5 faces B des années 80 devenues plus cultes que leurs singles

par Sophie
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5 faces B des années 80 devenues plus cultes que leurs singles
Royaume-Uni, États-Unis, Jamaïque

Dans les années 1980, le public acceptait généralement les singles choisis par les maisons de disques. Pourtant, il arrivait fréquemment que les auditeurs préfèrent les faces B, ces titres secondaires relégués au verso des vinyles. Cette décennie a vu une transformation profonde de la consommation musicale, notamment avec l’essor des radios universitaires qui ont permis à des succès souterrains d’émerger sans dépendre uniquement des circuits commerciaux classiques.

Certains exemples sont restés célèbres. Si le titre tragique de 1980 « Love Will Tear Us Apart » est considéré comme le chef-d’œuvre de Joy Division, beaucoup lui préfèrent sa face B plus nerveuse, « These Days ». De même, l’irrésistible « Into The Groove » de Madonna n’a jamais été publié comme face A aux États-Unis, servant initialement de simple complément au titre « Angel ». Voici une sélection de faces B qui ont réussi à briser le bruit ambiant pour définir la bande-son d’une époque.

Grace Jones chantant sur scène en costume sombre
Grace Jones a su réinventer des classiques post-punk avec une esthétique reggae unique.

Do It Clean — Echo & The Bunnymen

Lors de la sortie de l’album « Crocodiles » au Royaume-Uni en juillet 1980, le morceau frénétique « Do It Clean » avait été écarté. Un responsable de maison de disques craignait, à tort, que les paroles ne contiennent des obscénités. Une fois le malentendu dissipé, la chanson a été intégrée à la version américaine, où elle a reçu un accueil enthousiaste. Le magazine Rolling Stone l’a même comparée à une décharge d’énergie New Wave.

Placée en face B du single « The Puppet », « Do It Clean » surpasse largement son titre phare. Portée par la guitare nerveuse d’Ian McCulloch et une section rythmique implacable, la chanson ressemble à une locomotive lancée à pleine vitesse. Si certains y voient une allusion à la consommation de substances, le morceau semble surtout capturer l’excitation face aux dangers et aux frissons de l’inconnu.

She’s Lost Control — Grace Jones

En 1980, Grace Jones souhaitait s’éloigner de l’image disco qui avait fait son succès. Accompagnée par le duo rythmique jamaïcain Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, elle enregistre une reprise de « Private Life » des Pretenders. Bien que de qualité, ce single est éclipsé par sa face B : une réinterprétation radicale de « She’s Lost Control » de Joy Division.

Alors que l’original de Joy Division baigne dans le désespoir, la version de Grace Jones adopte une approche reggae et post-punk. En changeant les paroles pour chanter à la première personne, l’artiste transforme le morceau en une déclaration d’assurance androgyne et sensuelle, prouvant qu’elle pouvait s’approprier n’importe quel genre musical avec autorité.

Twist and Crawl — English Beat

Le groupe de ska English Beat a publié en 1980 le single « Hands Off … She’s Mine », accompagné de « Twist And Crawl » en face B. Si la face A traitait de la possessivité masculine avec humour, c’est le titre secondaire qui s’est avéré le plus marquant. Plus sombre et sinueux, il repose sur une ligne de basse élastique et un saxophone envoûtant.

Le morceau semble documenter une descente dans la paranoïa et l’inconfort social. Selon le chanteur Dave Wakeling, les paroles évoquent cette sensation pénible d’être toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Cette profondeur thématique, alliée à un rythme frénétique, en a fait un favori des pistes de danse de l’époque.

Dear God — XTC

En 1986, lors de l’enregistrement de l’album « Skylarking », le groupe britannique XTC avait délaissé ses racines New Wave pour une approche plus psychédélique. Le titre « Dear God », écrit par Andy Partridge, n’était initialement pas destiné à sortir, l’auteur jugeant ses paroles inadéquates. Il fut finalement relégué en face B du single « Grass » au Royaume-Uni.

Pourtant, cette chanson poignante, qui interroge la coexistence du mal et de la divinité, a captivé les programmateurs des radios universitaires américaines. Face à cet engouement imprévu, la maison de disques a dû rééditer l’album en y incluant le morceau. « Dear God » est ainsi devenu le titre qui a permis à XTC de retrouver une visibilité majeure sur la scène internationale.

Into the White — Pixies

Lorsque les Pixies sortent « Here Comes Your Man » en 1989, le genre grunge n’existe pas encore officiellement. Pourtant, les racines de ce mouvement se trouvent déjà dans la face B du single, intitulée « Into The White ». Alors que la face A est un titre pop aux accents folk, « Into The White » propose un son beaucoup plus expérimental et influent.

Avec ses guitares saturées et les voix répétitives de Kim Deal, le morceau préfigure les structures sonores qui domineront les années 90. Les paroles surréalistes évoquant des météores et des quasars annoncent l’imagerie que reprendront des groupes comme Nirvana. Plus qu’une simple face B, ce titre était le signe avant-coureur d’une révolution musicale imminente.

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