L’Héritage des Quaaludes : Les Disco Biscuits des Années 70

par Olivier
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L'Héritage des Quaaludes : Les Disco Biscuits des Années 70
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La vérité derrière les « disco biscuits »

Les années 1970 ont laissé une empreinte contrastée dans l’histoire culturelle : une mode souvent extravagante, des coiffures emblématiques, mais aussi une consommation de drogues particulièrement problématique. Parmi les substances les plus tristement célèbres de cette époque figurait une molécule qui, fait surprenant, est longtemps restée légale avant les années 1980 : le Quaaludes. D’après la BBC, le méthaqualone a été synthétisé pour la première fois en Inde dans les années 1950, avec l’objectif initial de traiter l’insomnie et l’anxiété. Le médicament s’est ensuite imposé sous son nom commercial le plus connu, Quaalude, produit à partir de 1965 par William H. Rorer Inc., comme l’a rappelé The Paris Review.

Le nom lui-même mêlait un clin d’œil à l’un des autres produits phares de l’entreprise, Maalox, et l’expression « quiet interlude », soit une parenthèse de calme. Pourtant, loin de rester un simple somnifère, le Quaaludes a rapidement acquis une réputation très différente dans la culture populaire. Dans les discothèques, il est devenu connu sous le surnom de « disco biscuits », car ses effets procuraient euphorie et désinhibition, rendant la danse et les rapports sociaux — y compris sexuels — plus intenses pour certains utilisateurs. À New York, pendant l’ère disco, on trouvait même des « juice bars », ces clubs où l’alcool n’était pas servi, mais où les Quaaludes circulaient facilement.

Cette diffusion s’expliquait aussi par la relative facilité d’accès au produit. Des médecins peu scrupuleux pouvaient, pour une somme modique, délivrer des prescriptions à des inconnus venus directement du trottoir. Mais derrière cette banalisation se cachait déjà un problème bien plus grave : les Quaaludes ont fini par être associés à des agressions sexuelles et à des usages criminels. Les transcriptionst de la déposition de Bill Cosby en 2015 ont notamment révélé qu’il avait admis s’être procuré des Quaaludes pour les donner à de jeunes femmes avec lesquelles il voulait avoir des relations sexuelles, un épisode abondamment relayé par Quartz.

Pillules blanches renversées

Les Quaaludes sont extrêmement dangereux

Au-delà du cas Cosby, The Paris Review évoque aussi d’autres noms liés à cette substance, notamment Roman Polanski, qui aurait donné un Quaalude à la jeune fille de 13 ans qu’il agressa en 1977. L’ancienne compagne de Hugh Hefner, Izabella St. James, a également raconté que les sorties nocturnes commençaient souvent par une offre de « ludes » proposée par Hefner, connu pour ses soirées sexuelles après les clubs au Playboy Mansion. Dans la culture populaire, le film The Wolf of Wall Street a contribué à fixer cette image d’un produit à la fois célèbre et terrifiant, avec la scène devenue culte de Jordan Belfort, incapable de marcher mais parvenant tout de même à se glisser dans sa Lamborghini et à prendre la route en endommageant tout sur son passage.

Cette séquence n’était pas qu’une exagération cinématographique. Jordan Belfort a confirmé que l’épisode s’était réellement produit, illustrant à quel point les Quaaludes pouvaient altérer le jugement, la coordination et le sens du danger. Et les conséquences étaient parfois mortelles : selon un article de l’UPI publié en 1983, davantage de décès liés aux Quaaludes résultaient d’accidents provoqués par leurs effets que de surdoses directes. Dans une étude portant sur 246 décès liés au Quaaludes dans le comté de Dade, en Floride, 175 étaient dus à des traumatismes — accidents, suicides ou homicides — contre 68 surdoses.

La production américaine de Quaaludes a pris fin en 1983, avant une interdiction totale en 1984. La Drug Enforcement Agency a ensuite lancé une campagne internationale pour faire cesser la fabrication du méthaqualone. Même si ce médicament a presque disparu du paysage, son histoire reste un chapitre marquant de l’histoire des drogues des années 70, entre médecine, culture disco et dérives criminelles. D’après Newsweek, les saisies de Quaaludes dans les aéroports américains n’étaient déjà plus que marginales au milieu des années 2010, signe qu’il ne subsiste aujourd’hui que comme un vestige sombre d’une époque révolue.

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