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Un mythe national réexaminé

Pour beaucoup, la bataille de l’Alamo occupe une place centrale parmi les moments les plus emblématiques de l’histoire américaine. L’image du siège sanglant subi par des révolutionnaires texans face au général mexicain Santa Anna est devenue indissociable de la légende de l’ascension des États-Unis.
La version populaire de l’histoire, souvent résumée de façon emphatique, ressemble à ceci :
- Le Texas en a assez d’appartenir au Mexique et veut s’en séparer ;
- Le Mexique tente d’empêcher cette sécession, culminant avec le massacre à l’Alamo ;
- Le Texas finit par vaincre l’armée mexicaine, puis rejoint les États-Unis.
Ce récit rapide, conçu pour soulever les passions, laisse toutefois de côté des réalités plus sombres et dérangeantes liées à la Révolution du Texas de 1835–1836. Des tensions apparemment triviales, comme des querelles sur les pâturages, jusqu’à des enjeux profondément institutionnels, l’histoire réelle révèle des motivations et des conflits bien plus complexes que le mythe commémoratif.
Dans la section suivante, on commencera à démonter ces idées reçues pour mieux comprendre pourquoi la mémoire de la Révolution du Texas mérite d’être réévaluée.
Les révolutionnaires texans avaient été invités par le Mexique

Román Sagredo / Wikimedia Commons
Pour mieux comprendre un aspect clé de la Révolution du Texas, considérez cette image saisissante d’une nation exsangue après la guerre : que peuvent bien avoir en commun des vampires et des révolutionnaires texans ? Réponse courte : quoi qu’il arrive, on ne devrait jamais, jamais les inviter chez soi.
Au début des années 1820, le Mexique venait tout juste de sortir d’une révolution violente contre la domination espagnole. Les combats avaient fortement réduit la population, surtout sur la frontière nord, laissant de vastes territoires peu peuplés — officiellement mexicains, mais fragiles et exposés à l’appétit des puissances voisines (bonjour, États-Unis).
Face à cette situation, le gouvernement mexicain a cherché à repeupler rapidement ces régions par des sujets loyaux. Or, il n’y avait ni Mexicains suffisants prêts à s’installer, ni beaucoup de volontaires locaux pour aller vivre sur ces terres reculées. La solution adoptée fut donc de faire appel à des étrangers.
Selon une chronologie historique consultable en archives (https://web.archive.org/web/20160810130329/https://www.thealamo.org/remember/history/chronology/index.html), à partir de 1820, des colons américains et européens furent encouragés à s’établir dans le nord du Mexique avec des promesses alléchantes :
- des terres gratuites,
- sept années d’exonération fiscale,
- et — fait notable — le droit légal de conserver l’esclavage.
Avec de telles incitations, qui refuserait ? Et pourtant, en 1823, environ 500 colons blancs avaient déjà pris possession de ce que l’on appelait alors Coahuila y Tejas — la même population qui, peu de temps après, se soulèverait contre le Mexique. Autant d’invitations devenues paradoxalement les prémices d’un conflit majeur.
Les colons ont remplacé les Mexicains

Pour saisir un élément central de la Révolution du Texas, il faut comprendre la transformation démographique du nord du Mexique après 1823. Plutôt qu’une population homogène, la région de Coahuila y Tejas a rapidement été envahie par des fermiers venus d’ailleurs, coiffés de larges chapeaux — un remplacement progressif des habitants d’origine par des colons anglo-américains.
Les chiffres sont frappants : vers 1830, les colons blancs dépassaient les Mexicains à raison d’environ cinq pour un. Cette évolution tient à plusieurs facteurs conjugués, qui ont affaibli l’autorité centrale et favorisé l’installation massive d’étrangers.
- Politiques d’immigration permissives : des mesures d’accueil ont attiré de nombreux nouveaux venus, sans contrôles stricts.
- Mauvaise surveillance des frontières : le filtrage des arrivées était insuffisant et souvent géré localement.
- Responsables locaux complices ou négligents : plusieurs agents chargés du peuplement étaient eux-mêmes des colons, comme Stephen F. Austin, et n’ont pas toujours vérifié la loyauté des recrues.
Le résultat fut une colonie où nombre d’arrivants se présentaient ouvertement comme favorables à la sécession. Certains nouveaux habitants étaient même des individus recherchés, et leur présence renforçait une culture politique hostile au gouvernement mexicain.
Quand le pouvoir central réalisa l’étendue du problème, il mit fin au programme de colonisation. Mais l’effet était déjà là : des dizaines de milliers d’installés hostiles occupaient la frontière nord. Il suffisait d’une étincelle pour que cette situation latente se transforme en conflagration, préparant ainsi le terrain pour les événements qui allaient conduire à la Révolution du Texas.
Tout le monde se servait des autres comme couverture politique

