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La musique des années 80 recèle-t-elle encore des secrets ? Si l’ère numérique et la ténacité des internautes ont permis de résoudre certaines énigmes, quelques mystères demeurent entiers. Récemment, en 2024, le célèbre morceau « lostwave » surnommé « Everyone Knows That », qui a passionné les enquêteurs du web pendant près de quinze ans, a finalement été identifié comme étant « Subways of the Mind » du groupe de new wave allemand Fex.
Cependant, les amateurs de sonorités vintage et d’enquêtes irrésolues ont encore de quoi se mettre sous la dent. Qu’il s’agisse de musiciens quittant soudainement la scène pour s’enfermer dans le silence, de disparitions tragiques ou de théories du complot tenaces, la décennie des synthétiseurs, du punk et de la pop conserve sa part d’ombre.
Qui se cache derrière le titre « Spelling on the Stone » ?

Officiellement, Elvis Presley s’est éteint en 1977 des suites d’une insuffisance cardiaque, en partie causée par une surconsommation chronique de médicaments sur ordonnance. Pourtant, une rumeur persistante a longtemps affirmé que le « King » aurait mis en scène sa propre mort pour échapper à la célébrité, voire à la mafia, ses dossiers du FBI contenant quelques notes intrigantes à ce sujet. Si la plupart de ses proches, dont son ex-femme Priscilla Presley, qualifient ces théories d’absurdités, une chanson mystérieuse apparue dans les années 80 est venue relancer la machine à rumeurs.
Connu sous le nom de « Spelling on the Stone », ce titre aurait été livré aux bureaux du label LS Records par un inconnu à bord d’une limousine, ou peut-être d’une Cadillac rose selon les versions. Le titre de la chanson fait référence à la pierre tombale d’Elvis, où son deuxième prénom est orthographié « Aaron » avec deux « a », alors qu’il s’écrivait « Aron » à sa naissance. Pour certains, il s’agissait d’un signal secret prouvant que le chanteur était toujours en vie, bien qu’Elvis lui-même ait utilisé les deux orthographes de son vivant.
À sa sortie en 1988, « Spelling on the Stone » n’est attribuée à aucun artiste et provoque un certain émoi, d’autant que personne n’aurait jamais réclamé les droits d’auteur. Si ce n’était pas Elvis, qui était au micro ? Certains pointent du doigt Jimmy Ellis, un chanteur surnommé « Orion » qui ressemblait vaguement à Presley et se produisait souvent masqué pour entretenir le mystère. D’autres estiment qu’il s’agit de Dan Willis, un autre imitateur dont la voix présente des similitudes troublantes avec l’enregistrement. À ce jour, l’interprète de ce morceau reste inconnu.
La mort inexpliquée de Peter Ivers

S’il n’est pas le nom le plus célèbre de la décennie, Peter Ivers était une figure incontournable de la scène new wave et punk underground. Animateur de télévision, compositeur pour le film « Eraserhead » de David Lynch et créateur de bandes originales, il avait même assuré la première partie de Fleetwood Mac lors d’un concert à Los Angeles en 1976, bien que son approche très conceptuelle ait été mal reçue par le public ce soir-là.
Malgré des débuts en demi-teinte, la carrière d’Ivers semblait décoller dans les années 80. Il animait alors l’émission « New Wave Theater », diffusée à l’échelle nationale. Il venait également de s’installer dans un nouvel appartement servant de salle de répétition, situé dans un quartier mal famé de Los Angeles, ce qui inquiétait ses proches. Le 3 mars 1983, Peter Ivers est retrouvé mort chez lui, tué à coups de marteau. La scène de crime, rapidement contaminée par l’inattention des enquêteurs qui y ont laissé circuler des badauds, n’a livré que peu d’indices. La disparition d’une chaîne hi-fi et la fragilité de la porte d’entrée ont poussé les autorités à privilégier la thèse du cambriolage ayant mal tourné.
Cependant, l’entourage de l’artiste nourrissait d’autres soupçons, notamment envers David Jove, un réalisateur canadien de films musicaux underground qui travaillait avec lui sur « New Wave Theater ». Selon les confidences du batteur Russell Buddy Helm au magazine Entertainment Weekly, Jove traînait une réputation inquiétante et pouvait se montrer violent. Ivers aurait d’ailleurs été lassé de son influence. Faute de preuves tangibles permettant de relier David Jove ou tout autre suspect au drame, le meurtre brutal de Peter Ivers n’a jamais été résolu.
L’étrange retraite de William Onyeabor

William Onyeabor était un musicien nigérian visionnaire. Dès 1977, il monte son propre studio d’enregistrement à la pointe de la technologie dans la ville d’Enugu et autoproduit huit albums. Son style, très en avance sur son temps, lui a d’ailleurs valu l’admiration d’artistes de renom comme David Byrne, le leader des Talking Heads.
Onyeabor a façonné un son aux accents new wave totalement inédit, bien loin de ce qui se faisait alors dans la capitale, Lagos. Sa musique intégrait des thèmes inspirés de ses voyages, de la culture locale Nkanu, mais aussi de la menace persistante de la guerre froide qui planait sur le continent africain. Avec ses costumes élégants et son incontournable chapeau de cow-boy, il maîtrisait parfaitement son image. Alors que sa notoriété ne cessait de croître, il a brusquement tout arrêté en 1985.
Jusqu’à sa mort en 2017, William Onyeabor n’a donné que très peu d’explications sur ce retrait soudain, allant parfois jusqu’à raccrocher au nez des journalistes trop curieux. Il se serait tourné plus intensément vers sa foi chrétienne. Cette ferveur religieuse, couplée à la volonté de subvenir aux besoins de sa famille et de consolider son statut social et commercial à Enugu, a probablement joué un rôle dans sa décision. Il entretenait également une vision assez critique de la célébrité, redoutant qu’elle ne compromette son intégrité artistique. Selon les déclarations de son fils Charles au New York Times, son père ne faisait pas de la musique pour l’argent, mais cherchait simplement à partager avec le monde ce qu’il ressentait et ce qu’il pensait.
