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Désigné pour prendre la tête de la République islamique, Mojtaba Khamenei succède à son père au poste de guide suprême, à la suite du décès de ce dernier lors de frappes américano-israéliennes. Si son nom circulait depuis longtemps pour assurer cette transition, cette succession de fait marque un tournant pour un régime qui avait pourtant mis fin à la monarchie héréditaire en 1979.
Un dirigeant de l’ombre au cœur du pouvoir
Né le 8 septembre 1969 dans la ville sainte de Machhad, Mojtaba Khamenei est l’un des six enfants de l’ancien dirigeant iranien. Bien qu’il n’ait jamais occupé de fonction officielle au sein du gouvernement, il s’est imposé au fil des années comme l’une des figures les plus puissantes du pays. Agissant dans les coulisses du bureau de son père, il a exercé une influence considérable qui a longtemps alimenté les spéculations tant au sein de la population que dans les chancelleries étrangères.
Reconnaissable à sa barbe poivre et sel et à son turban noir, symbole des descendants du prophète Mahomet, ce dignitaire religieux de 56 ans a souvent été perçu comme le véritable orchestrateur de la politique iranienne, manœuvrant dans l’ombre du pouvoir central.
Des liens étroits avec l’appareil militaire et répressif
Mojtaba Khamenei entretient des relations privilégiées avec les franges les plus conservatrices du régime, notamment avec les Gardiens de la Révolution. Ce lien, forgé sur le terrain, remonte à son engagement militaire lors de la longue guerre meurtrière entre l’Iran et l’Irak dans les années 1980.
Sur la scène internationale, son rôle n’est pas passé inaperçu. Dès 2019, le Trésor américain l’a ciblé par des sanctions économiques. Washington l’accusait alors de représenter officiellement le guide suprême et de collaborer étroitement avec la Force Qods, chargée des opérations extérieures, ainsi qu’avec les milices paramilitaires des Bassidji. Selon les États-Unis, ces alliances visaient à faire avancer des ambitions régionales déstabilisatrices et à maintenir une politique intérieure répressive implacable.
Répression, fortune et rang théologique
L’implication du nouveau guide suprême dans les affaires intérieures est également vivement critiquée par l’opposition. Son rôle a notamment été pointé du doigt lors de la répression sanglante du mouvement de contestation de 2009, déclenché après la réélection controversée du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Par ailleurs, des enquêtes financières indépendantes ont révélé qu’il se serait constitué une fortune colossale grâce à un réseau opaque de sociétés écrans basées à l’étranger.
Sur le plan religieux, il a suivi une formation en théologie à Qom, la ville sainte située au sud de Téhéran, où il a aussi officié comme enseignant. Il a atteint le rang de hodjatoleslam, un niveau hiérarchique intermédiaire au sein du clergé chiite, logiquement inférieur au titre d’ayatollah que détenait son père ainsi que le fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.
Un mandat amorcé sous très haute tension
La prise de fonction de Mojtaba Khamenei s’effectue dans un climat de conflit ouvert. Outre la perte de son père, les autorités iraniennes ont confirmé que son épouse, Zahra Haddad-Adel, fille d’un ancien président du Parlement, a également péri lors des récentes frappes militaires.
Le président américain Donald Trump, qui s’était dit impliqué dans le processus entourant le choix du nouveau dirigeant iranien, avait fermement exprimé son opposition à cette succession de père en fils. De son côté, le ministre de la Défense israélien a lancé un avertissement sans équivoque, prévenant que quiconque prendrait la succession de l’ancien guide suprême deviendrait de facto une cible militaire de l’État hébreu.
