La fin d’un conquérant
Poursuivant l’examen de la trajectoire d’Alexandre, il est frappant de constater combien son rapport à la divinité et à la destinée a façonné ses actions. Image, mythe et volonté personnelle se mêlaient chez ce roi macédonien, au point d’alimenter des récits qui le présentent comme presque invincible.

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Convaincu de sa propre puissance, Alexandre le Grand adoptait la maxime « rien n’est impossible à celui qui essaie ». Cette foi en soi le porta au-delà de ce que beaucoup croyaient réalisable : en l’espace de seize ans, il transforma une monarchie régionale en un empire s’étendant de la Macédoine à l’Inde.
Une anecdote illustre bien son état d’esprit et la provocation qu’il sut transformer en moteur : après son avènement (336 av. J.-C.), Darius III de Perse lui envoya un maillet et une balle de polo, insinuant qu’il devait « s’occuper du sport » plutôt que de la guerre. Alexandre, loin d’être humilié, vit dans ce geste une métaphore : il serait le maillet, et le monde la balle qu’il entendait frapper.
En quelques chiffres :
- Ascension au trône : 336 av. J.-C.
- Victoire décisive sur l’empire perse : 331 av. J.-C.
- Étendue des conquêtes : de la Macédoine à l’Égypte, à la Perse et jusqu’à l’Inde
- Durée de sa vie : environ 32 ans

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Pourtant, le seul adversaire qu’il n’a pas su vaincre fut la mort. En 323 av. J.-C., alors qu’il préparait une nouvelle expédition vers l’Arabie, Alexandre tomba gravement malade et mourut après douze jours d’agonie. Les sources antiques rapportent que son corps ne montra de signes de putréfaction qu’au bout de six jours, ce qui renforça la croyance, chez certains, en sa divinité.
Depuis lors, les historiens et les spécialistes de la médecine ont multiplié les hypothèses sur la cause réelle de son décès :
- Certains toxicologues avancent l’idée qu’il aurait pu ingérer par erreur du vin contaminé par Veratrum album (hellébore faux), une plante toxique utilisée à l’époque pour provoquer des vomissements.
- En 2019, une autre hypothèse médicale a été proposée : la possibilité d’un syndrome de Guillain-Barré paralysant, qui aurait immobilisé Alexandre sans qu’il soit immédiatement considéré comme mort, expliquant ainsi l’absence rapide de décomposition apparente.
Ces interprétations, complémentaires ou concurrentes, témoignent de la difficulté à trancher sur un événement ancien et entouré de mythes. Elles montrent aussi pourquoi la disparition d’Alexandre le Grand demeure une énigme à la croisée de l’histoire, de la médecine et de la légende.
