Werner Herzog et l’Exhumation de la Mère d’Ed Gein

par Olivier
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Werner Herzog et l'Exhumation de la Mère d'Ed Gein
États-Unis

L’énigme de Plainfield et l’obsession des cinéastes

Le tueur en série Ed Gein

Les actes d’Ed Gein — profanation de tombes, taxidermie humaine et cannibalisme — ont alimenté l’imaginaire du cinéma et de la télévision pendant des décennies, inspirant des œuvres et des personnages cultes. Cette combinaison d’horreur réelle et de détails macabres attira l’attention de documentaristes et de cinéastes, intrigués par la logique, presque folklorique, qui entourait les crimes.

Au début de 1975, le réalisateur Errol Morris, alors en pleine construction de son identité artistique, se rendit au Wisconsin pour interviewer Gein en prison. Lors d’une visite au cimetière de Plainfield, il remarqua quelque chose d’étrange : les tombes que Gein avait profanées semblaient former un cercle autour de la sépulture de sa mère. Cette observation le hanta.

  • Début 1975 : Morris collecte des témoignages et observe le cimetière de Plainfield.
  • Constat marquant : les exhumations paraissent centrées sur la tombe de la mère d’Ed Gein.
  • Idée obsédante : vérifier si Gein avait lui-même déterré sa mère.

Morris confia sa découverte à Werner Herzog, qui trouva l’hypothèse suffisamment troublante pour envisager d’en vérifier la véracité par des moyens radicaux. Morris avoua plus tard qu’il avait même rêvé d’exhumer la tombe de la mère d’Ed Gein — une image qui mêlait enquête, culpabilité et effroi.

Werner Herzog et Errol Morris

À l’été 1975, Herzog et Morris convinrent de se retrouver à Plainfield pour tenter d’élucider le mystère : la seule manière, pensaient-ils, de trancher était d’exhumer la tombe et d’examiner le cercueil. Herzog prit la route depuis l’Alaska accompagné d’un producteur allemand, prêt à se confronter au geste extrême.

Mais Morris fit demi‑tour et resta à Los Angeles. La peur l’emporta : il s’imagina en pleine nuit avec des pelles, des voitures de police surgissant, et les regards d’horreur de ses proches. Face à ce scénario, il renonça.

Herzog, privé de compagnon d’action, n’exhuma finalement pas la tombe. Il visita néanmoins Plainfield, où le paysage et l’atmosphère nourrirent son inspiration pour son film suivant, Stroszek. Le choix de Herzog de tirer parti du lieu suscita le ressentiment de Morris, qui se sentit trahi par l’utilisation de ses recherches.

Pour sa part, Morris passa plus d’un an à Plainfield et réalisa des centaines d’heures d’entretiens, mais son projet consacré à Ed Gein resta inachevé. Cette histoire illustre comment une enquête historique peut basculer entre quête documentaire, obsessions personnelles et dilemmes éthiques.

Suite à cet épisode, la figure d’Ed Gein continua d’alimenter débats et créations, tandis que Plainfield devint, à sa manière, un lieu mythique pour les récits de crime et de cinéma.

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