Les plus grands scandales qui ont frappé Spotify
Grâce à Spotify, écouter ses titres préférés n’a jamais été aussi simple. Des tubes les plus récents aux groupes indie les plus confidentiels venus du bout du monde, presque tout l’univers de la musique en streaming est accessible en quelques gestes sur l’écran. Pour les amateurs de divertissement musical, la promesse est séduisante : une bibliothèque immense, disponible à tout moment, sans effort.
Mais un modèle aussi confortable peut aussi soulever des doutes. À mesure que Spotify s’est imposé comme un géant du streaming musical, la plateforme a été confrontée à des pratiques commerciales jugées opaques, voire contestables. Entre polémiques sur les playlists Spotify, questions de confidentialité, rémunération des artistes et soupçons de manipulation interne, la réputation du service a été régulièrement ébranlée. Voici quelques-uns des plus grands scandales Spotify.

Le marché noir des playlists Spotify
Figurer dans une playlist populaire de Spotify est l’un des meilleurs moyens pour un artiste de faire connaître sa musique. Pourtant, une économie souterraine s’est développée entre les créateurs et ces emplacements très convoités. D’après un article du Daily Dot publié en 2018, des sociétés tierces ont transformé l’accès aux playlists en véritable commerce, dans une logique proche du « payola », cette ancienne pratique illégale consistant à payer pour obtenir de la diffusion radio.
Des services comme SpotLister analysent les morceaux des musiciens pour déterminer à quelles playlists ils correspondent le mieux, puis tentent d’y obtenir une place — au prix de milliers de dollars selon la visibilité recherchée. D’autres proposent de faux abonnés de playlist et des chiffres d’écoute gonflés afin de donner l’illusion d’une plus grande popularité. Il existe même des services spécialisés dans la détection de ces faux indicateurs.
Dans cette affaire, Spotify lui-même n’apparaît que marginalement. Le Daily Dot rapporte d’ailleurs que la plateforme a fini par couper SpotLister après avoir constaté que l’entreprise ne respectait pas ses conditions d’utilisation. Mais le problème dépasse largement ce cas précis : selon Billboard, des cadres de maisons de disques paient depuis des années pour faire ajouter des morceaux à des playlists, et Spotify ne s’en est vraiment inquiété qu’en 2015, lorsqu’il a modifié ses règles pour interdire « toute compensation, financière ou autre, visant à influencer le contenu inclus sur un compte ou une playlist ».
Le business douteux des données utilisateur

Vous souvenez-vous du scandale Cambridge Analytica autour de Facebook en 2018 ? Comme le rappelle CNBC, cette affaire concernait la collecte de données d’environ 50 millions de profils Facebook via une application appelée « thisisyourdigitallife ». En 2019, il est apparu que Spotify pouvait être confronté à des problèmes similaires. Le scandale, que TechCrunch a surnommé « Cambridge Anamusica », reposait sur l’enquête de Micah Singleton, de Billboard, qui a découvert que le service autorisait de grands labels comme Sony à collecter diverses données d’utilisateurs Spotify, avec à la clé la possibilité de consulter, et même de contrôler, certains éléments du compte.
Cette surveillance passe par des applications de « pré-enregistrement » proposées par les maisons de disques. Celles-ci permettent de sauvegarder à l’avance un futur morceau dans sa bibliothèque, mais donnent aussi, selon leurs conditions d’utilisation, un accès à de nombreuses données du profil à des fins marketing. En théorie, elles peuvent même aller jusqu’à modifier certaines habitudes d’écoute, au point de faire cesser le suivi d’artistes concurrents. Pour Spotify, accepter une telle exploitation des données utilisateur peut s’avérer risqué, surtout face à un concurrent comme Apple Music, réputé pour son approche stricte de la vie privée.
Les royalties impayées

