Science
Fin janvier 2020, l’épidémie liée au coronavirus de Wuhan a été qualifiée d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À ce moment-là, on dénombrait environ 213 décès et près de 10 000 cas confirmés répartis dans une vingtaine de pays. Cette classification signale une alerte mondiale motivée par des considérations sanitaires et épidémiologiques précises.

L’OMS avait jusque-là hésité à déclencher cette alerte, invoquant l’absence de transmission interhumaine avérée en dehors du pays d’origine. Ce point de vue a été révisé après la confirmation, le 30 janvier 2020, d’une transmission de personne à personne aux États-Unis. Selon des comptes rendus médicaux, une patiente de l’Illinois atteinte du 2019-nCoV aurait transmis le virus à son conjoint, ce qui a confirmé que la contamination peut se faire par gouttelettes et contact physique direct (Science News).
Parmi les préoccupations scientifiques et sanitaires mises en avant :
- la capacité du virus à se propager silencieusement, y compris pendant la période d’incubation ;
- le risque majeur pour les pays dont les infrastructures de santé sont fragiles ;
- la difficulté de repérer les cas précoces en raison de symptômes initiaux peu spécifiques.
Le directeur général de l’OMS a souligné la crainte que le virus cause des dégâts importants si la propagation touchait des pays au système de santé plus faible : « Nous ne savons pas quel type de dommages ce virus pourrait causer s’il se répandait dans un pays où le système de santé est moins robuste… Pour toutes ces raisons, je déclare une urgence de santé publique de portée internationale. »

Depuis le premier cas signalé en décembre 2019, le coronavirus s’est diffusé dans plusieurs pays, dont les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Inde. Des études et comptes rendus cliniques indiquent désormais que la transmission asymptomatique est possible pendant l’incubation (CNN).
Les symptômes initiaux sont souvent « cliniquement peu spectaculaires » : toux légère et maux de gorge, ce qui rend le dépistage précoce d’autant plus problématique, comme l’a noté la spécialiste des maladies infectieuses Camilla Rothe.
L’appel à la vigilance mondiale s’inscrit dans un cadre déjà exceptionnel : l’OMS n’avait utilisé la désignation d’urgence de santé publique de portée internationale (PHEIC) que six fois depuis 2003. Les précédents incluent :
- l’épidémie de SRAS (2003) ;
- la pandémie grippale de 2009 ;
- l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (2013–2016) ;
- une série de cas de poliomyélite signalés en 2014 ;
- l’alerte liée au virus Zika en 2016 ;
- l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (en cours à l’époque).
Ces éléments scientifiques et épidémiologiques expliquent la décision de l’OMS et préparent la discussion suivante sur les implications sanitaires et les réponses envisageables.
