Les Barbes Sont-elles Plus Sales que des Chiens ?

par Olivier
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Les Barbes Sont-elles Plus Sales que des Chiens ?
États-Unis

À quel point la barbe d’un homme est-elle porteuse de germes ?

Les barbes sont pleines de contradictions. Elles peuvent fasciner, dérouter, embellir un visage ou, au contraire, le rendre difficile à supporter. Qu’on en porte une ou qu’on la subisse, laisser pousser une barbe déclenche toute une série d’effets que l’on ne contrôle pas toujours. Et si ce visage velu reçoit des baisers, la personne qui s’en approche est parfois en contact avec l’équivalent facial d’un tampon à récurer déjà utilisé. Oui, « utilisé » — et non « propre » — du moins pour certains.

Au fil des siècles et selon les cultures, la barbe a changé de statut. Dans la Grèce antique, elle symbolisait l’honneur, la virilité et la sagesse. Dans la Rome antique, en revanche, on préférait souvent le visage rasé de près, la barbe étant associée aux « barbares » jugés sales et extérieurs à la civilisation romaine. Pendant les Lumières européennes, le visage lisse dominait encore, avant qu’un net retour de la pilosité faciale ne s’impose à l’époque victorienne, dès les années 1830. Depuis, la barbe a traversé toutes les modes possibles : aujourd’hui encore, les tendances changent vite, parfois plus vite qu’une vidéo sur TikTok.

Mais au fond, une barbe est-elle propre ? La réponse est simple en apparence, mais plus nuancée qu’il n’y paraît. Une barbe moyenne peut compter entre 20 et 80 follicules par centimètre carré, ce qui représente une véritable forêt de poils à nettoyer, démêler, tailler et entretenir. La vraie question est donc la suivante : que se passe-t-il avec les germes qui s’y logent ?

guy coming beard raised eyebrow

Les débats sur les avantages et les inconvénients de la barbe ne datent pas d’hier, mais une étude publiée en 2018 a relancé la conversation sur son hygiène. Parue dans la revue European Radiology, elle a conclu que les barbes seraient plus sales que le pelage des chiens, alors même que ces derniers roulent dans la boue et ne prennent jamais de douche. Les chercheurs ont comparé 30 pelages de chiens, prélevés entre les omoplates — une zone particulièrement exposée aux infections cutanées — à 18 barbes d’hommes, prélevées sous la bouche. Résultat : dans 23 des 30 cas, la charge microbienne était plus faible chez les chiens que chez les hommes. Les auteurs ont ainsi estimé que, sur la base de ces constatations, les chiens pouvaient être considérés comme « propres » par comparaison avec les hommes barbus.

Le problème, c’est que cette étude largement reprise avait des limites évidentes. Le groupe de chiens atteignait tout juste la taille minimale souvent jugée pertinente sur le plan statistique, et celle des hommes était encore plus réduite. En d’autres termes, généraliser à partir d’un échantillon aussi faible revient à tirer des conclusions sur tous les consommateurs américains après avoir interrogé quelques clients dans un seul restaurant. Malgré cela, l’étude a été reprise, citée et relayée à la manière d’un clickbait dans de nombreux médias, nourrissant l’idée que les barbes seraient particulièrement chargées en bactéries.

Bushy beard

En réalité, cette obsession pour la barbe « sale » n’est pas nouvelle. Dès 2016, une autre alerte médiatique avait déjà affirmé que « votre barbe pourrait être aussi sale que vos toilettes ». Le ton était spectaculaire, mais la base scientifique l’était moins : un journaliste de télévision avait simplement demandé à un microbiologiste de prélever des échantillons sur la barbe de plusieurs hommes du Nouveau-Mexique. L’affaire a suffi à provoquer une vague de clics et de reprises, au point que des sites de santé ont ensuite dû démonter point par point ce genre d’affirmations hâtives.

Le problème vient aussi du langage employé. Dire que certaines barbes contiennent des bactéries « que l’on trouve aussi dans les selles » ne signifie pas que celles-ci sont plus sales que le reste du corps humain. Le corps abrite lui-même une part importante de cellules non humaines, et des bactéries issues des matières fécales peuvent se retrouver partout : sur les claviers, les téléphones, les chariots de supermarché, les vêtements, les éponges, et même dans l’air. Autrement dit, la présence de microbes n’est pas, en soi, une preuve de négligence ou de saleté.

Alors pourquoi cette volonté si tenace de présenter les barbes comme un foyer de saleté ? Est-ce seulement le plaisir enfantin de lancer « il y a du caca dans la barbe » ? Ou bien l’écho d’une méfiance plus ancienne envers la pilosité faciale, perçue tour à tour comme noble, rebelle ou suspecte ?

With and without beard photo

Avant de demander un rasoir en urgence, il faut regarder des recherches mieux conçues. Une étude publiée en 2014 dans le Journal of Hospital Infection a analysé un groupe bien plus large de 408 professionnels de santé masculins. Les résultats ont montré que les hommes portant une barbe étaient moins souvent colonisés par le staphylocoque doré résistant à la méthicilline, ou MRSA, une bactérie particulièrement redoutée en raison de sa résistance aux antibiotiques. Cette étude a d’ailleurs servi de contre-argument aux articles alarmistes publiés plus tard sur les barbes et les germes.

Une autre recherche, mentionnée par Medical News Today, a examiné des barbes d’hommes à Londres et a observé que certaines abritaient des bactéries capables de lutter contre d’autres plus nocives. Le microbiologiste John Golobic, déjà impliqué dans l’affaire de la barbe « sale » d’Albuquerque, a rappelé qu’une telle découverte ne prouvait rien de systémique : si quelque chose devait inquiéter, ce serait peut-être l’état de la source d’eau locale plutôt que les barbes des habitants.

Plus récemment encore, Insider a expliqué que barbes et peau nue sont, au fond, à peu près équivalentes en matière de propreté microbienne. Les deux peuvent héberger des bactéries susceptibles de provoquer des infections si la peau est coupée ou irritée. Comme l’a résumé une enseignante de l’UCLA, la peau humaine possède un microbiome complexe, en mouvement constant, dans un environnement microscopique particulièrement dynamique.

guy using electric shaver

Au bout du compte, la conclusion est simple : une barbe est propre si l’on en prend soin. Cela peut sembler relever de la responsabilité personnelle la plus élémentaire, mais il suffit souvent de savoir se laver la barbe comme n’importe quelle autre partie du corps. Eau, savon, entretien régulier : au 21e siècle, ces gestes restent les meilleurs alliés de l’hygiène des barbes. Et pour ceux qui aiment soigner leur apparence, des soins adaptés peuvent compléter la routine sans rien changer à l’essentiel.

Des spécialistes en santé rappellent d’ailleurs qu’en se rasant, on provoque parfois de petites micro-lésions cutanées. Ces minuscules traumatismes peuvent au contraire faciliter la croissance de certaines bactéries. Autrement dit, multiplier les coups de lame ne garantit pas une meilleure hygiène ; cela peut même fragiliser la peau davantage. La leçon scientifique est donc moins tranchée qu’on ne l’imagine : le vrai sujet n’est pas la barbe en elle-même, mais la manière dont on la maintient.

La morale finale ? Mieux vaut apprivoiser la forêt du visage que la craindre. À condition, bien sûr, de la garder propre, soignée et bien entretenue. Entre mythe, science et culture, les barbes continuent surtout de raconter une histoire de style, de perception et de microbiologie.

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