Au début de l’année 2018, Spotify s’est retrouvé au centre d’un dossier potentiellement très coûteux. Selon le Guardian, la société a été poursuivie pour 1,6 milliard de dollars de « royalties impayées » concernant des artistes comme The Doors, Janis Joplin, Neil Young ou encore Tom Petty. Et il ne s’agissait que d’une seule entreprise. Cette facture à neuf chiffres devait revenir à une société californienne d’édition musicale appelée Wixen, qui gère les flux de droits de ces artistes.
La loi américaine sur le droit d’auteur distingue deux types de droits pour une chanson : l’enregistrement et la composition. Wixen affirmait que, pour la composition, Spotify devait avertir les auteurs concernés par courrier papier afin d’obtenir une « licence mécanique directe ou obligatoire » pour diffuser leur musique. Selon la société, Spotify ne l’aurait pas fait. Comme la plateforme avait diffusé plus de 10 000 morceaux dans le cadre d’un accord ne couvrant que les droits d’enregistrement, Wixen a lancé une action en justice réclamant 150 000 dollars par chanson.
Quelle a été l’issue réelle de cette affaire pour Spotify ? D’après The Verge, il est probable qu’on ne le saura jamais, les deux parties ayant trouvé un accord en décembre 2018. De plus, la nouvelle loi Music Modernization Act a supprimé l’obligation d’envoyer ces lettres de « notification d’intention » aux auteurs-compositeurs, ce qui laisse penser que le service de streaming ne devrait plus être confronté à ce type de litige coûteux de la même manière.
Spotify aurait manipulé son propre système avec de faux artistes

Depuis 2016, plusieurs enquêtes publiées par Music Business Worldwide, The Verge et Vulture ont fortement laissé entendre que Spotify ne se contentait pas d’héberger la musique des autres. Le géant du streaming aurait en réalité rémunéré ses propres musiciens et producteurs internes pour créer des morceaux lui appartenant, ensuite mis en avant sur ses playlists les plus populaires.
Pour l’entreprise, l’avantage serait considérable. Ces titres de remplissage permettraient d’éviter certaines redevances et licences, puisque les chansons appartiendraient à Spotify lui-même. En 2017, Music Business Worldwide a même publié une liste de 50 groupes et artistes soupçonnés d’être « faux », et selon eux liés à Spotify. La plupart affichaient des millions d’écoutes.
Spotify a vigoureusement démenti toute fabrication artificielle d’artistes, mais l’industrie musicale ne semble guère convaincue. En 2019, Rolling Stone a souligné que les artistes suspectés cumulaient à eux seuls 2,85 milliards d’écoutes sur Spotify, tout en suggérant que les grands groupes de labels, irrités depuis longtemps par cette pratique, avaient peut-être décidé d’entrer eux aussi dans la logique de la musique fabriquée en interne.
Le partenariat embarrassant avec Uber

En 2017, Spotify a appris à ses dépens pourquoi il vaut mieux éviter les mauvaises associations. Comme le raconte The Verge, le service entretenait depuis 2014 un partenariat étroit avec Uber, autre géant des applications modernes. Mais la société de VTC s’est rapidement imposée comme l’équivalent corporate de cet ami qui finit toujours par attirer les ennuis. Après une série de scandales Uber — accusations de sexisme, procès, tentatives d’évasion réglementaire, et même une vidéo montrant le PDG Travis Kalanick insultant l’un de ses chauffeurs — Spotify a dû se demander si ce partenariat restait acceptable.
Le service a sérieusement envisagé de couper l’accès d’Uber à son API, cette interface qui permettait aux passagers de contrôler le système audio de la voiture depuis leur téléphone. Finalement, Spotify a choisi de rester associé à Uber malgré les controverses, tout en reconnaissant que la décision n’avait rien d’évident. Gustav Söderström, responsable produit, l’a résumé ainsi : « Rester avec Uber n’est pas une décision facile. Mais couper l’accès à l’API ne me semble pas juste pour nos utilisateurs. Je préfère tenter de faire évoluer les comportements en participant et en montrant ce en quoi nous croyons. »
Spotify et les scandales Facebook

