L’Histoire Tragique du Massacre de Benin en 1897

par Olivier
0 commentaires
A+A-
Reset
L'Histoire Tragique du Massacre de Benin en 1897
Nigeria

Origines, apogée et chute du royaume de Bénin

Oba, roi de Bénin

Poursuivant le fil de l’histoire, le royaume de Bénin — initialement appelé Igodomigodo — fut fondé par le peuple Edo du sud du Nigeria vers l’an 900. Implanté au cœur d’une forêt tropicale dense, ce royaume connut d’abord une succession de souverains nommés Ogisos, littéralement « Maîtres du ciel ».

Au XIe siècle, les Edo cherchèrent l’indépendance vis‑à‑vis des Ogisos et prirent le nom de Royaume de Bénin. Conscients du besoin d’une autorité centrale, ils firent appel à Oranmiyan, roi d’Ife, qui envoya son fils Eweka : ce dernier devint le premier Oba (souverain) de Benin.

Entre le XIIe et le XVIe siècle, le royaume se transforma en un véritable empire. L’Oba Ewuare, notamment, fit rebâtir le palais royal et la ville de Bénin, et constitua une armée organisée qui permit d’étendre le territoire. Ses successeurs — parmi lesquels Ozolua et Esigie — développèrent les échanges avec les navigateurs portugais, renforçant ainsi la prospérité et le pouvoir militaire du royaume.

Localisation de Benin City

Le royaume connut son apogée sous le règne d’Orhogbua, qui étendit son influence jusqu’au Niger à l’est et vers les régions qui deviendront le Ghana à l’ouest. Mais, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, des troubles internes et des révoltes locales fragilisèrent l’autorité des Obas.

Après la mort d’Ehengbuda en 1601 — souvent considéré comme le dernier grand roi-guerrier — la cohésion du royaume s’étiola. Les pressions extérieures augmentèrent, notamment de la part des Britanniques, attirés par les ressources locales : huile de palme, poivre, ivoire et textiles. Le désir de préserver l’indépendance de Benin entre en conflit avec les ambitions commerciales et politiques étrangères.

Scène liée au Massacre de Benin

La crise culmina avec ce qui est désormais connu sous le nom de Massacre de Benin. En décembre 1896, des officiers britanniques cherchèrent à négocier un accord commercial avec les dirigeants du royaume, alors que la cour royale se préparait à la fête sacrée de l’Igue — rituel destiné à renouveler le pouvoir de l’Oba. Pendant cette période, l’Oba était tenu de rester isolé, rendant toute rencontre officielle impossible.

Malgré cet interdit religieux et les avertissements reçus, une délégation britannique poursuivit sa route vers Benin City. Prévenus d’une possible embuscade, les chefs militaires béninois envoyèrent des forces armées. L’affrontement qui s’ensuivit causa la quasi‑destruction de la délégation britannique — événement qui servit ensuite de prétexte à une riposte militaire majeure.

Relief représentant un guerrier béninois

En réponse au Massacre de Benin, une expédition punitive britannique fut montée et débarqua en février 1897 sous le commandement du contre‑amiral Harry Rawson. Forte d’environ 1 200 hommes et d’armements modernes (fusils et canons), cette force affronta l’armée béninoise, dont l’armement traditionnel — flèches, machettes, lances — était inadapté face à la supériorité des armes à feu.

La répression fut d’une grande violence : la ville fut pillée et incendiée, de nombreux habitants furent tués, et l’Oba Ovoramwen fut capturé. Jugé et déclaré coupable des événements, il fut exilé à Calabar, où il mourut en 1914. Le royaume perdit alors son statut souverain et fut intégré progressivement dans l’empire colonial britannique jusqu’à l’indépendance du Nigeria en 1960.

Artefacts de Benin exposés

Parmi les conséquences les plus durables du Massacre de Benin figure le pillage massif du patrimoine artistique. Environ 2 500 objets — statues, défenses finement gravées, plaques de bronze — furent arrachés au royaume et dispersés vers des musées et des collections privées en Europe.

  • Une part importante des pièces apparut rapidement dans des expositions publiques dans les musées européens.
  • Certaines furent vendues pour financer l’expédition; d’autres rejoignirent des institutions muséales, notamment en Allemagne, en Grande‑Bretagne et ailleurs.
  • Des retours d’objets ont été annoncés ces dernières années : des engagements ont été pris par des musées allemands, écossais et français, tandis que d’autres collections conservent encore un grand nombre de pièces sans calendrier précis de restitution.

Scène moderne de Benin City, Nigeria

La ville moderne de Benin City a été reconstruite sur les ruines de l’ancienne capitale. Peu d’édifices médiévaux ont survécu au saccage : on ne retient qu’une maison de chef dont l’architecture rappelle les constructions historiques.

Après l’indépendance du Nigeria en 1960, Benin City devint la capitale de l’État d’Edo et connut un développement urbain et économique (marchés, université, routes). Aujourd’hui, la ville reste un centre régional d’activités telles que la production de caoutchouc, l’exportation d’huile de palme, la fabrication de meubles et le traitement du bois. Le palais royal demeure un symbole vivant de la continuité culturelle, et la mémoire du Massacre de Benin continue d’alimenter les débats sur le patrimoine, la restitution et le legs du colonialisme.

Suggestions d'Articles

Laisser un Commentaire