Les plus grandes bagarres de l’histoire du football américain
Dans les sports de contact, les émotions débordent parfois jusqu’aux coups de poing. Le football américain n’échappe pas à cette règle : entre les plaquages violents, les provocations et la tension des rivalités NFL, il suffit souvent d’un geste de trop pour déclencher une véritable bagarre football. La ligue impose bien sûr des règles strictes contre les accrochages, les bousculades et les échanges de coups, mais l’intensité du jeu finit parfois par faire sauter les verrous.
Pour les spectateurs, ces affrontements font partie des moments les plus mémorables du football américain. Dans les tribunes, au bar ou devant la télévision, ils transforment parfois un match ordinaire en scène d’anthologie. Et lorsqu’un joueur, un coach ou même un simple échauffement provoque l’étincelle, la NFL offre alors des images aussi explosives qu’inoubliables.
Voici donc un retour sur plusieurs des bagarres les plus marquantes de l’histoire du football américain, entre rivalités NFL, tensions accumulées et émotions incontrôlables.
Rob Carr/Getty Images
En octobre 2016, Jacoby Brissett a subi l’un des premiers incidents marquants de sa jeune carrière chez les New England Patriots. Alors que Tom Brady purgeait sa suspension liée au « Deflategate », Brissett avait été propulsé titulaire. Avant un déplacement chez les Buffalo Bills, il s’échauffait près du banc adverse avec Malcolm Mitchell lorsqu’un défenseur de Buffalo, Robert Blanton, l’a poussé. D’autres joueurs s’en sont mêlés, et même l’entraîneur des receveurs des Patriots, Chad O’Shea, a été bousculé.
La suite a été cruelle pour la Nouvelle-Angleterre : les Bills ont dompté Brissett et les Patriots 16-0, infligeant à New England une défaite sèche qui a marqué le début de la fin pour le quarterback au sein de la franchise. Quelques mois plus tard, Brissett sera d’ailleurs échangé aux Indianapolis Colts. Cette scène résume bien une vérité du sport : dans certaines bagarres, la revanche la plus nette reste simplement de gagner le match.
Le duel entre Andre Johnson et Cortland Finnegan, lui, est devenu un classique immédiat des grandes bagarres NFL. En novembre 2010, le cornerback des Tennessee Titans, déjà réputé pour son jeu rugueux, s’est pris de bec avec le receveur des Houston Texans. Après un échange de coups de main et de pression verbale, Johnson a fini par frapper Finnegan à plusieurs reprises avant que les arbitres n’interviennent.
Les deux hommes ont été expulsés et condamnés à une amende identique de 25 000 dollars. La scène a tellement marqué les esprits qu’elle a ensuite fait l’objet de nombreuses rétrospectives. Ce face-à-face reste un symbole des rivalités NFL les plus tendues, quand la frustration accumulée débouche sur un affrontement direct.
La saison 2004 des Cleveland Browns a offert un autre épisode resté célèbre pour ses débordements. Avant un match contre les Pittsburgh Steelers, le running back William Green s’est retrouvé face au linebacker Joey Porter, l’un des plaqueurs les plus redoutés de l’époque. Après que Porter lui a craché au visage, Green a décidé de ne pas reculer. Mauvaise idée : Porter a porté le premier coup, puis quelques autres, avant que les membres des deux équipes ne viennent séparer les joueurs.
Green n’a récolté qu’une expulsion et une lèvre en sang. Porter, lui aussi, a été renvoyé avant même d’avoir disputé une seule action. Les Steelers ont ensuite pris le large et l’ont emporté 24-10. Au-delà de la bagarre, l’incident a aussi eu un effet inattendu : James Harrison a gagné sa place dans la rotation défensive de Pittsburgh et y a bâti une grande carrière.
Terrell Owens, lui, a souvent attiré les tensions partout où il passait. En septembre 2000, alors qu’il portait le maillot des San Francisco 49ers face aux Dallas Cowboys, il a célébré un touchdown au milieu du célèbre « star » des Cowboys au Texas Stadium. Dallas a répondu de la même manière, et Owens est retourné narguer l’adversaire après un deuxième touchdown.
