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La musique joue un rôle fondamental dans la transition vers l’âge adulte. C’est à cette période que l’on se forge ses propres goûts, distincts de ceux de ses parents, et que l’on noue des amitiés autour de passions communes. Pour beaucoup, il s’agit d’un premier exercice d’affirmation de soi : définir ce qui est cool permet de définir qui l’on est. Avec l’émergence du punk, du disco et la maturation du rock, les années 1970 ont offert aux jeunes de cette époque une vaste palette de mélodies et d’identités à explorer. Aujourd’hui encore, les meilleurs morceaux de cette décennie sauvage continuent de séduire les fans et de générer des revenus.
Cette sélection rassemble cinq titres des années 70 qui capturent à la perfection le sentiment d’être jeune, juste à l’aube de l’âge adulte. Tous réussissent le test de l’hymne fédérateur : même sans en connaître les paroles exactes, il est impossible de ne pas fredonner leurs mélodies entraînantes. Ici, pas de place pour l’obscurité ou la tristesse, mais uniquement de bons morceaux sincères qui ont traversé le temps.
Dancing Queen — ABBA
Le quatuor pop scandinave ABBA a régné en maître absolu sur les hit-parades européens du milieu à la fin des années 70, étendant également son succès à l’Amérique du Nord et à l’Australie. Bien que plusieurs de leurs titres se soient ancrés dans l’inconscient collectif américain — avec leur style à la fois assez cool pour les bars et assez doux pour les ascenseurs —, ils n’ont décroché qu’un seul numéro un aux États-Unis : « Dancing Queen ». Si les paroles décrivant une jeune fille de 17 ans comme une « allumeuse » ont plus ou moins bien vieilli, le reste de la chanson demeure une ode intemporelle à la jeunesse, à la danse et au plaisir d’être au centre de l’attention.
Les membres d’ABBA déclareront plus tard qu’ils savaient que « Dancing Queen » serait un succès, particulièrement après l’avoir amputée de son titre original, « Boogaloo ». Le groupe ayant explosé grâce à son single « Waterloo », victorieux à l’Eurovision, ce changement de nom était probablement une sage décision. On ne peut que regretter, malgré leur large public australien, qu’ils n’aient jamais pris le temps d’écrire une chanson intitulée « Kangaroo ».
Don’t Stop Me Now — Queen
De nombreuses chansons de Queen auraient pu figurer dans cette liste. Leurs morceaux sont conçus pour être chantés (ou hurlés) en voiture avec des amis. Dans certaines cultures, on ne devient véritablement adulte qu’après s’être cassé la voix sur « Bohemian Rhapsody ». Mais pour capturer cette énergie si particulière qui précède l’âge adulte, celle du dernier été avant l’université, rien n’égale « Don’t Stop Me Now ». Les paroles maintiennent une excitation constante face aux promesses de la nuit et de l’avenir : supersonique, étoile filante, fendant le ciel, fusée, machine sexuelle. Et même si les passagers à l’arrière de la voiture ne peuvent rivaliser avec la voix phénoménale du regretté Freddie Mercury, systématiquement mise en valeur dans les enregistrements du groupe, la mélodie reste accessible aux chanteurs les plus limités.
Il semblerait que le morceau ait été inspiré par le goût prononcé de Freddie Mercury pour la fête. À la fin des années 70, la popularité de Queen ne cessait de croître, tout comme l’appétit de son chanteur pour un mode de vie digne d’une rock star. Si ses camarades ont d’abord hésité à valider la chanson — Brian May la jugeant trop hédoniste et Roger Taylor la trouvant simplement moyenne —, tous deux ont fini par accepter l’héritage festif du titre, devenu un monument à la mémoire de la vie brève et intense de Mercury.
