Atteindre le sommet du prestigieux classement Billboard Hot 100 est un exploit remarquable pour tout artiste. Dans les années 1960, les Beatles y parvenaient à un rythme effréné. Le célèbre quatuor britannique a ainsi cumulé 20 numéros un entre 1964 et 1970, un record historique qui reste encore inégalé à ce jour. En 1968, un titre en particulier s’est imposé comme incontournable en trônant pendant neuf semaines à la première place : l’emblématique « Hey Jude ».

Sortie aux États-Unis le 26 août 1968, avec le titre « Revolution » en face B, cette chanson marquait les débuts du nouveau label du groupe, Apple Records. Elle a rapidement gravi les échelons des classements américains pour atteindre la première place le 28 septembre 1968. Cette ascension fulgurante a sans doute été propulsée par un clip promotionnel mémorable, diffusé pour la première fois le 8 septembre au Royaume-Uni et le 6 octobre aux États-Unis. Tournée aux studios Twickenham de Londres devant un public de 300 personnes, la vidéo montrait les Beatles interprétant le morceau accompagnés d’un orchestre de 36 musiciens. En conservant la tête du classement pendant neuf semaines, la ballade est devenue le succès numéro un le plus long de l’année, mais aussi le record absolu de longévité à cette position pour le groupe. À titre de comparaison, le titre « I Want to Hold Your Hand » avait passé sept semaines au sommet en 1964.
La véritable signification de « Hey Jude »
Cette ballade de plus de sept minutes a été écrite par Paul McCartney, qui s’est inspiré de Julian, le fils de son acolyte John Lennon. Initialement intitulé « Hey Jools », le morceau avait pour but de réconforter le jeune garçon pendant le divorce de ses parents. La mère de Julian, Cynthia Lennon, était la première épouse de John, avec qui il s’était marié en 1962. Dans le recueil The Beatles Anthology, Paul McCartney s’est confié sur son processus créatif. Alors qu’il était en voiture pour rendre visite à la famille Lennon, il raconte avoir commencé à chanter une mélodie porteuse d’espoir pour Julian, avec l’idée de lui transmettre un message rassurant face à la séparation de ses parents.
De son côté, John Lennon a évoqué cette chanson lors d’une interview accordée au magazine Playboy en 1980. Il expliquait que Paul savait pertinemment qu’il était en train de quitter Cynthia et Julian. Considéré presque comme un oncle par le jeune garçon, McCartney a ainsi composé ce titre pour le soutenir. Pourtant, John Lennon a avoué avoir toujours perçu cette chanson comme lui étant secrètement destinée.
Le chanteur a d’ailleurs ajouté qu’il pensait que le texte faisait en partie écho à sa nouvelle relation avec Yoko Ono, qui venait tout juste d’entrer dans sa vie. Selon Lennon, en chantant « Hey Jude », McCartney disait en réalité « Hey John ». Il estimait qu’inconsciemment, son partenaire musical lui donnait sa bénédiction pour partir, tandis que consciemment, il redoutait de perdre son acolyte de toujours. Une dualité que Lennon résumait ainsi : l’ange en lui souhaitait le meilleur à son ami, tandis que le démon refusait de voir son complice s’éloigner.
