Les plus grands scandales de National Geographic

par Olivier
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Les plus grands scandales de National Geographic
États-Unis

Dans l’univers du divertissement, National Geographic s’est souvent présenté comme une référence du savoir et de la découverte. Avec plus d’un siècle d’existence, une marque mondiale instantanément reconnaissable et certaines des émissions les plus suivies du câble, la chaîne inspire spontanément confiance. On pourrait croire que tout y est irréprochable, surtout lorsqu’il s’agit de programmes éducatifs. Pourtant, les scandales National Geographic racontent une autre histoire, bien moins lisse.

Au fil des années, la chaîne et, parfois, le magazine ont été entraînés dans des affaires de négligence, de manipulation, de faux pas éthiques et de controverses ouvertes. Derrière le rectangle jaune emblématique se cachent des épisodes souvent surprenants, parfois choquants, qui montrent combien l’image d’une institution culturelle peut être fragile. Voici donc quelques-uns des faits les plus troublants qui ont terni la réputation de National Geographic dans le monde de la télévision et des médias.

National Geographic, Neil deGrasse Tyson

L’émission The Incredible Dr. Pol, lancée en 2011 sur National Geographic, mettait en avant Jan Pol, vétérinaire du Michigan fort de plusieurs décennies d’expérience. Mais en octobre 2012, l’histoire a pris un tournant beaucoup moins glorieux : selon DVM360, le Dr Pol a été condamné à une amende et placé en probation pour négligence et incompétence. L’affaire portait sur la prise en charge d’une chienne appelée Mocha.

Cette chienne de race braque allemand devait mettre bas le 3 avril 2010. Or, lorsque l’accouchement n’a pas commencé, ses propriétaires ont contacté à plusieurs reprises le cabinet du vétérinaire, et l’on leur a conseillé d’attendre et de « laisser faire la nature ». Le 12 avril, soit neuf jours après la date prévue, le cabinet a finalement réalisé une échographie et affirmé percevoir des mouvements, en recommandant une nouvelle fois la patience.

Les propriétaires ont alors demandé un second avis. Un autre vétérinaire a pratiqué sa propre échographie, n’a détecté aucun mouvement et a décidé d’effectuer une césarienne. Dix chiots mort-nés ont été découverts, morts depuis plusieurs jours. Après plainte administrative, le Michigan Department of Licensing and Regulatory Affairs Bureau of Health Professions Board of Veterinary Medicine a estimé que le Dr Pol avait « omis de lire correctement une échographie canine » et de « traiter le patient de manière appropriée ». Il a écopé d’une amende de 500 dollars et a dû suivre plusieurs formations. Malgré cela, National Geographic a maintenu son soutien au vétérinaire et poursuivi la diffusion de l’émission.

Dr. Pol and goats

Dans le même esprit, Diggers a déclenché une vive polémique auprès des archéologues. Le principe était simple : deux passionnés de détection métallique, « King George » Wyant et Tim « The Ringmaster » Saylor, parcouraient différents sites à la recherche de trésors enfouis. Problème : aucun des deux n’avait de certification professionnelle en archéologie, ce que de nombreux experts ont vivement critiqué, comme l’a rapporté le Billings Gazette.

Le cœur du conflit tenait à l’approche même du programme. Creuser sur un terrain, même avec autorisation, peut poser des problèmes juridiques si l’on met au jour un objet susceptible d’avoir un propriétaire légitime. À cela s’ajoute la dimension environnementale : l’archéologie exige des méthodes rigoureuses, précises et respectueuses des sols. Dans Diggers, cette prudence semblait absente, ce qui a nourri les accusations d’amateurisme et d’irresponsabilité.

Après trois saisons très controversées, National Geographic a finalement travaillé avec la Society for American Archaeology afin d’établir des règles et de revoir le format. Le programme a toutefois été annulé peu après. Selon les recommandations de la SAA, cette collaboration n’aurait pas entraîné de baisse d’audience.

Diggers

Dans Doomsday Preppers, National Geographic a également dû gérer un cas plus inquiétant encore. Cette série, très populaire, présentait des survivalistes prêts à tout pour un hypothétique apocalypse. Parmi les nombreux profils extrêmes mis en avant, un seul invité a finalement été totalement retiré d’un épisode déjà terminé.

