Turquie
Un voyage en Turquie ne serait pas complet sans assister à une cérémonie appelée Sema, dont le moment le plus marquant est celui des Derviches Tourneurs. Ces danseurs spirituels tournent sur eux-mêmes, les bras levés, parfois pendant des heures, afin d’atteindre un état proche de la transe lié au Sufisme. Selon History Daily, il s’agit d’un état de force intérieure et de paix qui permet à la personne de ressentir un amour profond et un lien intime avec le reste du monde.
Comme l’explique Encyclopedia Britannica, cette pratique de la rotation pour atteindre le Sufisme a été initiée par les disciples du poète et mystique soufi du XIIIe siècle Rumi, aussi connu sous le nom de Mevlana. En 1244, Rumi rencontra un derviche itinérant, ou homme saint, nommé Shams al-Din, qu’il considéra comme une figure divine. Dès lors, il délaissa progressivement ses études savantes pour passer davantage de temps auprès de lui, ce qui fut mal accepté par ses proches et ses disciples.
Les partisans de Rumi finirent par tuer Shams al-Din afin de le soustraire à cette influence. Mais le poète, profondément bouleversé, entra alors dans une longue période de deuil. C’est de cette douleur qu’est née l’idée d’entrer en communion avec Dieu par la danse. Peu à peu, d’autres participèrent à la cérémonie du Sema, et les disciples de Rumi, menés par son fils, fondèrent en 1312 l’ordre mevlevi de l’islam. Celui-ci se diffusa dans tout l’Empire ottoman et demeura, pendant des siècles, une pratique religieuse courante jusqu’au XXe siècle.

Le mouvement des Derviches Tourneurs est profondément symbolique. Après la chute de l’Empire ottoman en 1922, le premier président de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk, entreprit de laïciser le pays. Le Sufisme fut alors déclaré illégal, et les cérémonies des derviches durent se dérouler dans la clandestinité pour survivre. Les danseurs ne purent réapparaître au grand jour qu’en 1956, mais uniquement comme héritage culturel et attraction touristique.
Dans un article publié par le Washington Post, Cara Tabachnick a confié avoir regretté de ne pas connaître l’histoire des derviches tourneurs avant d’assister à une démonstration. Elle y décrit la portée symbolique de la danse : les derviches débutent la cérémonie vêtus de robes noires représentant leur existence terrestre, puis celles-ci sont retirées au fil du rituel. Les jupes blanches qu’ils portent dessous évoquent l’ego des danseurs, tandis que les chapeaux coniques posés sur leur tête figurent la pierre tombale de cet ego. La couleur du chapeau varie selon la confrérie. Même sans avoir saisi tous les détails du rite, Tabachnick a résumé l’expérience en ces termes : « Je savais que sa magie suffisait à me donner envie d’explorer à nouveau ce monde mystique. »
La vérité sur les Derviches Tourneurs, c’est qu’ils ne sont qu’une des nombreuses raisons de visiter la Turquie et de se plonger dans sa riche histoire. Il suffit de regarder autour de soi pour découvrir, presque partout dans le pays, des récits fascinants — y compris l’annonce, en 2019, de la découverte par des archéologues d’une ancienne civilisation « perdue ».
