Les pires concerts de rock des années 60 : quand tout dérape

par Sophie
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Les pires concerts de rock des années 60 : quand tout dérape
États-Unis, Royaume-Uni

Même les plus grandes légendes du rock des années 1960 ont connu des jours sans. À cette époque, les concerts de masse étaient encore une nouveauté et les organisateurs apprenaient sur le tas comment gérer la sécurité et la logistique. Entre la rébellion inhérente à cette culture et les excès en tout genre, de nombreux spectacles ont sombré dans le chaos total.

Mick Jagger sur scène à Altamont
Mick Jagger lors du tristement célèbre concert d’Altamont.

Qu’il s’agisse de tensions internes au sein des groupes, du comportement imprévisible des fans ou de problèmes de sécurité majeurs, certains concerts sont restés dans l’histoire pour de mauvaises raisons. Voici un retour sur les performances les plus désastreuses et les plus sombres de cette décennie mythique.

Le naufrage de Jim Morrison à Miami

Jim Morrison tenant un micro de près
Jim Morrison lors d’une prestation mouvementée.

En mars 1969, les Doors se produisent au Dinner Key Auditorium de Miami. Ce soir-là, Jim Morrison est dans un état d’ébriété tel qu’il est incapable de chanter correctement. Il interrompt les morceaux pour se lancer dans des monologues incohérents, oublie les paroles et bafouille ses textes. Après une heure de comportement erratique, il incite la foule à le rejoindre sur scène pour une « révolution ».

La situation dégénère lorsque Morrison demande au public s’il veut voir ses parties intimes. Des dizaines de fans envahissent la scène, forçant l’organisateur Ken Collier à intervenir. Morrison aurait alors joint le geste à la parole en s’exposant devant la foule. Suite à cet incident, le chanteur est condamné à une amende de 500 € et à six mois de prison, une peine qu’il n’aura jamais le temps de purger avant sa mort deux ans plus tard.

Le drame sanglant d’Altamont

Hells Angels au concert d'Altamont
Le service d’ordre assuré par les Hells Angels a transformé le festival en cauchemar.

Le 6 décembre 1969, le concert gratuit d’Altamont devait être le « Woodstock de l’Ouest ». Les Rolling Stones, têtes d’affiche, décident de confier la sécurité aux Hells Angels. Ce choix s’avère catastrophique : les membres du gang de motards, armés de queues de billard, terrorisent et frappent les spectateurs qui s’approchent trop près de la scène.

La violence monte d’un cran lors du passage de Jefferson Starship, où le musicien Marty Balin est frappé par un garde. Le point de non-retour est atteint pendant le set des Stones : Meredith Hunter, un jeune homme de 18 ans, sort une arme pour se protéger des agressions des motards. Il est immédiatement pris en chasse, poignardé et roué de coups par plusieurs Hells Angels sous les yeux de la foule. Il succombera à ses blessures, un drame dont le groupe ne prendra la mesure qu’après le spectacle.

Les Beatles et la fin de l’ère des tournées

Les Beatles au Candlestick Park
Le dernier concert des Beatles devant un public payant à San Francisco.

En 1966, les tournées des Beatles sont devenues un calvaire pour le groupe. Les hurlements incessants des fans sont si forts que les musiciens n’entendent plus leurs propres instruments. Le 29 août 1966, au Candlestick Park de San Francisco, le groupe livre une prestation de seulement 30 minutes devant un stade qui n’est même pas rempli.

Sur les 42 000 places disponibles, seules 25 000 ont trouvé preneur. Ce concert est un désastre financier pour le promoteur, mais surtout un point de rupture pour John, Paul, George et Ringo. Épuisés par ce chaos sonore et l’impossibilité de produire une musique de qualité en direct, ils décident ce soir-là de ne plus jamais remonter sur scène et de se consacrer exclusivement au travail en studio.

Le Grateful Dead foudroyé à Woodstock

Jerry Garcia saluant depuis la scène
Jerry Garcia a gardé un souvenir cuisant de son passage à Woodstock.

Si Woodstock est resté comme un symbole de paix et d’amour, le passage du Grateful Dead a été un véritable fiasco technique. Jerry Garcia, le leader du groupe, a qualifié cette performance de l’une des pires de leur carrière. Sous l’effet de substances diverses et face à une foule immense qu’ils ne pouvaient pas voir dans l’obscurité, les musiciens étaient totalement désorientés.

Pour ne rien arranger, la pluie battante rendait l’équipement électrique dangereux. À chaque fois que les musiciens touchaient leurs guitares, ils recevaient des décharges électriques. Jerry Garcia se souvenait de « petites étincelles bleues » jaillissant de leurs instruments. Ce chaos explique pourquoi aucune de leurs chansons n’a été retenue pour le film ou l’album live original du festival.

Bagarre générale pour The Who

Le 20 mai 1966, The Who doit se produire dans un club du Berkshire. Mais le batteur Keith Moon et le bassiste John Entwistle arrivent avec plus de deux heures de retard après avoir bu avec un membre des Beach Boys. Pour assurer le début du spectacle, Roger Daltrey et Pete Townshend engagent des remplaçants au pied levé.

