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Si l’imitation est la forme la plus sincère de flatterie, alors une reprise musicale est l’équivalent d’un véritable sanctuaire. Tout comme les remakes au cinéma ou les nouvelles versions d’anciennes séries télévisées, le consensus général veut que l’original soit toujours meilleur. Mais est-ce vraiment une règle absolue ? Une poignée de reprises musicales prouvent le contraire en surpassant leurs versions originales des années 1980.

Avoir cette pensée peut sembler sacrilège, mais la vérité doit être dite, au risque de froisser quelques sensibilités. Il arrive souvent qu’un concept initial soit très solide, mais qu’il n’attende que l’imagination d’un autre artiste pour atteindre une dimension supérieure. Ces cinq reprises n’ont pas été choisies au hasard : elles ont époustouflé le public à leur sortie et sont aujourd’hui universellement reconnues par les passionnés de musique comme étant supérieures aux originales. Bien sûr, certains ne seront pas d’accord, mais chacun est libre d’apprécier ce qu’il souhaite.
Metallica – Die, Die My Darling
L’album de reprises de Metallica sorti en 1998, « Garage Inc. », continue d’être une référence incontournable des décennies plus tard. De Black Sabbath à Blue Öyster Cult, James Hetfield et sa bande y livrent leurs propres interprétations de nombreux classiques. Les Misfits, un groupe de punk rock que tout fan de Metallica se doit d’écouter, y sont mis à l’honneur à plusieurs reprises. Si le groupe de metal reprend également le célèbre et controversé « Last Caress », leur version de « Die, Die My Darling » (titre original de 1984) vient surcharger d’énergie la féroce chanson initiale.
Dès que le grondement vocal caractéristique de Hetfield explose, il est évident que cette reprise fulgurante ne fera aucune concession. Le chanteur n’essaie pas d’imiter le baryton distinct de Glenn Danzig, préférant injecter son propre style vocal agressif, tandis que le reste du groupe déchaîne sa fureur sur cette chanson anti-amour pendant deux minutes et demie. À la fin de l’écoute, il est fort probable que l’auditeur ait besoin d’une pause pour se remettre de cette session intense.
Cette reprise s’est hissée à la 26e place du classement Billboard Mainstream Rock et a même reçu l’approbation d’un membre fondateur des Misfits. Lors d’un entretien avec Guitar World, le guitariste Doyle Wolfgang von Frankenstein a fait l’éloge de Metallica pour leur reprise de « Green Hell », avant d’ajouter : « Ils ont aussi fait une super version de ‘Die, Die My Darling’. Je n’en revenais pas quand je l’ai entendue pour la première fois ! »
Heart – Alone
La plupart des auditeurs associent le groupe Heart au classique rock des années 1980 « Alone ». Pourtant, de manière surprenante, ce n’est pas Heart qui l’a enregistré en premier. À l’origine, cette ballade a été composée et enregistrée par Tom Kelly et Billy Steinberg, sous le nom de duo i-TEN, pour leur album « Taking a Cold Look » en 1983. Par la suite, John Stamos et Valerie Stevenson en ont enregistré leur propre version pour leur sitcom « Dreams ».
Cependant, l’interprétation de Heart surpasse largement toutes les autres. Ce n’est pas parce que la musique ou les voix originales manquaient de qualité, bien au contraire, mais Heart possédait une arme secrète inégalable : l’indomptable Ann Wilson.
Sa voix puissante ajoute une profondeur inédite au morceau, le transformant en une expérience poignante qui va chercher l’auditeur au plus profond pour éveiller des émotions insoupçonnées. Chaque note donne des frissons alors que Wilson livre une performance magistrale, faisant de ce titre l’hymne de très nombreux couples. Le monde entier a reconnu le caractère exceptionnel de cette ballade, propulsant légitimement « Alone » de Heart à la première place du Billboard Hot 100.