Ça Plane Pour Moi — Plastic Bertrand
L’un des plus grands avantages de la jeunesse est de ne pas avoir à être totalement cohérent. Courir partout, expérimenter, se découvrir et tester quelles règles du monde gris et adulte des crédits immobiliers on doit réellement suivre fait partie intégrante du processus de croissance. C’est exactement cette énergie, à la fois francophone et délicieusement absurde, qui a propulsé « Ça Plane Pour Moi » de Plastic Bertrand au sommet des charts. Les paroles n’ont pas beaucoup plus de sens une fois qu’on les comprend, mais elles s’effacent devant l’énergie frénétique de l’interprétation de Bertrand. La chanson est un peu punk, un peu New Wave, mais surtout unique en son genre. C’est cette folie idiosyncratique qui en a fait un tel tube.
Si « Ça Plane Pour Moi » vous rappelle vaguement quelque chose sans pouvoir mettre le doigt dessus, c’est parce qu’elle possède une jumelle secrète. La même piste instrumentale sert de base au titre « Jet Boy, Jet Girl » d’Elton Motello, réalisé par le même producteur. Bien que la version de Motello soit beaucoup plus sombre sur le plan des paroles, abordant des thèmes d’abus sexuels et de jalousie violente, elle n’en reste pas moins un classique au même titre que son alter ego moins complexe.
Sheena Is a Punk Rocker — The Ramones
Comme tout genre musical, le punk signifie différentes choses selon les personnes. Pour les Ramones, l’essence du punk résidait dans le fait de s’amuser. Cette joie de vivre est évidente dans la dimension pop et entraînante de leurs morceaux les plus célèbres, et tout particulièrement dans « Sheena Is a Punk Rocker ». On y décèle l’influence rythmique du début des années 60, tout comme dans la façon dont Joey Ramone livre les paroles. Bien que « Sheena » soit plus brute et tranchante que ce que l’on pouvait entendre 15 ans avant sa sortie en 1977, l’ADN des débuts du rock ‘n’ roll et de la Motown n’est jamais très loin sous la surface. Les paroles sont rares, mais elles parlent de quitter le domicile familial pour rejoindre New York : une évasion que tout le monde ne réalise pas, mais à laquelle presque tout le monde songe. Ce fantasme est crucial pour de nombreux jeunes qui se sentent prisonniers de petites villes sans histoire.
« Sheena » fait référence à l’héroïne de bande dessinée Sheena, Reine de la Jungle, un équivalent féminin de Tarzan qui existait au moins en partie pour justifier le dessin d’une femme aux formes généreuses dans une tenue équatoriale légère. Elle avait pour amis un singe et une sorcière et, inversant les rôles habituels de l’âge d’or des comics, c’était souvent elle qui devait secourir son petit ami. Il est donc facile d’imaginer que Sheena aurait adoré le punk.
Teenage Kicks — The Undertones
Les premiers émois amoureux occupent une place immense dans la jeunesse. Rassembler son courage pour agir en conséquence est une étape cruciale pour grandir. Le titre « Teenage Kicks » des Undertones retranscrit parfaitement ce sentiment à la fois hormonal et touchant. La chanson parle du fait d’apprécier une fille, de la voir, de penser à elle, et d’être presque… presque… presque prêt à lui adresser la parole. Ces paroles se déploient sur une musique possédant tout le charme simple et lo-fi des débuts du punk : certes, on pourrait croire qu’elle a été écrite en trois heures en gratouillant une guitare, mais ce sont ces jeunes nord-irlandais qui ont su lui donner vie.
À sa première écoute, « Teenage Kicks » a tellement bouleversé John Peel, DJ de la BBC Radio 1, qu’il l’a diffusée deux fois de suite, une promotion totalement inédite. Il a même fait graver les paroles « Teenage dreams so hard to beat » sur sa pierre tombale. Décédé à 65 ans, il n’était plus un adolescent, mais restait profondément sous le charme des Undertones. Peel est loin d’être le seul inconditionnel de ce petit hymne immortel, la chanson ayant été reprise par des héritiers évidents comme Green Day, le groupe atypique Ukulele Orchestra of Great Britain, et des dizaines d’autres artistes entre les deux.
