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Pour les jeunes, obtenir sa première voiture, ou du moins y avoir un accès régulier, représente une étape cruciale vers l’indépendance. Soudain, il est possible de choisir sa destination, ses passagers et, surtout, la musique qui accompagnera le trajet. Même après l’apparition des lecteurs cassettes intégrés au milieu des années 1970, l’autoradio restait le moyen privilégié pour dynamiser la conduite. Il permettait de découvrir de nouveaux morceaux, de varier les plaisirs au-delà des quelques cassettes traînant dans l’habitacle, et d’exercer son droit de veto sur un mauvais titre d’un simple coup de molette dédaigneux.
Tous les morceaux présentés ici ont passé au moins trois semaines au sommet du classement Billboard Hot 100 dans les années 1970. C’est au cours de cette décennie que les baby-boomers nés entre 1955 et 1964 ont connu leurs premières expériences d’indépendance au volant. Aujourd’hui encore, ces chansons s’écoutent parfaitement en voiture, que ce soit sur une station de radio nostalgique ou via une playlist. Il ne s’agit pas de trésors perdus, mais de classiques intemporels que l’on a forcément déjà entendus sur la route et dont on monte inévitablement le volume dès les premières notes.
You’re So Vain — Carly Simon
Sorti en 1972, ce titre de Carly Simon est un regard musical inoubliable et teinté de mépris. La chanson adopte le point de vue d’une femme qui observe un ancien amant parader dans une soirée après plusieurs années de séparation. Elle y décrit ses réactions face à l’attitude désespérément prétentieuse de son ex. Les piques lyriques de la chanteuse sont parfaites : l’homme fait son entrée avec un chapeau placé de manière stratégique et s’admire immédiatement dans un miroir. La mélodie, facile à chanter au volant tant que l’on n’essaie pas d’atteindre les notes aiguës des chœurs, sonne presque comme une moquerie.
Depuis la sortie du morceau, la curiosité est restée vive quant à l’identité de cet anti-muse qui a si bien su irriter la jeune, jolie et talentueuse artiste en quête d’une élégante vengeance. Carly Simon a fini par révéler au magazine People que chaque couplet visait un homme vaniteux différent. Si le deuxième couplet est bien dédié à Warren Beatty, l’identité du jeune premier à l’écharpe abricot du premier couplet et celle du playboy joueur du troisième restent encore à confirmer.
Play That Funky Music — Wild Cherry
L’injonction de jouer de la musique funky a traversé les générations, que l’on soit un père la transmettant à son fils ou l’inverse. Cette célèbre phrase tire évidemment son origine du tube de Wild Cherry sorti en 1976. Ce morceau funk-rock raconte l’histoire d’un groupe de rock tentant de s’adapter à l’essor de la musique funk. Avec sa ligne de basse insolente et son rythme entraînant, le titre donne une envie irrésistible de danser, même s’il ne s’agit que de bouger les épaules sur le siège conducteur, le tout avec une touche ludique mais jamais stupide.
D’après une interview du guitariste rythmique Bryan Bassett accordée à American Songwriter, l’inspiration est venue lors d’un concert dans un club disco de Pittsburgh. Quelqu’un leur aurait littéralement lancé cette phrase, insinuant que s’ils ne jouaient pas du funk, leur carrière risquait de tourner court. En tant que groupe de rock évoluant dans un milieu où le funk et le disco attiraient les foules, ils ont parfaitement saisi le message. Cette anecdote correspondait d’ailleurs à la vision du chanteur Rob Parissi, qui estimait que Wild Cherry devait opérer ce virage musical pour survivre à la fin des années 70. La formule n’a fonctionné qu’une seule fois, ce titre restant leur unique grand succès, mais il continue de faire hocher les têtes dans les voitures depuis sa sortie.
I Will Survive — Gloria Gaynor
Dès les premières notes de piano majestueuses, l’attention est captée, avant que Gloria Gaynor n’entame ses paroles devenues mythiques. Sorti en 1978, ce joyau du disco est un double succès : un hymne pour la communauté homosexuelle, mais aussi un triomphe célébré avec la même intensité par le grand public, et toujours aussi apprécié dans les années 2020. Son tempo vif mais modéré permet de chanter les paroles avec passion, tout en offrant de courtes pauses idéales pour reprendre son souffle avant de lancer la prochaine réplique cinglante à un ex.
Le message du morceau ne se limite pas aux ruptures amoureuses. Cette invitation à aller de l’avant fonctionne tout aussi bien pour surmonter des difficultés professionnelles, des problèmes de santé ou tout autre obstacle empêchant de vivre pleinement. La chanter à tue-tête dans sa voiture reste une expérience aussi libératrice aujourd’hui qu’elle l’était lors de ses premiers trajets en solitaire.
La popularité de la chanson transcende toutes les frontières. Elle a été reprise par des dizaines d’artistes. Selon CNN, Ivana Trump, une femme au tempérament bien trempé, aurait d’ailleurs écouté ce classique en boucle lors de son divorce avec Donald Trump. La meilleure musique possède décidément une portée universelle.
My Sharona — The Knack
L’expression My Sharona est presque impossible à prononcer sans adopter le bégaiement caractéristique du célèbre tube de The Knack. Sorti en 1979 et propulsé à la première place des classements, ce titre s’est ancré dans les mémoires au même titre que les jingles publicitaires les plus accrocheurs. Ce morceau saccadé et séduisant a grimpé les échelons à une vitesse fulgurante, atteignant le disque d’or en moins de deux semaines, puis le platine peu après.
Le chanteur Doug Fieger interprète les paroles avec une voix tendue et captivante, répétant de manière quasi obsessionnelle ce prénom atypique. On l’imagine aisément les yeux en forme de cœur, totalement subjugué. Les paroles filent la métaphore automobile, évoquant une Sharona qui fait tourner son moteur à plein régime. Nombreux sont ceux qui ont eu leur propre Sharona à leurs côtés. Avoir la chance de partager sa voiture avec cette personne spéciale au moment où ce titre passait à la radio pouvait créer une atmosphère particulièrement propice à la séduction.
Stayin’ Alive — Les Bee Gees
Il est impossible d’évoquer la radio des années 70 sans parler des Bee Gees. Le groupe a littéralement dominé les ondes à la fin de la décennie, le public américain ne se lassant pas des voix de fausset de ces trois frères d’origine mannoise et australienne. Leur participation à la bande originale du film La Fièvre du samedi soir leur a permis de surfer sur son immense succès, propulsant Stayin’ Alive, Night Fever et How Deep Is Your Love à la première place aux États-Unis. Au cours de leur carrière, ils atteindront d’ailleurs cette position à neuf reprises.
Si plusieurs tubes du groupe pourraient figurer dans cette liste, c’est Stayin’ Alive, sorti en 1977, qui possède le plus fort impact. Dès que l’on mentionne les Bee Gees, quelqu’un finit toujours par fredonner le rythme si reconnaissable de ce titre. La cadence assurée et les paroles pleines d’assurance capturent parfaitement l’audace de l’ère disco. Cette célébration assumée de l’estime de soi est idéale pour se motiver en voiture avant de sortir en club. Même si certaines paroles sont parfois difficiles à déchiffrer derrière le phrasé inimitable des frères Gibb, le refrain a su se faire une place de choix dans le cœur du public, les sessions de chant en voiture et d’innombrables playlists.