Nine Inch Nails – Dead Souls
Le film « The Crow » de 1994 a rassemblé la communauté gothique autour de ce qui est souvent considéré comme l’une des meilleures bandes originales de tous les temps. Si Stone Temple Pilots, The Cure et My Life With the Thrill Kill Kult y ont contribué avec des titres mémorables, la véritable pépite reste la reprise de « Dead Souls » de Joy Division par Nine Inch Nails.
Il ne s’agit pas d’enlever le mérite de l’original de 1980, où le chanteur Ian Curtis met son âme à nu dans un morceau déchirant. Toutefois, l’interprétation aux accents industriels de NIN resserre la section rythmique et installe une atmosphère encore plus sombre et menaçante. La chanson entraîne l’auditeur dans un voyage sonore introspectif, suspendu à chaque mot chanté par Trent Reznor, qui oscille entre murmures étouffés et cris de folie. À la fin du titre, Reznor laisse exploser sa rage en hurlant : « Ils n’arrêtent pas de m’appeler, ils continuent de m’appeler ».
Grâce à « The Crow », la version de Nine Inch Nails est sans doute plus connue du grand public que l’originale des années 1980. Le groupe a d’ailleurs connu une situation similaire par la suite, lorsque Johnny Cash a repris leur titre « Hurt », une version devenue depuis l’une des reprises les plus célèbres de l’histoire de la musique.
Goldfinger – 99 Red Balloons
S’il y a un titre qui ne manque jamais de faire bouger les foules sur une piste de danse, c’est bien « 99 Red Balloons », une chanson inspirée d’un événement historique. Bien que la majorité du public sache que l’original de 1983 est en fait un titre allemand du groupe Nena intitulé « 99 Luftballons », c’est une œuvre intemporelle, parfaite pour s’amuser et lâcher prise entre amis.
Pour ceux qui pensaient qu’il était impossible d’améliorer un morceau déjà parfait, le groupe de punk-rock Goldfinger a relevé le défi en 2000. Présente sur l’album « Stomping Ground », leur version conserve la mélodie intacte mais y insuffle une énergie pop-punk rebondissante qui décuple l’enthousiasme. Le chanteur John Feldmann ajoute également une belle touche d’hommage en interprétant un couplet en allemand.
La reprise de Goldfinger a rencontré un tel succès qu’elle s’est frayé un chemin jusqu’au grand écran, apparaissant dans des films comme « Not Another Teen Movie » et « Sonic the Hedgehog 3 ». Ce titre possède un indéniable pouvoir communicatif : c’est un remède instantané pour égayer une mauvaise journée.
Seether – Careless Whisper
« Careless Whisper » de George Michael est l’une des chansons les plus emblématiques sur le thème du regret. Les paroles résonnent comme la confession d’un partenaire infidèle qui réalise que plus rien ne sera jamais comme avant après sa trahison. Il s’agit incontestablement de l’un des plus grands succès de l’artiste, apparu initialement sur l’album « Make It Big » de Wham! en 1984.
Pourtant, le groupe de hard-rock Seether parvient à sublimer ce classique. En 2009, ils ont produit une version nettement plus puissante et saturée. Le leader Shaun Morgan s’approprie les paroles inoubliables en plongeant l’auditeur dans une ambiance sombre et mélancolique qui imprègne tout le morceau. C’est une chanson sur la perte d’un être cher à la suite d’une erreur tragique, et Morgan parvient à capturer le chagrin et la culpabilité avec une intensité rare.
Ce qui impressionne le plus dans cette version de « Careless Whisper », c’est sa capacité à prendre une chanson que tout le monde aime déjà fredonner pour la rendre encore plus cathartique. À son écoute, l’envie est forte de se laisser porter par cette émotion brute et de chanter à pleins poumons qu’on ne dansera plus jamais, car les pieds coupables n’ont pas de rythme. C’est une reprise magistrale pour un titre des années 1980 qui était déjà exceptionnel dès sa création.
