Science : la résistance des tardigrades
Poursuivant l’exploration des bords extrêmes du vivant, les tardigrades occupent une place à part dans l’imaginaire scientifique. Ces micro‑animaux aquatiques, surnommés « ours d’eau » ou « porcelets de mousse », mesurent généralement moins de 0,5 millimètre et présentent une longévité naturelle d’environ deux ans et demi. Leur faculté à entrer en état de cryptobiose — le fameux état de « tun » — leur permet d’interrompre presque totalement leur métabolisme et d’affronter des conditions qui tueraient la plupart des autres espèces.

Le passage en état de tun consiste à rétracter les pattes, contracter le corps et suspendre les fonctions vitales. Dans cet état, les tardigrades tolèrent des variations extrêmes de température, de pression, de radiation et de déshydratation. Leur résistance a été mise à l’épreuve dans de nombreuses expériences étonnantes, révélant des records de survie qui bordent l’incroyable.

Exemples de conditions extrêmes affrontées par des tardigrades :
- Chaleur intense : certains ont survécu à des expositions très brèves à des températures extrêmement élevées.
- Froid extrême : des observations rapportent une survie après congélation à environ −200 °C et même des spécimens retrouvés vivants après avoir été congelés en Antarctique pendant des décennies.
- Vide et radiation spatiale : des populations ont survécu à un passage dans l’espace, exposées au vide et à des radiations intenses.

Pour autant, leur invincibilité a des limites : la résistance dépend fortement de l’acclimatation et de l’état physiologique. Des essais montrent que les tardigrades supportent mal des périodes prolongées de chaleur modérée à élevée. Par exemple :
- Des expositions répétées à environ 40 °C (≈104 °F) sur plusieurs heures ou jours entraînent la mortalité de nombreux individus.
- Même en état de tun — plus résistant — des chaleurs soutenues d’environ 63 °C (≈145,6 °F) pendant 24 heures peuvent tuer une proportion significative des sujets étudiés.
Ces observations illustrent comment, malgré des capacités de survie hors du commun, les tardigrades restent soumis à des contraintes physiques précises. Leurs prouesses ouvrent des pistes fascinantes pour comprendre la physiologie de la résistance au stress, tout en rappelant que « résistant » ne signifie pas « indestructible ».
