Pyramide de Mykérinos : deux cavités secrètes détectées après 4 500 ans

par Olivier
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Pyramide de Mykérinos : deux cavités secrètes détectées après 4 500 ans

Sous les pierres de Gizeh, le silence a parfois plus de choses à raconter que les récits les plus établis. La pyramide de Mykérinos, longtemps considérée comme la moins énigmatique des trois grandes pyramides du plateau, vient de livrer un secret que ni les explorateurs du XIXᵉ siècle ni les archéologues du XXᵉ n’avaient su déceler : deux cavités remplies d’air, tapies derrière sa façade orientale, qui relancent avec force l’hypothèse d’une entrée cachée.

Cette découverte, publiée dans la revue NDT & E International et menée par les universités du Caire et technique de Munich (TUM), est la dernière en date du projet ScanPyramids. Depuis 2015, cette initiative internationale fait appel aux technologies les plus avancées pour sonder l’intérieur des monuments égyptiens sans jamais les abîmer. Une archéologie de la lumière et des ondes, qui voit ce que l’œil humain ne peut pas voir.

Du granit trop bien poli pour être anodin

Érigée vers 2490 avant notre ère pour le pharaon Mykérinos, sous la IVᵉ dynastie, la plus modeste des pyramides de Gizeh culmine à environ 63 mètres. Elle a longtemps vécu dans l’ombre écrasante de ses voisines, Khéops et Khéphren. Pourtant, un détail troublait les spécialistes : sur sa face orientale, une section de granit rouge, haute de quatre mètres et large de six, présente un polissage d’une qualité exceptionnelle — le même que celui qui encadre l’entrée principale, située au nord. Une finition trop soignée pour être purement décorative.

En 2019, l’égyptologue néerlandais Stijn van den Hoven avait émis une hypothèse audacieuse : ce granit poli pourrait dissimuler une seconde entrée. Une intuition restée lettre morte, faute de moyens pour la vérifier — jusqu’à aujourd’hui.

Trois technologies pour percer la pierre

Pour explorer cette façade sans y toucher, l’équipe a mobilisé trois techniques complémentaires. La tomographie par résistivité électrique (ERT) mesure la façon dont le courant traverse la matière : l’air oppose une résistance bien différente du granit ou du calcaire. Le radar à pénétration de sol (GPR) envoie des ondes électromagnétiques qui rebondissent aux frontières entre matériaux. Les ultrasons (UST), enfin, analysent la propagation d’ondes sonores à haute fréquence, qui se réfléchissent nettement aux interfaces pierre-air.

Les données des trois méthodes ont été fusionnées par un procédé d’Image Fusion, une superposition numérique qui permet d’obtenir une image composite d’une précision inégalée. Le verdict est tombé : deux anomalies, baptisées A1 et A2, se cachent juste derrière les blocs de granit.

Ce qu’il faut retenir : deux cavités remplies d’air ont été détectées derrière la façade est de la pyramide de Mykérinos. L’anomalie A1 mesure environ 1,5 m × 1 m, à 1,35 m de profondeur. L’anomalie A2, plus modeste (0,9 m × 0,7 m), se trouve à 1,13 m. Les simulations numériques écartent l’hypothèse de fissures naturelles.

« L’hypothèse d’une autre entrée est très plausible »

Le professeur Christian Grosse, spécialiste des tests non destructifs à la TUM, ne cache pas son enthousiasme prudent : « Après la validation significative d’un corridor caché dans la pyramide de Khéops en 2023, ScanPyramids a de nouveau réussi à faire une découverte importante à Gizeh. La méthodologie que nous avons développée permet de tirer des conclusions très précises sur la nature de l’intérieur de la pyramide sans l’endommager. L’hypothèse d’une autre entrée est très plausible, et nos résultats nous en rapprochent considérablement. »

La découverte s’inscrit dans une série de succès pour ScanPyramids. En 2017, la muographie — une technique utilisant les muons, des particules cosmiques qui traversent la matière — avait révélé un vaste vide dans la Grande Pyramide de Khéops. En 2023, la combinaison de plusieurs méthodes non invasives avait permis de confirmer un corridor caché de neuf mètres dans le même monument. Mykérinos prend aujourd’hui le relais de cette quête méthodique.

La prudence reste de mise

Les chercheurs restent toutefois mesurés. Les techniques employées ont une profondeur de pénétration limitée : impossible, pour l’instant, de déterminer jusqu’où s’étendent ces cavités ni si elles débouchent sur des passages ou des chambres plus vastes. Une cavité n’est pas une entrée, et une anomalie de densité ne suffit pas à prouver une intention architecturale — même si les simulations penchent en faveur d’espaces délibérément aménagés.

La suite des investigations pourrait inclure la muographie, la thermographie infrarouge ou la microgravimétrie, des méthodes qui offriraient une vision plus profonde sans jamais porter atteinte au monument. Toute exploration physique, même minime, nécessiterait l’aval du Conseil suprême des antiquités égyptiennes. Une précaution qui n’a rien de bureaucratique : la pyramide de Mykérinos fait un usage extensif du granit d’Assouan, un matériau noble et fragile, et chaque intervention comporte un risque irréversible.

Deux siècles d’aveuglement

Il y a quelque chose de vertigineux dans cette découverte. La pyramide de Mykérinos est explorée depuis 1837, lorsque le colonel britannique Howard Vyse en força l’entrée — non sans recourir à la poudre à canon. Vyse y découvrit un sarcophage en bois portant le nom du pharaon, qu’il expédia vers l’Angleterre. Le navire sombra dans le golfe de Gascogne en 1838, et le sarcophage dort depuis au fond de l’océan. Entre 1906 et 1910, l’archéologue George Reisner mena la seule fouille systématique du complexe. Puis, plus rien — ou presque.

Pendant près de deux siècles, des générations d’archéologues ont arpenté Gizeh avec des cordes, des bougies, des torches électriques, des appareils photo. Aucun n’a détecté ces cavités, parce qu’aucun outil ne permettait de voir à travers des tonnes de granit compact. Il aura fallu attendre que des ondes, des algorithmes et des muons cosmiques se mettent au service de l’archéologie pour que la plus discrète des pyramides de Gizeh commence, enfin, à parler.

Sources

  • Technical University of Munich / ScienceDaily — « Hidden voids found in Menkaure pyramid hint at secret entrance » (avril 2026)
  • Science & Vie — « Après 4 000 ans de mystère, des chercheurs ont détecté deux entrées secrètes dans une pyramide de Gizeh » (mars 2026)
  • SciencePost — « On fouille Gizeh depuis deux siècles, et une chambre entière dormait sous Mykérinos » (mai 2026)
  • Helal K. et al., NDT & E International, 2025 — DOI: 10.1016/j.ndteint.2025.103331
  • Arkeonews — « Hidden Air-Filled Chambers Detected in Menkaure Pyramid May Indicate Lost Entrance » (2025-2026)
  • Earth.com — « Scans of Egypt’s Menkaure Pyramid found two hidden voids » (mai 2026)

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