Les secrets méconnus des Monkees : l’envers du décor

par Sophie
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Les secrets méconnus des Monkees : l'envers du décor
États-Unis

Les Monkees n’ont existé en tant que groupe complet que pendant quelques années à la fin des années 1960, mais ce fut suffisant pour bâtir une histoire étrange, surprenante et riche en anecdotes insolites. En termes de popularité et de présence dans les classements musicaux, ils figurent parmi les formations les plus importantes de cette décennie, bien qu’ils n’aient pas été, au départ, un véritable groupe de rock.

Les Monkees posant avec leurs instruments
Les Monkees ont marqué l’histoire de la pop culture malgré leurs débuts télévisuels.

Pendant la majeure partie de leur existence, Micky Dolenz, Davy Jones, Peter Tork et Michael Nesmith se contentaient de prétendre être des musiciens. Recrutés individuellement par des producteurs pour leur charisme, ils devaient jouer la comédie sur des morceaux écrits et enregistrés par des professionnels de l’industrie. Ce projet était une tentative calculée de reproduire le succès des Beatles avec des talents américains, incluant une sitcom qui a remporté un Emmy Award.

Des artistes déjà accomplis avant le succès

Les quatre membres des Monkees sur fond rouge
Chaque membre possédait un bagage artistique solide avant de rejoindre le groupe.

Pour vendre l’idée d’un groupe authentique, les producteurs présentaient les quatre membres comme des inconnus. Pourtant, certains étaient déjà bien établis. Davy Jones avait brillé à Broadway dans le rôle de l’Artful Dodger dans la comédie musicale Oliver!, une performance qui lui avait valu une nomination aux Tony Awards. Micky Dolenz, quant à lui, était un ancien enfant star, tête d’affiche de la série Circus Boy dès l’âge de 10 ans.

Michael Nesmith était déjà actif sur la scène musicale de Los Angeles et avait écrit des chansons pour d’autres artistes, dont le succès Different Drum pour les Stone Poneys de Linda Ronstadt. Enfin, Peter Tork était une figure de la scène folk de Greenwich Village au début des années 1960. Paradoxalement, bien qu’ils aient été choisis pour leurs capacités musicales, leurs rôles dans le groupe ne correspondaient pas toujours à leurs instruments de prédilection : Davy Jones était un batteur correct tandis que le bassiste Peter Tork était un excellent guitariste.

Les coulisses d’une production innovante

Davy Jones sur le plateau de la série télévisée
Les séquences improvisées ont permis de révéler la véritable personnalité des membres.

La série télévisée se distinguait par son mélange de fiction et de réalité. À la fin de la première saison, un épisode s’est avéré trop court d’une minute après le montage final. Le producteur Bob Rafelson a alors décidé de filmer des interviews improvisées où les membres répondaient sincèrement à des questions sur leur avenir. Ces segments, initialement créés pour combler un vide, sont devenus récurrents, montrant les musiciens discutant de sujets sérieux comme les mouvements de contre-culture ou la musique soul.

L’humour de la série puisait ses racines dans les classiques du slapstick. Les producteurs ont imposé aux membres une formation accélérée en visionnant les films des Marx Brothers et des Three Stooges. La série étant produite par Screen Gems, une division de Columbia Pictures, elle utilisait fréquemment des costumes et des accessoires provenant des anciens films des Three Stooges stockés dans les studios.

L’histoire derrière le célèbre bonnet en laine

Michael Nesmith ajustant son célèbre bonnet en laine
Le bonnet de Michael Nesmith est devenu un symbole indissociable de son image.

Michael Nesmith restera à jamais associé à son bonnet de laine vert. Cet accessoire emblématique est né d’un pur hasard : il le portait lors de son audition pour protéger sa coiffure après un trajet à moto. Les producteurs y ont vu un crochet visuel immédiat. Ils ont même envisagé de nommer son personnage Wool Hat (Bonnet de Laine), une idée que Nesmith a rejetée en menaçant de quitter le projet. Par la suite, des répliques de ce bonnet, acheté initialement environ 1,40 €, ont été vendues par milliers pour environ 1,85 € l’unité.

