Histoire

Pour comprendre le Collège électoral, il faut d’abord admettre qu’il est profondément antidémocratique. Deux des trois derniers présidents américains ont été élus alors qu’ils avaient perdu le vote populaire, et, d’après Time Magazine, 53 % des électeurs souhaiteraient aujourd’hui mettre fin à cette institution. Comment une telle anomalie a-t-elle vu le jour ?
Au moment de la rédaction de la Constitution, le Collège électoral est né d’un compromis entre partisans d’une élection au suffrage populaire et défenseurs d’un choix présidentiel détenu par le Congrès. Ce mécanisme n’était donc pas conçu pour maximiser la démocratie directe, mais pour équilibrer des intérêts concurrents au sein d’une jeune république.

Il existe toutefois une dimension plus sombre aux origines du Collège électoral : son enracinement dans le racisme et l’esclavage. Cette réalité historique explique comment des mécanismes institutionnels ont servi à préserver le pouvoir d’États esclavagistes tout en excluant les personnes réduites en esclavage du jeu politique.
- Les États du Nord, plus peuplés, auraient dominé la vie politique dans une élection strictement populaire ; les délégations du Sud s’y opposaient.
- La solution retenue fut le compromis des trois cinquièmes : chaque esclave serait compté pour trois cinquièmes d’une personne dans le calcul de la population, augmentant ainsi la représentation des États esclavagistes sans accorder de droit de vote aux esclaves.
- Concrètement, la répartition des grands électeurs s’est donc basée sur une population incluant les esclaves, alors que seuls les citoyens libres pouvaient voter — un arrangement explicitement conçu pour renforcer l’influence politique des propriétaires d’esclaves.
Cette structure n’a pas simplement disparu avec l’abolition de l’esclavage. Comme le relate PBS, des mécanismes contemporains — notamment l’incarcération de masse et les lois liées au système pénitentiaire — continuent de réduire la portée politique de certains groupes raciaux, un phénomène documenté par des travaux comme ceux de la Prison Policy Initiative.
Face à cet héritage, les appels à l’abrogation du Collège électoral se multiplient, qu’il s’agisse d’une réforme constitutionnelle ou d’approches pragmatiques mises en œuvre au niveau des États, comme le National Popular Vote Interstate Compact. Ces initiatives visent à rapprocher l’élection présidentielle d’un véritable scrutin populaire.
