Au milieu des années 1970, Paul Simon s’était imposé comme un artiste solo à part entière, dépassant le cadre du succès qu’il avait connu avec le duo folk Simon & Garfunkel. S’il a par la suite exploré les musiques du monde avec succès grâce à son album Graceland en 1986, et de façon plus mitigée avec Rhythm of the Saints en 1990, il était à l’époque fermement ancré dans le registre d’auteur-compositeur-interprète. C’est dans ce genre qu’il a connu son plus grand succès commercial en solo, décrochant son premier — et unique — numéro un avec 50 Ways to Leave Your Lover, une ode ironique aux ruptures amoureuses sortie en 1975.
Restée trois semaines au sommet du classement Billboard Hot 100 en février 1976, la chanson a figuré au palmarès pendant 17 semaines. Le plus paradoxal reste cependant la date à laquelle elle trônait à son apogée : le 14 février. Comment ce titre anti-amour par excellence a-t-il pu dominer les classements le jour de la Saint-Valentin, une fête historiquement consacrée à la célébration de l’amour ?
Une chanson de rupture aux allures de mode d’emploi
Tiré de l’album Still Crazy After All These Years paru en 1975, ce titre détaille différentes manières de mettre un terme à une relation sentimentale. Dans les paroles, une femme anonyme offre au narrateur des conseils pour s’extirper d’une liaison encombrante, insistant sur le fait qu’il doit bien y avoir cinquante façons de quitter sa moitié. Plusieurs d’entre elles sont énumérées dans le refrain emblématique, où Paul Simon suggère de s’éclipser par la porte de derrière, de prendre le bus ou simplement de rendre les clés pour retrouver sa liberté.
Avec ces quelques suggestions, l’artiste propose un éventail de méthodes radicales pour clore une histoire, même si s’enfuir discrètement peut paraître lâche aux yeux de certains. Par ailleurs, malgré le titre évocateur de la chanson, Paul Simon ne révèle jamais les 45 autres façons de quitter son partenaire.
L’ironie veut que le titre ait atteint la première place le 7 février 1976 et s’y soit maintenu jusqu’à la Saint-Valentin. Une explication possible réside dans l’interprétation de l’œuvre : elle oscille entre la parfaite chanson de rupture et une forme de chanson d’amour mélancolique, pleurant de manière anticipée la perte d’une romance devenue étouffante.
Le mystère intact de la muse de Paul Simon

Le texte décrit manifestement une relation si détériorée qu’il devient vital de s’en échapper. Cette noirceur a poussé de nombreux auditeurs à se demander qui était véritablement visé par ces paroles. La chronologie coïncide avec son mariage avec Peggy Harper, épousée en 1969 et dont il a divorcé en 1975. Pourtant, le chanteur a toujours affirmé que la chanson ne lui était pas destinée, sans pour autant dévoiler l’identité de sa véritable source d’inspiration.
Il a néanmoins confirmé que les premiers mots du morceau lui sont venus un jour de nulle part. Lors d’un entretien avec l’auteur Timothy White, il a expliqué que la phrase d’ouverture a simplement surgi dans son esprit, et qu’il a commencé à construire le reste de l’histoire à partir de là. Le refrain entraînant possède quant à lui une genèse totalement différente.
Lors d’un passage dans l’émission de Howard Stern, Paul Simon a raconté qu’il cherchait à enseigner le principe des rimes à son fils Harper, alors tout jeune. C’est de ce jeu éducatif qu’est né le fameux refrain. Bien qu’il s’agisse de l’unique composition de sa carrière solo à atteindre le sommet des classements, l’artiste s’est montré plutôt désinvolte à son sujet, allant jusqu’à la qualifier de « chanson absurde ».