Lors de la production de la saison 3, l’équipe avait filmé des séquences avec James Yeager, habitant du Tennessee occidental et dirigeant d’une société de formation aux armes à feu. Tout semblait prêt pour la diffusion, jusqu’à la révélation d’une vidéo YouTube antérieure dans laquelle Yeager dénonçait le gouvernement et menaçait de « commencer à tuer des gens » si son droit au port d’armes était menacé. La polémique a été immédiate et a conduit à la suspension de son permis de port d’armes dans le Tennessee.

Lorsque National Geographic a laissé entendre que Yeager apparaîtrait dans Doomsday Preppers, la Coalition to Stop Gun Violence a protesté publiquement, le qualifiant d’« extrémiste violent pro-armes ». Sous pression, la chaîne a renoncé à diffuser ses séquences. Elles ont été retirées du montage final, National Geographic expliquant que, même si les producteurs avaient mené des centaines d’entretiens pour nourrir chaque saison, Yeager ne correspondait ni à l’esprit de l’émission ni à celui du réseau.

Doomsday Preppers

Une autre controverse a éclaté autour d’une communauté religieuse accusant National Geographic d’exploitation. En 2012, la chaîne a diffusé American Colony: Meet the Hutterites, une mini-série en dix épisodes consacrée aux Huttérites, un groupe proche des Amish ou des Mennonites, vivant de manière relativement isolée et en marge des technologies modernes. Au départ, les évêques huttérites avaient accepté le tournage dans la colonie de King Ranch, dans le Montana, et autorisé les membres à parler librement face aux caméras.

Après la diffusion, la réaction a été très vive. Les responsables religieux ont accusé National Geographic et le producteur Jeff Collins d’avoir manipulé et exploité la colonie au lieu d’en proposer un portrait sérieux. Les habitants se sont plaints de scénarios artificiels, de récits exagérément dramatiques et même de répliques écrites à l’avance. La chaîne a rétorqué, dans The Washington Post, qu’elle avait filmé les événements tels qu’ils s’étaient déroulés et qu’elle avait observé de forts conflits internes, notamment entre jeunes Huttérites et anciens de la colonie. National Geographic a maintenu sa position, tout en rappelant avoir versé 100 000 dollars à la communauté pour le tournage.

Hutterites

La chaîne a aussi été éclaboussée par une affaire de corruption internationale. Dans ses émissions consacrées à l’Égypte ancienne, on voyait souvent le célèbre égyptologue Zahi Hawass, alors ministre des Antiquités sous Hosni Moubarak, puis maintenu en poste après la chute du régime en 2011. Très visible dans le monde académique et médiatique, Hawass était une figure majeure de l’archéologie égyptienne, réputée pour ses conférences et ses travaux.

Mais cette proximité a viré au scandale lorsque The Independent a révélé que National Geographic lui aurait versé entre 80 000 et 200 000 dollars par an sous forme de pots-de-vin afin d’obtenir un accès privilégié à des sites et à des artefacts, ce qui est illégal au regard du droit américain. Hawass a affirmé que tout était conforme, au nom de son rôle d’Explorer-in-Residence pour National Geographic, fonction auparavant occupée par Jane Goodall ou James Cameron. L’affaire a malgré tout déclenché une enquête aux États-Unis.

Dans le même temps, Hawass faisait face à d’autres accusations en Égypte, notamment pour comportement non professionnel et actes déplacés, sans oublier des critiques très dures liées à des propos antisémites. À la suite de l’enquête, il a fini par rompre son lien avec National Geographic, sans qu’aucune poursuite formelle n’aboutisse.

Dr. Zahi Hawass

Autre figure emblématique de la chaîne : Neil deGrasse Tyson. Astrophysicien adulé du grand public, il est devenu l’un des visages les plus familiers de National Geographic grâce à StarTalk, où il recevait experts et invités pour parler d’astronomie et de sciences. Il a aussi porté Cosmos, diffusé sur la chaîne sœur Fox, une suite modernisée de la série culte de Carl Sagan, mêlant réflexion scientifique, philosophie et images de synthèse spectaculaires. Le projet était également produit par Seth MacFarlane, pour une raison qui a souvent laissé les observateurs perplexes.

