La vraie raison pour laquelle la plupart des navires sont peints en rouge sous la ligne de flottaison
Dans l’histoire maritime, les navires rouges ne doivent rien au hasard. Depuis que l’homme a commencé à faire naviguer des embarcations sur les océans, une difficulté est revenue sans cesse : la vie marine s’accroche à tout ce qui passe dans l’eau. Barnacles, vers marins et films biologiques composés notamment d’algues et de bactéries microscopiques transforment rapidement une coque en support vivant. Les spécialistes appellent ce phénomène le biofouling, et il a longtemps représenté un problème majeur pour la navigation.
Sur les mers, la lutte contre ces organismes est presque aussi ancienne que la construction navale elle-même. Les marins ont expérimenté des méthodes très diverses au fil des siècles : racler la coque avec des chaînes, recouvrir le fond des navires de verre, ou encore électrifier l’eau autour des bâtiments. Toutes ces tentatives répondaient au même enjeu : empêcher que la coque ne se couvre d’algues et d’organismes marins capables de ralentir le navire et d’augmenter sa consommation de carburant.
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Le biofouling n’est pas qu’un simple souci d’entretien. Il augmente la résistance de l’eau sur la coque et pèse directement sur les performances du navire. Selon une estimation relayée par le Woods Hole Oceanographic Institute, cette accumulation coûterait à elle seule entre 180 et 260 millions de dollars par an à l’US Navy en carburant supplémentaire. À cela s’ajoutent les frais d’immobilisation pour le nettoyage, sans compter les pertes de revenus. Le problème devient encore plus préoccupant lorsqu’un navire transporte malgré lui des espèces invasives sur de longues distances, avec des conséquences possibles pour les écosystèmes.
La protection contre le biofouling remonte à l’Antiquité. Les Romains avaient déjà observé que des feuilles de plomb fixées au fond des bateaux limitaient la croissance organique. Au XVIIIe siècle, les Britanniques ont perfectionné le procédé avec des plaques de cuivre. Mais l’arrivée des coques en acier a changé la donne : le contact avec le cuivre accélérait la corrosion. Il a donc fallu trouver une solution plus souple, capable de protéger le navire sans fragiliser sa structure.
La réponse a pris la forme de peintures enrichies en cuivre. Appliquées en couches, elles protégeaient la coque tout en restant toxiques pour les organismes responsables du biofouling. C’est aussi pour cette raison que tant de coques ont pris cette teinte rouge brunâtre si caractéristique, proche de la couleur du cuivre. En d’autres termes, la célèbre peinture cuivrée a façonné l’apparence des bateaux autant que leur entretien.
Aujourd’hui, les progrès techniques permettraient d’utiliser presque n’importe quelle couleur. Pourtant, les traditions maritimes restent tenaces, et le rouge demeure très associé à la protection des coques. Pour comprendre l’origine des navires rouges, il faut donc remonter à cette alliance entre science, histoire navale et pragmatisme : réduire les films biologiques, conserver de bonnes performances et éviter qu’un simple fond de coque ne devienne un habitat pour la vie marine.