C’est alors que le safety George Teague a mis fin au spectacle en le plaquant violemment par-derrière. Ce geste n’a pas seulement stoppé sa célébration : il a aussi prolongé une rivalité déjà électrique. Des années plus tard, Owens continuait encore à provoquer Teague verbalement, preuve que certaines bagarres et certains affrontements ne s’effacent pas facilement dans la mémoire de la NFL.
Autre épisode resté célèbre : celui qui a opposé Buddy Ryan et Kevin Gilbride, tous deux membres du staff des Houston Oilers en 1993. Leur relation était déjà explosive, mais elle a atteint un nouveau sommet lorsqu’au cours d’un match contre les New York Jets, Ryan a envoyé un coup de poing vers la tête de Gilbride. La scène a sidéré les observateurs et a résumé, à elle seule, l’ampleur de leur hostilité.
Quelques semaines plus tard, Ryan ne s’est pas calmé. Au contraire, il a multiplié les propos insultants à propos de son collègue, allant jusqu’à le traiter de faible et d’indigne de coacher en NFL. Malgré cette tempête interne, Ryan obtiendra ensuite un poste d’entraîneur principal en Arizona. Cette affaire reste l’un des exemples les plus frappants de conflit ouvert au sein même d’une équipe professionnelle.
Les matchs de préparation n’échappent pas non plus aux débordements. En 1986, une rencontre de présaison entre les Chicago Bears et les St. Louis Cardinals a dégénéré en vaste mêlée après une action banale. À cinq minutes de la fin du troisième quart-temps, plusieurs échauffourées ont éclaté sur le bord du terrain, entre joueurs déjà chauffés à blanc par une rivalité ancienne.
Le match a laissé une impression tenace : 51 joueurs ont été sanctionnés et plusieurs expulsions ont été prononcées. L’entraîneur des Bears, Mike Ditka, ne s’est pas excusé, estimant qu’aucune équipe ne devait reculer face à Chicago. Même si St. Louis a remporté la partie 14-7, le score est resté secondaire ; ce que beaucoup retiennent encore, c’est la violence de la bagarre et la réputation qu’elle a laissée dans l’histoire du football américain.
Les entraînements peuvent eux aussi virer à la confrontation. En août 2009, les New Orleans Saints et les Houston Texans partageaient des séances communes censées préparer sereinement la saison à venir. Mais la chaleur, la fatigue et l’envie de se montrer ont vite fait monter la tension. Au cours d’un seul entraînement, quatre bagarres ont éclaté entre les deux équipes.
Jeremy Shockey, alors réputé pour son tempérament bouillant, a participé à l’échange le plus musclé de l’après-midi. Une fois l’agitation retombée, Darren Sharper a résumé la situation en expliquant que la chaleur y avait beaucoup contribué. Là encore, la prédiction s’est révélée simple : quand l’intensité physique rejoint la pression des attentes, la frontière entre entraînement et bagarre football devient très mince.
Un autre choc resté célèbre a opposé Brandon Jacobs à la défense des Washington Redskins en décembre 2009. Alors que les New York Giants menaient largement au quatrième quart-temps, Eli Manning a subi un sack sans gravité. DeAngelo Hall s’est alors précipité vers Jacobs, et le running back, ancien boxeur amateur, a répondu avec autorité en plaquant son adversaire au sol.
Albert Haynesworth est ensuite entré dans la mêlée, mais Jacobs a continué à se montrer plus vif que son imposant opposant. Des coups ont été échangés pendant que les coéquipiers tentaient de le tenir à distance. New York a écrasé Washington 45-12, et la NFL a ensuite infligé des amendes aux principaux protagonistes. Jacobs, lui, a simplement accepté la sanction comme une conséquence attendue.