Tout a basculé en décembre 2018, lorsque Tyson a été accusé d’inconduite sexuelle par trois femmes, selon The Verge. L’une d’elles, une ancienne camarade d’université, l’a accusé de viol. Les deux autres, une scientifique et une ex-assistante, ont affirmé avoir subi des avances non désirées. National Geographic et Fox ont alors suspendu les deux émissions pendant l’enquête.

Tyson a nié les accusations, tout en acceptant de coopérer pleinement, a rapporté The Hollywood Reporter. Trois mois plus tard, en mars 2019, National Geographic et Fox ont annoncé son retour. Les conclusions de l’enquête n’ont jamais été rendues publiques, mais elles ont visiblement suffi à convaincre les chaînes.

Neil deGrasse Tyson

National Geographic a aussi tenté un coup médiatique peu subtil avec un film acheté pour sa diffusion télévisée : SEAL Team Six: The Raid on Osama bin Laden. À l’origine, ce long-métrage de 2012 devait sortir en salles. Hollywood s’est donc demandé pourquoi National Geographic s’intéressait soudainement au cinéma, et surtout à ce projet en particulier.

La réponse est apparue rapidement dans Variety : la chaîne avait prévu une diffusion exclusive le 4 novembre 2012, soit deux jours seulement avant l’élection présidentielle américaine. Le calendrier paraissait trop opportun pour être innocent, puisqu’il s’agissait d’un film sur l’élimination d’Oussama ben Laden sous la présidence de Barack Obama. À droite comme à gauche, les critiques ont dénoncé une manœuvre transparente et de mauvais goût. National Geographic a pourtant maintenu la diffusion et, selon The Atlantic, l’opération a été un succès d’audience, devenant son plus gros programme de l’année.

SEAL Team Six: The Raid on Osama bin Laden

Nazi War Diggers a, lui aussi, laissé derrière lui un sillage de malaise. À la manière de Diggers, la série réunissait des personnes liées de près ou de loin aux antiquités et à la collection, mais pas de véritables archéologues. Le concept consistait à explorer des champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale pour y rechercher des reliques perdues.

Le problème est évident : les champs de bataille, surtout ceux associés à l’un des conflits les plus meurtriers de l’histoire, contiennent souvent de nombreux restes humains. Dans toutes les sociétés, déranger des sépultures est un sujet sensible, et lorsqu’une exhumation est nécessaire, elle doit être menée avec respect. Or, dans la bande-annonce, un membre de l’équipe était montré en train de retirer des ossements humains de la terre à mains nues, ce qui a choqué une grande partie du public et des observateurs.

Les critiques ont jugé les images, et même l’idée du programme, macabres. Sous la pression, National Geographic a finalement annulé la série avant sa diffusion. Elle a toutefois été reprise à l’étranger sous le titre Battlefield Recovery, où elle a suscité de nouvelles controverses.

Nazi War Diggers

Le dresseur de chiens Cesar Millan, lui aussi, a été au cœur d’une enquête pour maltraitance animale. Présent sur National Geographic depuis les débuts de la chaîne, il a animé Dog Whisperer with Cesar Millan pendant neuf saisons, puis Cesar 911 pendant trois autres. Si ses programmes ont attiré de très bonnes audiences, ils ont aussi provoqué la méfiance de nombreux vétérinaires et comportementalistes animaliers, comme l’a rappelé le New York Times.

En 2016, un épisode de Cesar 911 montrait Millan travaillant avec un chien nommé Simon, qui détestait manifestement les cochons. L’animal avait déjà attaqué et tué deux cochons domestiques de petite taille. Malgré ce passé évident, Millan a décidé de présenter à Simon un nouveau cochon et de les enfermer ensemble. La suite n’a surpris personne : Simon a attaqué immédiatement le cochon, lui blessant l’oreille. Selon la BBC, l’animal avait auparavant arraché entièrement l’oreille d’un cochon. Le chien a ensuite été maîtrisé et le cochon a survécu, mais les autorités ont ouvert une enquête après avoir vu les images.

National Geographic a défendu Millan en affirmant que le cochon avait vite guéri et n’avait montré aucun signe de détresse. Les charges ont finalement été abandonnées, mais le dresseur n’est plus apparu sur la chaîne depuis.