Carlos Paris – Thelmadatter / Wikimedia Commons
Pour comprendre la complexité de la Révolution du Texas, il faut d’abord saisir comment les acteurs en présence cherchèrent à masquer leurs véritables intentions derrière des motifs politiques plausibles.
En 1830, le Mexique interdit à la fois l’immigration supplémentaire et l’esclavage au Texas, provoquant un fort mécontentement chez les colons. Incapables de se soulever ouvertement contre un gouvernement encore uni, ces colons attendirent une occasion qui leur servirait de prétexte.
Cette opportunité survint en janvier 1832, lorsque le général Antonio López de Santa Anna déclencha une révolte dans les casernes de Veracruz, au nom des droits des États. Ce mouvement fédéraliste, qui paraîtrait plus tard profondément ironique, offrait une couverture idéale aux Texans mécontents.
- 13 juin 1832 : des colons texans se réunissent secrètement à Turtle Bayou et décident d’agir pour leurs propres intérêts.
- Ils feignent publiquement de soutenir la révolte fédéraliste de Santa Anna afin de présenter leurs actions comme un engagement civique plutôt que comme une sécession.
- Santa Anna, quant à lui, accueille volontiers ce soutien supplémentaire et envoie des émissaires célébrer l’adhésion présumée du Texas à sa cause.
Le résultat immédiat fut que les révoltés texans passèrent du statut de colons ingrats et subversifs à celui de citoyens mexicains défendant des principes fédéralistes. Mais cette apparente alliance opportuniste se révéla dévastatrice à long terme : Santa Anna triompha, accéda à la présidence, et les conséquences politiques échappèrent rapidement au contrôle des différents protagonistes.
Cette dynamique d’alliances tactiques et de dissimulations explique en grande partie pourquoi la mémoire de la Révolution du Texas reste si complexe et controversée.
Les Sept Lois : autant de coups portés à l’autonomie

Pour comprendre l’escalade vers la Révolution du Texas, il faut revenir au moment où Antonio López de Santa Anna prit la présidence du Mexique. Au départ, de nombreux colons texans y virent l’espoir d’un laissez-faire : un dirigeant qui, en apparence, respecterait les droits des États et les laisserait gérer leurs affaires.
Mais Santa Anna changea de cap avec une rapidité déconcertante. À la fin de 1835, il abandonna le fédéralisme et promulgua les « Sept Lois », des mesures si nettement centralisatrices qu’elles paraissaient presque une provocation délibérée.
- Les droits des États furent immédiatement amoindris, au profit d’un pouvoir central renforcé.
- Les différents organes de l’État passèrent sous une influence militaire accrue, réduisant l’autonomie locale.
- La concentration du pouvoir fit craindre la mise en place d’un régime autoritaire, concrétisant les pires scénarios redoutés par les partisans d’une large autonomie.
Ces décisions provoquèrent des réactions vives : des États comme Zacatecas et Coahuila y Tejas se soulevèrent contre l’autorité centrale. Toutefois, si plusieurs insurrections éclatèrent, seule l’une d’entre elles allait véritablement transformer le cours des événements.
L’autre révolte qui a mal tourné

Alors que le peuple se leva contre les « Sept lois » de Santa Anna, le dictateur fut face à un choix simple : reculer ou écraser la révolte. Fidèle à son style autoritaire, il opta pour la répression brutale.
Si sa tentative d’écraser la Révolution du Texas ne porta pas ses fruits, la répression à Zacatecas fut en revanche d’une violence et d’une efficacité terrifiantes. La région en conserva les cicatrices pendant des décennies.
Les actions menées contre Zacatecas comprennent :
- la mise à sac de la capitale provinciale par les troupes;
- l’attaque et le pillage des mines d’argent, privant la région de ses principales ressources;
- la confiscation du métal précieux par les forces gouvernementales;
- la promulgation d’un décret détachant la riche province d’Aguascalientes de Zacatecas, afin d’affaiblir durablement sa reprise économique.
Ces mesures combinées ne visaient pas seulement à punir une révolte : elles cherchèrent à anéantir la capacité de la province à se redresser économiquement. En rompant les bases matérielles de la contestation, la répression de Zacatecas reste un exemple saisissant des méthodes employées par les autorités pour maintenir l’ordre.
En reliant cet épisode aux événements contemporains de la Révolution du Texas, on comprend mieux l’ampleur des tensions et les conséquences à long terme des choix politiques et militaires de l’époque.
La « Grass Fight » : une bévue ridicule durant la Révolution du Texas