L’expérience de la Boîte Noire

Au début, les membres n’avaient aucun contrôle créatif et étaient traités de manière rudimentaire sur le plateau. Au lieu de loges luxueuses, ils étaient confinés dans une zone appelée The Black Box (La Boîte Noire), un sous-sol peint en noir situé sous les plateaux de tournage. Chaque membre disposait de son propre coin et d’un signal lumineux pour l’appeler sur scène.

Cet enfermement a profondément marqué les artistes. En 1968, dans leur film expérimental Head, co-écrit par Jack Nicholson, les Monkees apparaissent dans une boîte noire. Selon Micky Dolenz, c’était une métaphore directe de leur situation au sein du groupe, où chaque mouvement était surveillé et dicté par leurs agents.

Un mythe de vente et l’influence sur The Archies

Les Monkees réunis devant un rideau rouge
En 1967, le groupe a dominé les charts américains de manière inédite.

Une légende tenace affirme qu’en 1967, les Monkees ont vendu plus de disques que les Beatles et les Rolling Stones réunis. Cette statistique a été inventée de toutes pièces par Michael Nesmith lors d’une interview pour tester la crédibilité des médias. Si ce chiffre était faux, la réalité n’en était pas moins impressionnante : le groupe a classé quatre albums à la première place en 1967, un record jamais égalé dans l’histoire de la pop américaine.

Leur désir d’indépendance a toutefois fini par agacer le producteur Don Kirshner. Lorsque Nesmith et Tork ont refusé d’enregistrer le morceau Sugar, Sugar, le jugeant médiocre, Kirshner a eu l’idée de créer un groupe animé : The Archies. Puisque les personnages de dessins animés ne pouvaient pas contester ses choix, il a pu produire le titre à sa guise en 1969, en faisant le succès de l’année.

Des années post-Monkees difficiles

Peter Tork sur une plage en chemise orange
Après son départ, Peter Tork a traversé une période financièrement compliquée.

En décembre 1968, Peter Tork quitte le groupe, épuisé par la pression et le manque de renouveau musical. Ce départ lui coûte cher : il doit racheter son contrat pour environ 150 000 €, ce qui le laisse pratiquement ruiné. Après l’échec de ses nouveaux projets musicaux, il finit par devenir enseignant à Los Angeles au milieu des années 1970.

D’autres opportunités auraient pu changer la donne pour les membres. Micky Dolenz et Michael Nesmith ont tous deux auditionné pour le rôle emblématique de Fonzie dans la série Happy Days. Dolenz a admis plus tard que Henry Winkler était bien meilleur que lui pour incarner le personnage.

L’héritage : l’invention de MTV

Les Monkees regardant fixement la caméra au soleil
Le concept de clip vidéo moderne doit beaucoup aux expérimentations visuelles des Monkees.

Les Monkees ont été des pionniers du format clip vidéo avec leurs séquences improvisées et rythmées. Michael Nesmith a poussé ce concept plus loin après avoir quitté le groupe. Grâce à l’héritage de 23 millions d’euros laissé par sa mère, inventrice du Liquid Paper, il a fondé une société de production de vidéos musicales. Il a ensuite approché Warner Bros avec l’idée d’une chaîne diffusant des clips 24h/24, ce qui a mené à la création de MTV en 1981.

Une tentative de retour dans les années 1980 a brièvement ravivé la flamme, mais elle s’est soldée par un échec après un conflit avec MTV. Le groupe ne s’étant pas présenté à une émission spéciale lors du Super Bowl en 1987, la chaîne a boycotté leurs nouveaux morceaux, mettant fin prématurément à ce renouveau médiatique.

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