L’année 2018 a été terrible pour Facebook. Le géant des réseaux sociaux a enchaîné les humiliations, avec des scandales surgissant de toutes parts. Comme le rapporte Gizmodo, même les semaines précédant Noël n’ont offert aucun répit à l’entreprise. Deux semaines avant la fin de l’année, le New York Times a révélé que Facebook donnait accès aux données des utilisateurs à « certains partenaires commerciaux », parmi lesquels Netflix, Amazon, Microsoft, Sony… et Spotify.
Cette atteinte à la vie privée était particulièrement malvenue, car Facebook ne s’est pas contenté d’ouvrir les carnets d’adresses : il aurait même permis à Spotify et à Netflix, ainsi qu’à la Banque Royale du Canada, de lire certains messages privés sans consentement. Pour être juste, Spotify, Netflix et la banque ont tous assuré qu’ils ignoraient l’ampleur exacte de cet accès, ce qui signifie sans doute qu’en ce moment même, votre service de streaming ne lit pas ce message précis auquel vous pensez. Enfin, c’est ce qu’ils aimeraient sans doute vous faire croire.
La réforme d’un jour de la politique de confidentialité

La confidentialité des données est un défi délicat pour une plateforme dont le cœur de métier consiste à recommander de la musique à partir des habitudes d’écoute. Spotify a donc besoin de collecter un minimum d’informations sur ses utilisateurs. Mais le mot « minimum » reste vague, et, selon The Independent, la société a un jour semblé vouloir accéder à presque toutes les données de ses utilisateurs, y compris les photos et fichiers stockés sur leur téléphone.
Lors du lancement d’une nouvelle politique de confidentialité en 2015, les conditions incluaient cette formulation inquiétante : « Avec votre autorisation, nous pouvons collecter les informations stockées sur votre appareil mobile, telles que les contacts, les photos ou les fichiers multimédias. » Cette formulation audacieuse n’aura duré qu’une journée. Les utilisateurs n’ont pas seulement lu les petites lignes : ils ont jugé ces nouvelles exigences franchement « flippantes ».
La réaction a poussé le PDG Daniel Ek à publier un communiqué intitulé simplement « SORRY ». Il y promettait que l’application n’utiliserait aucune photo, ni la localisation ni le microphone, sans demande explicite préalable. Spotify est alors retourné à la table de travail pour revoir ses conditions.
Les difficultés de rémunération des artistes

De nombreux artistes ont critiqué la rémunération jugée injuste de Spotify, et les chiffres expliquent facilement pourquoi. On imagine souvent que les musiciens célèbres roulent sur l’or, mais une part minuscule de cet argent provient des droits versés par les plateformes de streaming. En janvier 2018, rappelle Mashable, la plateforme payait si peu qu’un auteur-compositeur aurait eu besoin d’environ quatre millions d’écoutes par mois pour gagner le salaire minimum en Californie.
Il a fallu une décision de justice en 2018 pour augmenter cette rémunération. Aujourd’hui, Spotify doit verser aux éditeurs environ 15 % des revenus générés par les chansons. Mais l’artiste, lui, en voit encore très peu la couleur. Digital Music News indiquait qu’en 2019, un musicien touchait environ 0,00473 dollar par écoute sur Spotify. Autrement dit, il faudrait 336 842 écoutes au total pour atteindre le salaire minimum mensuel américain, fixé à 1 472 dollars.
Spotify perd de l’argent à grande échelle

Vous êtes-vous déjà demandé comment le modèle économique de Spotify pouvait être rentable ? Après tout, la plateforme met à disposition des millions de morceaux pour quelques euros par mois seulement. En réalité, Spotify n’a pas vraiment trouvé la réponse non plus.
Selon Digital Music News, l’entreprise a perdu des sommes colossales tout au long de son existence. Reuters note que Spotify n’a enregistré son tout premier bénéfice qu’au dernier trimestre de 2018, avant d’annoncer aussitôt que 2019 serait probablement encore une année de pertes. Et les chiffres leur ont donné raison : DJ Mag rapporte une perte de 159 millions de dollars rien que pour le premier trimestre 2019.
L’entreprise de streaming a toujours affiché sa volonté de privilégier la croissance plutôt que les profits. Mais, comme le souligne USA Today, cette stratégie pourrait se révéler risquée à long terme. Rien qu’en 2017, Spotify a perdu 1,5 milliard de dollars, et l’augmentation constante des compensations exigées pour la musique n’augure rien de bon ni pour la société, ni pour l’avenir du streaming musical en général. Après tout, Spotify est le leader du marché et peine encore à générer de gros bénéfices. L’analyste Gene Munster, de Loup Ventures, estime même que le modèle économique pourrait être défaillant, les abonnements musicaux n’étant tout simplement pas rentables. « Il est difficile de voir comment ils vont gagner de l’argent », affirme-t-il.
Spotify verse des sommes importantes aux grands labels

