente des rôles dans la société. Les femmes dirigent le foyer, déterminent les héritages et contrôlent l’éducation des enfants. Les hommes apportent un soutien financier, mais participent peu à l’exercice quotidien de la parentalité. D’après The Guardian, il est même courant que les femmes ne sachent pas avec certitude qui est le père de leur enfant.

Cette organisation sociale très particulière se retrouve aussi dans les relations amoureuses. Les Mosuo vivent séparément des hommes et les invitent parfois à partager un repas, ou davantage, quand le désir s’invite dans l’intimité. Bien qu’il existe souvent des unions monogames appelées « mariages de visite », les femmes peuvent également avoir des liaisons sans craindre la jalousie d’un mari. Selon le Pulitzer Center, les mots « jaloux » et « mari » n’existent pas dans leur culture, ce qui révèle à quel point la notion même de couple y diffère des normes dominantes en Chine.

Comme l’a résumé une femme mosuo : « Les hommes parlent une langue différente de la nôtre. Nous les aimons et nous avons besoin d’eux, mais nous accordons aussi de la valeur à notre liberté. » Une phrase qui résume à elle seule l’esprit du royaume des femmes : un modèle social rare, où les rapports entre hommes et femmes, la filiation et le pouvoir domestique s’organisent selon des règles bien éloignées des conventions habituelles.

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