Cesar Millan, puppy

La téléréalité Wicked Tuna a elle aussi connu son lot de problèmes. L’émission ne parlait pas de sandwiches maudits au thon, mais de bateaux de pêche du Massachusetts traquant le thon rouge. Son concept a d’ailleurs été critiqué, car le thon rouge n’est pas juridiquement classé comme espèce en danger aux États-Unis, même s’il figure sur la liste des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Le programme mettait en compétition plusieurs navires, les prises pouvant se vendre très cher. Paul Hebert, capitaine du Wicked Pissah, y apparaissait depuis le lancement en avril 2012.

Or, en 2009, Hebert avait demandé une invalidité à la Sécurité sociale, affirmant qu’il ne pouvait ni marcher correctement ni soulever de charges lourdes, selon NBC Chicago. Sa demande a été acceptée et il a perçu des prestations de 2010 à 2013. Le problème ? Il travaillait bel et bien, et de manière visible à la télévision, en marchant et en portant des charges lourdes à bord de son bateau de pêche. Il a continué à toucher ces aides bien après le début de l’émission.

Poursuivi devant un tribunal fédéral pour fraude, il a plaidé coupable. D’après Page Six, il a été condamné à quatre ans de probation, à plus de 50 000 dollars de restitution et à une amende de 5 000 dollars. La leçon est simple : si l’on veut frauder sur une invalidité, mieux vaut éviter de le faire en apparaissant chaque semaine dans un programme télévisé populaire.

Paul Hebert of Wicked Tuna

Le magazine National Geographic n’a pas été épargné par les affaires de faux et de manipulation. Depuis plus de cent ans, il a offert au public une fenêtre sur le monde, la science naturelle, l’anthropologie et bien d’autres domaines. Mais il a aussi publié plusieurs images truquées ou falsifiées, devenant même l’un des premiers magazines mêlés à un scandale photo, bien avant que Photoshop n’existe.

En février 1982, sa couverture montrait les pyramides de Gizeh. Grâce à un montage numérique précoce, la rédaction avait rapproché les pyramides pour les faire entrer dans la composition verticale de la couverture, modifiant ainsi l’image originale. Aujourd’hui, cela peut sembler bénin, mais à l’époque, la question de l’éthique dans la manipulation d’images numériques n’avait pas encore été encadrée. On pourrait donc penser que la publication, depuis, ferait preuve d’une vigilance exemplaire. Ce ne fut pas toujours le cas : au fil des décennies, elle a présenté de nombreuses photos falsifiées ou retouchées, y compris jusqu’en 2019.

Four men riding camels near the Pyramids of Giza

Mais la plus grande erreur du magazine n’a peut-être pas concerné l’image, et plutôt un fossile présenté comme une découverte capitale. National Geographic a fortement promu Archaeoraptor liaoningensis, qu’il décrivait comme un chaînon entre les dinosaures et les oiseaux. Or, il s’agissait en réalité d’un faux, un fossile manufacturé en Chine que plusieurs publications à comité de lecture avaient déjà rejeté, comme l’a expliqué Scientific American.

National Geographic a également dû reconnaître son passé raciste. En 2018, la rédactrice en chef Susan Goldberg a publié un éditorial revenant sur les couvertures et articles profondément marqués par les préjugés raciaux qui avaient caractérisé une grande partie de l’histoire du magazine. Elle a notamment dénoncé la manière dont d’autres peuples avaient été décrits comme « exotiques » ou comme des « nobles sauvages », ainsi que l’effacement quasi total des personnes noires aux États-Unis, à peine reconnues avant les années 1970.

Lors d’une enquête sur les archives, John Edwin Mason, chercheur à l’Université de Virginie, a même retrouvé d’anciennes légendes qualifiant des Aborigènes australiens noirs de « sauvages » et affirmant qu’ils « se classaient au plus bas de l’intelligence parmi tous les êtres humains », selon la BBC. Malgré cette prise de conscience publique, les critiques ont continué de relever des couvertures et légendes problématiques, preuve que l’héritage des scandales National Geographic reste profondément lié à la question de l’éthique, de la représentation et du divertissement médiatique.

National Geographic April 2018 cover

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