J. Williams / Wikimedia Commons
Après les événements dramatiques à Zacatecas, les insurgés texans prirent leur soulèvement plus au sérieux. Sur le plan chronologique, tout commence souvent par la bataille de Gonzales le 2 octobre 1835, mais cet affrontement fut si timide qu’on en exagère la portée en l’appelant « bataille ». Les pertes mexicaines furent minimes, et la seule blessure texane notable n’était qu’un cavalier tombé et s’étant cassé le nez (source).
La véritable action débuta quand une milice texane mit le siège devant San Antonio. C’est pendant ce siège qu’eut lieu l’incident désormais surnommé la « Grass Fight » — une opération qui devait priver les troupes mexicaines de ravitaillement et qui se transforma en ridicule collectif.
- Les Texans aperçurent une colonne de secours mexicaine approchant la ville, accompagnée d’animaux de bât chargés de lourds sacs (source).
- Déterminés à empêcher tout renfort, Jim Bowie et environ 150 hommes sortirent pour attaquer la colonne.
- Selon les récits, l’attaque coûta la vie à trois Mexicains et permit aux Texans de saisir les bêtes de somme (source).
- Mais, une fois ouverts, les sacs ne contenaient ni vivres abondants ni trésors : seulement des piles d’herbe destinées à nourrir les animaux coincés dans San Antonio. Les assaillants venaient d’intercepter des villageois cherchant simplement à approvisionner leurs bêtes — une erreur à la fois grave et embarrassante.
Cette mésaventure illustre à la fois le manque d’expérience militaire des insurgés et les malentendus fréquents qui jalonnèrent la Révolution du Texas, montrant que les grandes batailles furent parfois entachées d’incidents presque comiques.
Le siège texan de San Antonio fut d’une brutalité inouïe

Poursuivant l’examen de la Révolution du Texas, il faut rappeler que le siège de San Antonio en 1835 dépasse largement la seule mémoire de l’Alamo. Bien que l’événement le plus connu reste la défense de l’Alamo, la prise de San Antonio par les forces texanes a été précédée d’un épisode tout aussi décisif et beaucoup plus sanglant.
Quand on entend «siège» et «Révolution du Texas», on pense d’abord à l’Alamo, mais ce siège n’était pas le seul. À la fin de 1835, les Texans encerclèrent la capitale départementale, San Antonio. Après un démarrage chaotique — rappelé notamment par la «Grass Fight» — la situation dégénéra rapidement et bascula vers une confrontation d’une grande violence.
L’attaque, lancée le 5 décembre, débuta par un bombardement qui surprit les troupes mexicaines retranchées. Ce bombardement se transforma ensuite en assaut général : combats au corps à corps, cadavres trouvés devant les maisons et rues maculées de sang. Selon un récit contemporain, l’offensive prit les Mexicains au dépourvu et devint très rapidement une mêlée sanglante (ThoughtCo).
Pour mesurer l’ampleur du massacre, il suffit de regarder l’évolution des forces en présence : le 4 décembre, les troupes mexicaines dépassaient largement les Texans en nombre ; cinq jours plus tard, la situation était inversée. La Texas State Historical Association évalue à plus de 150 le nombre de Mexicains tués lors de l’assaut, contre environ 30 à 35 Texans (TSHA).
- 4 décembre 1835 : supériorité numérique mexicaine.
- 5 décembre 1835 : début de l’attaque texane et bombardement.
- 9 décembre 1835 : renversement des rapports de force et lourdes pertes mexicaines.
Les survivants mexicains durent se replier dans l’Alamo, où les Texans reprirent le siège. Le général mexicain finit par capituler et obtint, après désarmement, la permission de quitter la ville. C’est ce passage «sans effusion de sang» qui reste souvent retenu aujourd’hui — au prix d’un oubli des violences extrêmes qui l’avaient immédiatement précédé.
Ce récit du siège de San Antonio éclaire d’une lumière moins romantique la Révolution du Texas, en révélant la brutalité des combats et la réalité des pertes humaines, souvent estompées par la mémoire populaire.
Les hommes de Santa Anna furent contraints de combattre

