Une épave romaine révèle ce qui gardait ses planches étanches il y a 2 200 ans

Une épave romaine révèle ce qui gardait ses planches étanches il y a 2 200 ans

Une coque de bois ne survit pas à la mer par miracle. Sur l’épave romaine Ilovik–Paržine 1, au large de la Croatie, une pellicule aujourd’hui cassante conserve la trace d’un entretien patient : de la poix de conifère, et dans un prélèvement, un mélange de poix et de cire d’abeille. Deux mille deux cents ans plus tard, cette matière discrète raconte moins une invention spectaculaire qu’un savoir-faire concret, indispensable à la navigation.

La couche oubliée d’un navire romain

L’Ilovik–Paržine 1 est un navire de la période républicaine romaine, daté autour du milieu du IIe siècle avant notre ère. Retrouvé dans la baie de Paržine, sur l’île croate d’Ilovik, il transportait notamment du bois et du vin. Sa charpente n’est pas le seul objet d’étude : l’enduit qui protégeait les planches mérite lui aussi d’être lu comme une pièce technique du navire.

Cette protection devait limiter les effets de l’eau, du sel et des organismes marins. L’enjeu est très matériel : une coque qui laisse entrer l’eau n’est plus un moyen de transport, mais un risque permanent pour sa cargaison et son équipage.

Cette lecture technique complète les découvertes de cargaisons et d’amphores, comme une autre épave romaine étudiée près de la Sicile : le commerce ancien dépendait aussi de l’entretien invisible des bateaux.

Ce que la chimie retrouve dans l’enduit

L’étude publiée dans Frontiers in Materials a combiné analyses moléculaires et étude des pollens pris dans les revêtements. Les composés identifiés dans les prélèvements renvoient à un produit obtenu par traitement thermique de résine ou de bois de conifères : la poix. Ce matériau hydrophobe est précisément adapté à l’étanchéité d’une coque.

Un échantillon, nommé PA101, ne suit pas ce profil seul : il associe poix et cire d’abeille. Ce résultat donne un aperçu rare de la variété des préparations possibles. Il ne prouve pas qu’une formule unique était appliquée à tout le navire ; il montre au contraire que les matériaux pouvaient varier selon la zone traitée ou l’intervention réalisée.

Du pollen, mais pas une carte au trésor

Les grains de pollen coincés dans la matière apportent une autre échelle de lecture. Leur répartition peut renseigner sur les milieux végétaux associés à la production de la poix ou aux moments où elle a été appliquée — chantier, réparation, escale ou navigation. C’est une piste, pas une géolocalisation définitive : le pollen circule et les contextes se superposent.

C’est là que le dossier devient particulièrement intéressant. Les chercheurs ne prétendent pas reconstituer tout l’itinéraire du bateau à partir d’un enduit. Ils montrent plutôt comment un matériau longtemps secondaire dans l’archéologie navale peut conserver des indices sur les pratiques de construction et de maintenance.

Pourquoi cette épave compte au-delà de son propre naufrage

Les épaves livrent volontiers des amphores, des ancres ou des planches ; les gestes qui ont permis à ces objets de flotter restent souvent invisibles. Ici, la poix et la cire replacent l’entretien au centre de l’histoire maritime. On ne découvre pas un « secret perdu » des Romains, mais une preuve matérielle de solutions organiques adaptées aux contraintes de la mer.

La conclusion est plus solide que le sensationnel : le navire d’Ilovik–Paržine 1 permet d’observer, à l’échelle de quelques prélèvements, la manière dont des artisans choisissaient et combinaient des matières pour prolonger la vie d’une coque. C’est un fragment modeste, mais exceptionnellement parlant, de l’économie technique de la Méditerranée antique.

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