5 chansons incontournables qui définissent le grunge des années 90

par Sophie
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5 chansons incontournables qui définissent le grunge des années 90
Divertissement

Avec le recul, l’ascension fulgurante du rock grunge dans les années 1990 semble à la fois surréaliste et inévitable. Les chemises en flanelle froissées sont soudainement devenues une véritable mode alors que Seattle s’imposait comme l’épicentre musical mondial. Les groupes s’y multipliaient, produisant un rock chargé de guitares qui paraissait étrangement familier tout en ne ressemblant à rien de ce qui avait été fait auparavant. Selon le guitariste de Soundgarden, Kim Thayil, les musiciens de Seattle avaient conscience de proposer quelque chose de différent. Cependant, ce son singulier n’avait pas encore d’étiquette. Comme il l’a expliqué lors d’une interview, ils ne considéraient pas leur musique comme du grunge, un terme qui est devenu plus tard une simple étiquette marketing.

Mélangeant des éléments de la culture punk, l’emphase à la guitare digne de Led Zeppelin et un penchant pour les thèmes sombres, le son grunge est vite devenu incontournable, tout comme son attitude. Véritable doigt d’honneur à la musique saturée de synthétiseurs qui dominait la décennie précédente, le mouvement se voulait une claque magistrale adressée à la pop superficielle, aux boys bands lisses et aux groupes de la génération des baby-boomers qui faisaient payer des fortunes pour rejouer leurs succès des années 1970 en concert.

Le grunge a connu une belle époque, bien que brève, finissant par s’effondrer sur lui-même au milieu des années 1990 après la fin brutale de Nirvana, marquée par le décès de Kurt Cobain. Si de nombreux morceaux de cette époque sont devenus de grands classiques, définir exactement ce qui relève ou non du grunge reste soumis à interprétation. Néanmoins, on peut affirmer sans risque que ces cinq chansons définissent parfaitement le grunge des années 90.

Smells Like Teen Spirit — Nirvana

Gros plan du leader de Nirvana, Kurt Cobain, photographié devant un fond bleu
Kurt Cobain, figure emblématique du mouvement grunge.

S’il ne fallait retenir qu’un seul titre pour capturer le son, l’atmosphère et la philosophie du grunge des années 90, le choix serait évident : « Smells Like Teen Spirit », le single révélateur de l’album révolutionnaire « Nevermind » sorti en 1991. Si la pochette de l’album était déjà subversive — un bébé nu nageant sous l’eau, semblant poursuivre un billet de banque accroché à un hameçon —, la musique qu’il contenait l’était encore davantage, incarnant une pure rébellion adolescente teintée de nihilisme.

Les paroles, écrites par le chanteur Kurt Cobain, puisaient dans le mal-être inhérent à l’adolescence. Mêlant rage et ambivalence, Cobain clôturait le morceau en déclarant un « tant pis, peu importe » désabusé avant de revenir au refrain, où le mot « hello » se transformait en « how low » (à quel point on peut tomber bas).

Sur le plan sonore, la chanson a posé les bases d’un modèle qui servira Nirvana — et beaucoup de ses imitateurs : un début calme où la tension musicale monte lentement jusqu’à exploser dans un déferlement de distorsion de guitare assourdissant. Bien que le titre de la chanson fût une plaisanterie de Cobain en référence à un déodorant ciblant les adolescents, les paroles visaient à bousculer la jeunesse indifférente d’une nation apathique. Dans une interview de 1991, Cobain expliquait que le morceau abordait des thèmes révolutionnaires sans pour autant se vouloir militant, précisant qu’il suppliait simplement les jeunes de se réveiller face à une apathie générationnelle grandissante.

Even Flow — Pearl Jam

Autre formation issue de la scène grunge de Seattle, Pearl Jam est né des cendres de deux groupes antérieurs : Green River et Mother Love Bone. Le chanteur Eddie Vedder, originaire de San Diego, y a apporté la touche finale. Il est important de rappeler que le premier album du groupe, « Ten », a été publié peu de temps avant le « Nevermind » de Nirvana. L’album regroupait une multitude de morceaux devenus des classiques, dont « Alive », « Black » et « Jeremy ». Cependant, au-dessus de tous ces titres trône le triomphe absolu de l’album : « Even Flow ».

Débutant par un riff de guitare tonitruant de Stone Gossard, le morceau s’enrichit des phrasés blues et des accents variés de l’autre guitariste, Mike McCready. Sans s’en rendre compte à l’époque, les auditeurs découvraient une chanson réunissant tous les éléments qui allaient définir le grunge : des guitares fortement distordues, la voix puissante et intense de Vedder, ainsi qu’un sentiment de chaos maîtrisé, illustré par les variations dynamiques du morceau passant de l’ombre à la lumière.

Lors de l’enregistrement, il a fallu de nombreuses prises pour réussir « Even Flow », une difficulté que Gossard a attribuée à son propre perfectionnisme. Lors d’une interview radiophonique, il a expliqué qu’il réfléchissait trop, précisant que lorsqu’on travaille sur quelque chose qu’on adore, on a toujours l’impression que ce n’est pas encore abouti, avant de réaliser plus tard que n’importe laquelle des cinq premières prises aurait probablement fait l’affaire.

