La Soupe de Poulet, Bon Pour l’Âme et la Malaria

par Olivier
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La Soupe de Poulet, Bon Pour l'Âme et la Malaria
Royaume-Uni

Souvenez-vous peut-être des foires du livre Scholastic de votre enfance, où des étagères métalliques débordaient de titres alléchants censés attirer les pièces de monnaie de vos poches. Parmi les ouvrages omniprésents de ces rayons, la série Chicken Soup for the Soul a fini par marquer des générations de lecteurs, au point de dépasser les 500 millions d’exemplaires vendus dans le monde et de diffuser une idée simple : les gens ordinaires peuvent accomplir des choses extraordinaires.

Mais la soupe de poulet ne serait pas seulement réconfortante pour l’âme. D’après les résultats d’un projet mené dans une école primaire britannique à l’occasion de la Semaine nationale des sciences, elle pourrait aussi avoir un intérêt face au paludisme, autrement dit la malaria. Un sujet loin des stands d’une foire du livre, certes, mais qui a servi de point de départ à une expérience de science accessible et étonnamment sérieuse.

Le chercheur Jake Baum, spécialiste des maladies infectieuses à l’Imperial College London et parent d’un élève de l’établissement, cherchait à expliquer aux enfants la différence entre un remède traditionnel et un vrai traitement médical. « Si ma mère ou ma grand-mère me dit qu’elle va me donner cette tisane et que ça me guérira, et qu’une autre personne arrive en disant : “Oh, ce n’était que de la poudre aux yeux, je vais te donner un vrai médicament”, quelle est la différence ? », a-t-il demandé. Sa réponse tient en un mot : la preuve.

Selon lui, « si l’on prend un remède naturel, qu’on le teste et qu’il fonctionne, alors il devient aussi un médicament ». C’est ainsi qu’est née l’idée du projet autour de la soupe : les enfants ont été invités à apporter la soupe traditionnelle préparée dans leur famille lorsqu’une personne ne se sent pas bien. L’objectif était à la fois pédagogique et scientifique, en montrant comment la recherche médicale peut partir d’un geste culturel simple.

Une nouvelle façon d’utiliser la soupe en science

Les élèves ont apporté 60 soupes aux origines ethniques variées venues du monde entier, ce qui représentait déjà un échantillon fascinant pour une enquête sur la santé et l’alimentation. Baum a pu en filtrer 56, les quatre restantes étant trop épaisses pour être analysées, puis les a emportées au laboratoire afin de les tester.

L’adversaire choisi était particulièrement redoutable : P. falciparum, l’espèce de parasite du paludisme la plus meurtrière, responsable de 99 % des décès dus à la malaria. En 2017, la maladie a causé 435 000 morts dans le monde, bien davantage que d’autres affections courantes chez les jeunes et les adolescents. Dans ce contexte, toute piste capable d’inhiber le parasite mérite l’attention des chercheurs en science et en santé.

Les résultats ont été plus étonnants encore :

  • cinq des 56 soupes ont freiné la croissance du parasite dans le sang humain d’environ 50 % ;
  • deux d’entre elles se sont révélées aussi efficaces qu’un antipaludique de référence, le dihydroartémisinine ;
  • quatre autres bouillons ont réussi à bloquer le développement sexuel du parasite mâle d’environ 50 %.

La meilleure formule, selon Baum, était une soupe végétarienne à base de chou fermenté. « Et vous savez, les gens ne tarissent pas d’éloges sur le kimchi et d’autres choux fermentés, alors il y a peut-être quelque chose là-dedans », a-t-il expliqué. Entre culture culinaire, recherche scientifique et lutte contre la malaria, cette expérience rappelle que les savoirs traditionnels peuvent parfois ouvrir des pistes inattendues.

Au final, la leçon est simple : parfois, une humble soupe de poulet, ou une recette familiale à base de chou, peut nourrir bien plus que le réconfort. Dans le domaine de la science et de la santé, elle peut aussi devenir une porte d’entrée vers de nouvelles questions sur la recherche contre le paludisme.

Chicken stock image

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