Pour comprendre la réalité de la Révolution du Texas, il faut dépasser le mythe romantique du petit groupe de frontaliers affrontant une armée professionnelle. Le siège de l’Alamo reste célèbre pour le courage de quelque 200 Texans qui résistèrent pendant treize jours à une force bien plus nombreuse. Mais l’image d’hommes aguerris et volontaires affrontant une armée disciplinée est incomplète.
En réalité, l’armée menée par Santa Anna était largement constituée d’hommes enrôlés de force. La conscription à cette époque signifiait souvent être sommés, parfois sous la menace des armes, de quitter son village et de rejoindre la colonne militaire. Beaucoup de ces soldats étaient des paysans indigènes rassemblés en route, insuffisamment équipés et affaiblis par des conditions climatiques extrêmes.
- Forces en présence : environ 200 défenseurs texans contre plus de 1 000 soldats mexicains.
- Composition : de nombreux soldats mexicains étaient des paysans indigènes enrôlés de force plutôt que des troupes professionnelles.
- Conditions : un hiver rigoureux, des hommes mal équipés, des cas de gelure et des décès sur la route.
Ces détails expliquent en partie les chiffres de pertes souvent cités pour l’Alamo : une proportion élevée de victimes mexicaines correspondait à des conscrits affaiblis, gelés et affamés, contraints de marcher vers un assaut quasi suicidaire sous peine de représailles. Cette réalité humaine nuance fortement la manière dont on a raconté la Révolution du Texas.
La bataille de l’Alamo : chaos, carnage et inutilité

En poursuivant l’analyse de la Révolution du Texas, la confrontation à l’Alamo se détache comme un épisode d’une sauvagerie presque cinématographique. Loin d’être un affrontement proprement organisé, les défenseurs texans ont parfois chargé leurs canons avec des morceaux de métal hétéroclites puis tiré sur les assaillants, provoquant des blessures atroces et mutilantes — des scènes dignes d’un film d’horreur. Pour une description détaillée de ces conditions et de leurs conséquences, voir Smithsonian.
L’issue de la bataille s’est souvent réglée au corps à corps, où les baïonnettes et la lutte rapprochée ont fait des ravages des deux côtés. Les historiens estiment les pertes comme suit :
- Texans tués : entre 189 et 249
- Mexicains tués : entre 145 et 395 (dont environ 250 qui succombèrent plus tard à leurs blessures)
Ces chiffres traduisent l’ampleur du bain de sang qu’a représenté la journée. Mais la bataille fut aussi tragiquement dépourvue de sens stratégique : malgré sa renommée, l’Alamo détenait peu de valeur militaire fondamentale. Texas Monthly rappelle que Sam Houston, conscient de sa faible utilité, avait même ordonné sa destruction après la chute de San Antonio.
Pourtant, Jimmy Bowie et d’autres décidèrent de l’occuper, et Santa Anna insista pour en reprendre le contrôle — peut-être plus par orgueil que par nécessité tactique. Le résultat fut tragique : des centaines de morts pour un enjeu qui, rétrospectivement, s’avéra largement symbolique.
Les massacres ne se sont pas arrêtés à l’Alamo