Les Bengals et les Steelers entretiennent depuis longtemps une rivalité si tendue que chaque confrontation semble prête à dégénérer. En décembre 2015, James Harrison et Vontaze Burfict ont failli déclencher une bagarre au milieu du terrain avant même le coup d’envoi. En 2010, plus d’une dizaine de joueurs s’étaient déjà échauffés après une victoire de Pittsburgh. Et en 2018, des coups de poing ont de nouveau été échangés après un succès des Steelers, même si les caméras n’ont capté que la suite des événements.
Cette opposition a aussi laissé des traces physiques durables. Carson Palmer a subi une grave blessure au genou en 2006 après un plaquage bas de Kimo von Oelhoffen, ce qui a contribué à modifier les règles de la ligue concernant les quarterbacks. Plus tard, JuJu Smith-Schuster a violemment percuté Vontaze Burfict avec un bloc aveugle, puis Burfict a rendu les coups à sa façon en percutant Antonio Brown au casque. Rien d’étonnant, donc, à ce que chaque match entre ces deux équipes soit surveillé comme un terrain miné.
Le cas d’Ikemefuna Enemkpali et de Geno Smith a pris une tournure particulièrement embarrassante. En août 2015, le défenseur des Jets a frappé son coéquipier au visage après que Smith a refusé de lui rembourser 600 dollars liés à un billet d’avion. Résultat : mâchoire brisée pour le quarterback, licenciement immédiat pour Enemkpali et nouvelle crise pour une franchise déjà sous pression.
Smith a ensuite perdu sa place de titulaire, puis a vu sa carrière NFL prendre un nouveau tournant. L’affaire a laissé une image marquante d’un vestiaire fragilisé par les tensions personnelles, bien loin de l’esprit d’équipe attendu au plus haut niveau du football américain.
Au rayon des rivalités du Sud, les Atlanta Falcons et les Carolina Panthers ont eux aussi offert plusieurs scènes tendues. En octobre 2014, un match de saison régulière a dû être interrompu à plusieurs reprises à cause de gestes après le whistle. Harry Douglas et Josh Norman se sont notamment retrouvés au sol dans une lutte, tandis que Devin Hester a écopé d’une pénalité pour comportement antisportif après avoir retourné un adversaire hors d’un attroupement.
Ces tensions n’ont fait que s’aggraver quelques années plus tard. En 2018, Damontae Kazee a porté un coup dangereux à Cam Newton alors que le quarterback glissait après une course. Plusieurs joueurs des Panthers ont aussitôt accouru pour le défendre et deux bagarres distinctes ont éclaté pendant que le staff médical s’occupait de Newton. Kazee a été expulsé puis sanctionné financièrement, un rappel de plus que les bagarres NFL naissent souvent d’un manque de retenue au pire moment.
Dans les années 1990, Deion Sanders et Andre Rison faisaient partie des joueurs les plus spectaculaires de la ligue, mais aussi des plus bavards. Jadis coéquipiers chez les Atlanta Falcons, ils se connaissaient parfaitement lorsque leurs chemins se sont croisés en octobre 1994, après la signature de Sanders avec les San Francisco 49ers. Le match s’est transformé en démonstration avec un 42-3 sans appel pour San Francisco, en partie grâce à une interception retournée sur 93 yards par « Prime Time ».
Mais l’image qui a marqué les esprits est celle de leur échange physique : Rison a chargé Sanders à la ligne, Sanders a répondu avec des crochets du gauche, puis les coups ont continué jusqu’à l’intervention des arbitres. Après la rencontre, les deux hommes se sont même pris dans les bras au milieu du terrain, avant que Sanders ne qualifie plus tard cet épisode d’altercation « ignorante » et regrettable. Une preuve supplémentaire que les grandes figures de la NFL savent parfois autant parler avec leurs poings qu’avec leurs performances.
En 2014, le duel entre les New York Giants et les St. Louis Rams a lui aussi dégénéré de bout en bout. Des échanges verbaux ont accompagné quasiment chaque action, et Odell Beckham Jr., alors rookie, a mis de l’huile sur le feu avec une célébration provocatrice près d’un défenseur adverse. Peu avant la pause, Alec Ogletree a violemment projeté Beckham vers la ligne de touche, ce qui a déclenché une mêlée générale.
