Divertissement

Il est toujours trop tôt pour dire adieu à un proche, mais Shannon Lee a dû affronter cette douleur bien trop jeune, et bien trop souvent. Née en 1969, Shannon n’avait que quatre ans lorsque son père, la légende des arts martiaux et acteur Bruce Lee, est mort tragiquement et de manière inattendue le 20 juillet 1973. Puis, le 31 mars 1993, presque exactement vingt ans après cette perte et à moins de trois semaines de son 24e anniversaire, son frère Brandon Lee a lui aussi disparu dans un terrible accident d’arme factice sur le tournage de The Crow.
Porter un tel drame serait déjà immense pour n’importe qui. Pourtant, Shannon Lee n’a pas seulement appris à vivre avec cette épreuve : elle a aussi su diriger plusieurs entreprises. En 2011, Bleacher Report indiquait qu’elle était directrice générale de Lee Enterprises et de Leeway Media Group, présidente de la Bruce Lee Foundation, qu’elle s’était essayée au jeu d’acteur et qu’elle trouvait encore le temps de pratiquer les arts martiaux. Visiblement à l’aise avec un agenda chargé, elle a poursuivi cet engagement en contribuant au lancement du Bruce Lee Action Museum, d’un fonds de bourses et du programme d’enseignement des arts martiaux « Little Dragons », tous liés à la Bruce Lee Foundation.
Lorsqu’elle ne veille pas sur la mémoire de son père, Shannon Lee s’emploie aussi à dénoncer ceux qui la déforment volontairement. En 2019, elle a vivement critiqué le récit débridé de Quentin Tarantino, Once Upon a Time… in Hollywood, pour la manière dont Bruce Lee y était représenté, incarné à l’écran par l’acteur Mike Moh. Dans une scène de combat avec le personnage de Cliff Booth, joué par Brad Pitt, cette version de Lee est brièvement mise en difficulté dans un affrontement sans véritable vainqueur, tout en apparaissant en plus particulièrement arrogant. Comme si cela ne suffisait pas, Tarantino n’avait jamais consulté Shannon Lee avant d’intégrer ce personnage, ni, a fortiori, avant d’en offrir un portrait aussi peu flatteur.
Interrogée par The Wrap, elle a jugé « décourageant » de voir le réalisateur présenter son père comme « un abruti arrogant plein de vent ». Le public n’a pas été tendre non plus avec cette représentation, et Tarantino a répliqué aux critiques en déclarant : « Bruce Lee était plutôt arrogant. » Shannon lui a alors demandé de se taire au sujet de son père ou de présenter des excuses. L’enjeu est évident pour elle : au-delà de la fille dévouée, elle est aussi celle qui consacre une partie de sa vie à préserver l’héritage de Bruce Lee, entre cinéma, mémoire et défense de son nom.