Black Hole Sun — Soundgarden

La même scène de Seattle qui a nourri Nirvana et Pearl Jam a également vu éclore Soundgarden. Porté par le guitariste Kim Thayil et le chanteur Chris Cornell, le groupe a sorti son troisième album, « Badmotorfinger », en 1991, soutenu par les singles à succès « Jesus Christ Pose », « New Damage » et « Rusty Cage ». Toutefois, c’est leur album suivant qui les a véritablement propulsés, en grande partie grâce à la force du titre « Black Hole Sun ».

Avec un tel titre, il n’est pas surprenant que la chanson dégage une atmosphère sombre. Il s’agit d’une complainte lente et lourde qui met en valeur la voix époustouflante de Cornell tout au long d’un crescendo saisissant. Bien que très différente de ce que le groupe proposait auparavant, la chanson restait indéniablement du Soundgarden. Michael Beinhorn, le producteur de l’album « Superunknown », a rapidement compris que « Black Hole Sun » était spéciale, bien plus qu’une simple somme de ses parties.

Il a d’ailleurs souligné la beauté de l’entrelacement de tous ces éléments exceptionnels : la nature mélodique, la structure d’accords inhabituelle et les arpèges fulgurants du début. À cela s’ajoute une atmosphère à la fois magnifique, nostalgique et profondément sombre. La chanson est rapidement devenue le plus grand succès du groupe, le faisant passer du statut de figure de l’underground à celui de phénomène grand public, comme l’a plaisanté le bassiste Ben Shepherd. L’intemporalité du morceau s’est d’ailleurs confirmée en 2024, lorsqu’une frénésie médiatique autour d’une éclipse solaire a propulsé à nouveau la chanson dans les classements, atteignant même la première place.

Would? — Alice in Chains

Menés par le chanteur Layne Staley et le guitariste Jerry Cantrell, les pionniers du grunge d’Alice in Chains ont adopté un son plus dur que beaucoup de leurs contemporains, puisant leur inspiration dans le heavy metal. À sa sortie en 1990, leur premier album « Facelift » a ouvert la voie à d’autres groupes de Seattle vers la célébrité. Le single « Man in the Box » a même reçu une nomination aux Grammy Awards pour la meilleure performance hard rock. Mais c’est véritablement leur album suivant, « Dirt » paru en 1992, qui a ancré leur son unique. Ces deux disques sont aujourd’hui considérés comme des exemples parfaits du grunge du début des années 90, et le morceau qui en synthétise toute l’essence est sans conteste « Would? ».

Dès les premières notes, « Would? » embarque l’auditeur dans un voyage émotionnel, porté par la voix sombre et poignante de Staley. Rythmé par la guitare lancinante de Cantrell, le titre est à la fois envoûtant et puissant, créant une atmosphère lourde et menaçante. La chanson a d’ailleurs été inspirée par la mort d’un ami proche de Cantrell, Andrew Wood, le chanteur du groupe précurseur de Seattle, Mother Love Bone, et de son projet dérivé, Temple of the Dog.

Il s’agit d’une œuvre profondément sombre, pièce maîtresse d’un album qui l’est tout autant. Cantrell l’a lui-même reconnu lors d’une interview, décrivant cet enregistrement comme le plus concentré et le plus abouti de leur carrière, un disque brutal doté d’une véritable force. Il l’a qualifié d’incroyable, le considérant comme le sommet de leur œuvre.

Plush — Stone Temple Pilots

Faisant partie des rares groupes grunge à ne pas être originaires de Seattle, Stone Temple Pilots a été fondé sous le soleil de San Diego. Bien que les avis divergent sur leur appartenance au véritable courant grunge, la musique de leurs débuts correspondait parfaitement à ce style, comme le prouve leur premier album « Core » sorti en 1992. Cet opus a connu un succès immédiat, engendrant quatre tubes : « Sex Type Thing », « Wicked Garden », « Creep » et « Plush ». Ce dernier a marqué un véritable tournant pour le groupe, se hissant à la première place du classement Mainstream Rock de Billboard.

La chanson entraîne l’auditeur avec un riff lent et implacable, mêlant heavy metal et une touche de glam. Lors d’une interview, le guitariste Robert DeLeo, qui a coécrit le titre avec le chanteur Scott Weiland, a expliqué avoir gardé une progression d’accords très basique pour laisser de l’espace aux autres instruments. En grattant les accords sur une guitare acoustique, il a souligné la simplicité de la structure, la comparant presque à une chanson de musique country.

Cependant, lorsque la voix de Weiland fait son entrée, sa puissance vocale propulse « Plush » dans une tout autre dimension. Qualifier les paroles de sombres serait un euphémisme, le texte évoquant des circonstances tragiques en parlant de chiens commençant à sentir l’odeur d’une femme. Comme Weiland l’a expliqué lors d’une prestation télévisée, les paroles ont été inspirées par un fait divers concernant une jeune fille enlevée et assassinée. Il a toutefois précisé que la chanson ne parlait pas littéralement de cela, mais servait plutôt de métaphore pour décrire une relation perdue et obsessionnelle.

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