Lorsque Moon et Entwistle arrivent enfin, ils forcent brutalement les remplaçants à quitter la scène. La tension est palpable. En plein milieu du set, Moon détruit sa batterie et l’une de ses cymbales frappe Townshend. Furieux, le guitariste tente de transpercer un haut-parleur avec sa guitare mais finit par assommer Moon. Le concert se termine en pugilat général, laissant Moon avec un œil au beurre noir et plusieurs points de suture.

Une tentative de meurtre chez les Kinks

La rivalité entre les frères Davies est légendaire, mais elle a atteint un sommet de violence en 1965 lors d’un concert à Cardiff. La veille, une bagarre avait déjà éclaté entre le guitariste Dave Davies et le batteur Mick Avory. Sur scène, après seulement deux chansons, Dave provoque Avory en renversant sa batterie et en lui lançant une insulte humiliante.

La réaction du batteur est immédiate et brutale : il frappe Dave à la gorge avec l’une de ses cymbales, manquant de peu de le décapiter. Le guitariste doit être transporté d’urgence à l’hôpital tandis qu’Avory prend la fuite pour échapper à la police, qui envisageait des poursuites pour tentative de meurtre. Cet incident a failli marquer la fin définitive du groupe.

L’imposture des faux Zombies

Dusty Hill et Frank Beard de ZZ Top
Deux futurs membres de ZZ Top ont fait partie de l’arnaque des faux Zombies.

Après leur séparation en 1967, le groupe britannique The Zombies connaît un succès posthume aux États-Unis avec le titre « Time of the Season ». Pour profiter de cette manne financière, une agence de promotion recrute de jeunes musiciens texans pour partir en tournée sous le nom des Zombies. Parmi eux se trouvent les futurs fondateurs du groupe ZZ Top.

Le public n’est pas dupe : les musiciens portent des chapeaux de cowboy, jouent du blues rock et ne disposent même pas de claviers, pourtant essentiels au son original du groupe. Lors de l’une de leurs rares représentations, les fans commencent à quitter la salle dès la quatrième chanson, réalisant qu’ils ont affaire à de parfaits imposteurs.

Émeute à Rochester pour les Rolling Stones

En novembre 1965, les Rolling Stones se produisent à Rochester, dans l’État de New York. La police locale, craignant des débordements, déploie un dispositif de sécurité impressionnant de 120 agents. Le concert tourne court après seulement six chansons lorsque le chef de la police décide d’interrompre le spectacle, prétextant un danger pour la sécurité publique.

Le déclencheur ? Mick Jagger venait simplement d’enlever sa veste. Cette décision arbitraire provoque la fureur des 4 000 spectateurs qui commencent à jeter des chaussures et des boîtes de bonbons vers la scène. Un policier est blessé à l’œil et plusieurs adolescents sont arrêtés dans le chaos qui suit l’arrêt brutal de la prestation.

Jimi Hendrix et l’erreur de casting des Monkees

Les Monkees sur le plateau de leur série
Les Monkees et Jimi Hendrix formaient un duo improbable en tournée.

À l’été 1967, Jimi Hendrix accepte de faire la première partie des Monkees, un groupe de pop pour adolescents très populaire à la télévision. C’est une erreur stratégique monumentale. Le public, composé essentiellement de très jeunes fans, n’a que faire du rock psychédélique et des solos de guitare incendiaires de Hendrix.

Pendant que le guitariste prodige se donne sur scène, la foule scande le nom de Davy Jones, l’idole des jeunes des Monkees. Hendrix, frustré de jouer devant un public qui ne l’écoute pas, finit par négocier son départ de la tournée après seulement une semaine de calvaire.

Gaz lacrymogène au Denver Pop Festival

Jimi Hendrix jouant de la guitare
Le dernier concert de l’Experience de Jimi Hendrix s’est terminé dans la fumée.

En juin 1969, le festival de Denver réunit 62 000 fans. Pour disperser des personnes tentant d’entrer sans ticket, la police utilise massivement du gaz lacrymogène. Le vent pousse les fumées toxiques vers le public légitime, forçant les organisateurs à donner des conseils de survie aux spectateurs en plein milieu des concerts.

Le dernier soir, alors que Jimi Hendrix termine son set, une véritable émeute éclate. La police fait à nouveau usage de gaz lacrymogène, provoquant un mouvement de panique. Hendrix et ses musiciens doivent être évacués en urgence dans un camion de matériel, tandis que des fans en colère tentent de renverser le véhicule.

Un Velvet Underground amputé à Chicago

Photo promotionnelle du Velvet Underground
Le Velvet Underground a dû improviser lors de sa résidence à Chicago.

En 1966, le Velvet Underground fait sensation à New York sous l’aile d’Andy Warhol. Mais lors d’une résidence prévue à Chicago, le groupe se retrouve privé de ses deux figures de proue : Lou Reed est hospitalisé pour une hépatite et la chanteuse Nico a quitté le pays. Malgré ces absences majeures, Warhol décide de maintenir les spectacles.

Les membres restants doivent improviser une nouvelle formation, changeant d’instruments et confiant le chant à John Cale. Bien que les critiques n’aient pas été totalement négatives, les fans venus voir les têtes d’affiche ont été déçus par cette version expérimentale et incomplète du groupe, illustrant une fois de plus la fragilité des tournées de cette époque.

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