Comme le rapporte TechCrunch, Spotify fonctionne à perte. Dans le même temps, Digital Music News rappelle que les artistes ne s’enrichissent pas vraiment non plus grâce aux revenus du streaming. Alors, qui récupère l’essentiel de l’argent ? Les maisons de disques.
Selon Music Business Worldwide, les grands labels gagnent chaque année davantage grâce au streaming. En 2018, les « Big Three » — Sony, Warner et Universal — ont encaissé un impressionnant 6,93 milliards de dollars de revenus liés au streaming, soit 1,5 milliard de plus que l’année précédente. D’après Rolling Stone, cela représente environ 19 millions de dollars par jour. Le streaming est donc devenu extrêmement lucratif pour ces trois géants, au point de représenter bien plus de la moitié de leur chiffre d’affaires cumulé en 2018, soit 13,14 milliards de dollars. La Recording Industry Association of America affirme même que le streaming génère aujourd’hui environ 75 % de l’ensemble des revenus de l’industrie musicale.
Des artistes de premier plan continuent de se rebeller contre Spotify

Les musiciens ont souvent considéré Spotify comme une plateforme controversée, et de nombreux grands noms ont protesté contre elle pour diverses raisons. Comme l’explique Time, Taylor Swift a retiré la quasi-totalité de sa musique de Spotify en 2014, estimant, selon NME, que « la musique ne devrait pas être gratuite ». Le PDG de Spotify a fini par la convaincre de revenir, mais elle n’est pas la seule star à avoir pris position.
D’après le Guardian, Coldplay et The Black Keys ont chacun tenu certains de leurs albums à l’écart de la plateforme. Consequence of Sound indique même que le groupe de prog-metal Tool a totalement évité Spotify jusqu’en 2019. Mais l’un des adversaires les plus notoires du service reste sans doute Radiohead. Comme le rappelle Quartz, le groupe — et surtout son chanteur Thom Yorke — s’est opposé à la plateforme pendant des années. Yorke a comparé Spotify à « le dernier pet désespéré d’un cadavre mourant » et a dénoncé publiquement ses pratiques commerciales. La musique de Radiohead a finalement commencé à arriver sur Spotify en 2016, mais des observateurs de l’industrie ont parlé d’une trêve plutôt que d’une reddition face à l’inéluctabilité du streaming. Selon certaines sources, Spotify et Radiohead négociaient depuis longtemps, et l’ouverture du groupe visait aussi à soutenir le plan de Spotify consistant à mieux rémunérer les artistes.
Le mode « Drake partout » de Spotify

En 2018, Drake était partout avec son album Scorpion — et, comme l’explique la BBC, cela s’est ressenti encore davantage chez certains utilisateurs de Spotify. D’après des abonnés Premium mécontents, la plateforme aurait choisi de promouvoir l’album en affichant le visage de Drake sur « des centaines de playlists », qu’elles contiennent sa musique ou non. L’image du rappeur canadien serait même apparue dans des contextes absurdes, comme la playlist « Best of British ».
Comme les abonnés Spotify Premium paient précisément pour éviter les publicités, l’opération a mal été vécue par une partie des utilisateurs, et les plaintes ont afflué. La société semble avoir traité les cas au coup par coup : certains clients ont reçu une réponse compréhensive du support, accompagnée d’un mois d’abonnement gratuit, tandis que d’autres sont restés sans compensation. Spotify a refusé de commenter explicitement l’incident auprès de la BBC, mais il est possible qu’elle n’ait pas jugé nécessaire de s’attarder sur quelques abonnés Premium mécontents. Après tout, Scorpion a été un immense succès en streaming, battant des records sur Spotify et Apple Music, avec plus de 302 millions d’écoutes en une seule journée.