Texas State Archives And Library Commission / Wikimedia Commons
Poursuivant le fil des événements de la Révolution du Texas, la chute de l’Alamo ne se limita pas à une simple défaite militaire : elle se termina par une série de massacres. À l’intérieur des murs, les défenseurs texans furent empalés et éventrés à la baïonnette ; à l’extérieur, selon l’historien Alan Huffines, une cinquantaine d’hommes qui tentèrent de fuir furent poursuivis et percés de lances (voir Smithsonian).
Lorsque tout fut terminé, Santa Anna ordonna l’exécution de tous les hommes libres survivants, épargnant seulement les femmes et les personnes réduites en esclavage. Mais si ces actes furent d’une cruauté extrême, ils ne constituent pas le pire épisode de la révolution sous son commandement : ce chapitre plus sombre se joue à Goliad.
Goliad, combat majeur qui suivit immédiatement l’Alamo, est aujourd’hui moins célébré parce qu’il relève davantage d’une erreur monumentale que d’une charge héroïque. À la suite d’une série de décisions malheureuses et mal coordonnées, quelque 350 combattants texans furent faits prisonniers. Le chef mexicain sur place avait d’abord assuré qu’ils seraient traités comme prisonniers de guerre et avait même demandé la clémence de Santa Anna ; ce dernier répondit en exigeant l’exécution de l’intégralité des captifs (voir History).
Le 27 mars, les prisonniers furent alignés en quatre colonnes et conduits en différentes directions, convaincus qu’ils allaient être transférés vers des cellules. Dès qu’une colonne se trouva hors de la vue des autres, les gardes ouvrirent le feu et abattirent les détenus. Environ 350 hommes périrent ce jour-là, et c’est précisément l’horreur de ce massacre de Goliad qui galvanisa finalement les forces texanes en vue de la victoire décisive à San Jacinto.
- Date clé : 27 mars — exécution systématique des prisonniers à Goliad.
- Environ 350 victimes — après promesses initiales de traitement en tant que prisonniers de guerre.
- Conséquence historique : le massacre contribua à déclencher la victoire texane à San Jacinto.
L’esclavage rétabli après la Révolution du Texas

Poursuivant le fil des conséquences souvent ignorées de la Révolution du Texas, il faut affronter une réalité dérangeante : l’esclavage fut rapidement rétabli après l’indépendance. Dès la fin de la bataille de San Jacinto, le Texas se proclama État souverain, et l’une des premières lois adoptées consacra la remise en place et la protection institutionnelle de l’esclavage.
La constitution de la jeune république ne se contenta pas d’autoriser la poursuite de l’institution ; elle l’encadra de façon explicite. Voici, en substance, l’extrait déterminant du texte constitutionnel :
« Toutes les personnes de couleur qui étaient esclaves à vie avant leur émigration au Texas, et qui sont maintenant détenues en servitude, resteront dans le même état de servitude. »
Le document constitutionnel alla même plus loin en interdisant toute mesure d’affranchissement portée par les autorités ou par les propriétaires eux-mêmes. Concrètement :
- le Congrès ne devait pas avoir le pouvoir d’affranchir des esclaves;
- il fut rendu illégal pour les propriétaires d’émanciper leurs propres esclaves.
Ces choix juridiques prennent tout leur poids face au contexte régional : le Mexique avait interdit l’esclavage dès 1829 et comblé les échappatoires pour le Texas en 1830. Si Santa Anna avait remporté la guerre, les quelque 5 000 personnes réduites en esclavage au Texas auraient probablement recouvré la liberté. À la place, elles demeurèrent enchaînées jusqu’en 1865, soit encore trente années tragiques après la Révolution du Texas.
Le grand blanchiment de la Révolution du Texas

Poursuivant notre analyse de la Révolution du Texas, il est essentiel de déconstruire l’image mythifiée que la culture populaire a laissée. Contrairement aux films historiques, la bataille de l’Alamo n’opposa pas de manière simpliste des Texans blancs à des Mexicains « bruns ». La réalité était beaucoup plus complexe et multiculturelle.
La rébellion rassemblait des combattants de divers horizons, notamment :
- des Tejanos d’origine mexicaine,
- des Européens du Sud,
- des Amérindiens,
- des Noirs libres,
- et même des esclaves engagés aux côtés des insurgés.
Un fait crucial : notre connaissance des événements de l’Alamo doit beaucoup au témoignage d’un esclave épargné, dont le récit a permis de fixer ce qui s’était réellement passé. Cette diversité a conduit certains observateurs à qualifier la Révolution du Texas d’« expérience presque laboratoire de multiculturalisme ».
Pourtant, presque aussitôt après la fin des combats, les contributions des combattants non blancs ont été effacées des récits officiels. Peintures, manuels scolaires et, plus tard, films ont contribué à imposer le mythe d’une guerre raciale, instaurant un blanchiment historique à grande échelle.
Les conséquences de cette réécriture furent durables : la République du Texas fut progressivement dépeinte comme un espace réservé aux Blancs, tandis que le fait que plusieurs « héros » de la révolution possédaient des esclaves était soigneusement omis. Parallèlement, des personnes d’origine latino-américaine se souviennent d’avoir été stigmatisées en classe d’histoire, parfois même par leurs propres enseignants.
Cette altération du récit historique mérite d’être remise en question si l’on veut comprendre la véritable complexité sociale et ethnique de la Révolution du Texas.