Damontre Moore, Preston Parker et William Hayes ont été expulsés, mais plusieurs autres joueurs auraient pu connaître le même sort. Au final, neuf joueurs ont été sanctionnés d’une amende. Le match a surtout illustré une vérité bien connue des amateurs de football américain : quand le ton monte entre les lignes, une seule action peut suffire à faire basculer tout un match dans la bagarre.
Enfin, impossible d’évoquer les plus grandes bagarres du football américain sans revenir sur le face-à-face entre Myles Garrett et Mason Rudolph en novembre 2019, souvent présenté comme l’un des épisodes les plus violents de l’histoire NFL. En fin de match, alors que Cleveland menait nettement Pittsburgh, Garrett a plaqué Rudolph au sol. Le quarterback a alors tenté d’arracher le casque du défenseur, ce qui a provoqué une réaction immédiate : Garrett a retiré le casque de Rudolph puis l’a frappé à la tête avec.
La scène a déclenché une bagarre générale entre les deux bancs et a provoqué des sanctions lourdes. Garrett a été suspendu pour le reste de la saison, tandis que des amendes ont été infligées de part et d’autre. L’incident a ensuite été entouré d’une polémique supplémentaire, Garrett affirmant que Rudolph avait tenu une insulte raciale, accusation démentie par le quarterback et non corroborée par la NFL. Avec le recul, les deux hommes ont dit regretter leur comportement et ont même fini par se serrer la main un an plus tard.
Avant cela, il faut aussi remonter à 1954 pour retrouver un des précédents les plus saisissants de l’histoire de la NFL. Cette année-là, Don Joyce, défenseur des Baltimore Colts, a frappé le linebacker des Los Angeles Rams Les Richter au visage avec son propre casque. Joyce a expliqué que l’incident était né d’un coup de genou reçu lors d’un renvoi de coup d’envoi, puis d’une riposte brutale qui a causé plusieurs points de suture près de l’œil de Richter.
Le contraste avec les sanctions modernes est frappant. Joyce a bien été expulsé et amendé, mais il a évité la suspension. À l’époque, le commissaire Bert Bell a même pris sa défense, estimant que la colère du joueur était compréhensible. Une autre époque, assurément, où la culture du football américain tolérait encore des réactions qu’on jugerait aujourd’hui bien plus sévèrement.
Roger Staubach, légende des Dallas Cowboys, a lui aussi été victime d’un coup resté célèbre, mais longtemps oublié hors du Texas. En août 1976, le quarterback remplaçant Clint Longley s’est opposé à Drew Pearson au sujet d’une trajectoire, avant que Staubach ne prenne parti pour le receveur. Deux jours plus tard, dans le vestiaire, Longley a frappé Staubach en plein visage, le projetant sur une balance et lui laissant une cicatrice au-dessus de l’œil.
On a ensuite découvert que Longley avait un autre objectif : il voulait quitter l’équipe et pensait que ce coup accélérerait son transfert. Avec le temps, il a fini par le confirmer. Même les plus grands noms du football américain peuvent donc être rattrapés par des rivalités de vestiaire aussi absurdes que violentes.
Un autre épisode célèbre a contribué à forger la rivalité entre les Raiders et les Chiefs, au point qu’une règle de la NFL porte aujourd’hui son nom. Le 1er novembre 1970, alors que Kansas City menait Oakland en toute fin de match, le quarterback Len Dawson s’est mis à genoux pour protéger un first down. À cette époque, il était encore légal de frapper un joueur déjà au sol, et le défenseur Ben Davidson a violemment exploité cette faille en lui rentrant dedans avec le casque dans le dos.
Le receveur Otis Taylor a réagi aussitôt pour défendre son coéquipier, et la confrontation s’est élargie à plusieurs joueurs. Le plaquage n’a pas seulement déclenché une bagarre football : il a aussi poussé la NFL à revoir ses règles sur les joueurs à terre. Le match s’est terminé sur un nul, mais l’incident a surtout alimenté une rivalité déjà féroce entre Kansas City et Oakland.
