Contexte historique

Pour comprendre pourquoi l’idée de boire du sang pour soigner existait, il faut rappeler que la médecine n’a pas toujours été fondée sur des preuves rigoureuses. Pendant des siècles, les praticiens ont privilégié l’intuition et les remèdes empiriques plutôt que les essais contrôlés et l’observation systématique.
Ce mode de pensée a donné lieu à des traitements aujourd’hui surprenants — par exemple, au XVIIIe siècle on prescrivait parfois un mélange d’excréments de chien et de miel contre les maux de gorge, et des pratiques aussi étranges que conserver des flatulences dans un bocal ont été rapportées (voir archive : https://web.archive.org/web/20110312003455/http:/www.aolnews.com/2011/01/11/storing-farts-in-a-jar-drinking-urine-and-other-medical-odditie).

La croyance selon laquelle le sang possédait des vertus curatives a des racines anciennes. Dès le Ier siècle, certains Romains prenaient l’habitude de consommer le sang ou le foie de gladiateurs, convaincus que ces éléments pouvaient apaiser et renforcer l’esprit des personnes sujettes aux crises d’épilepsie.
Cette pratique, pour étrange qu’elle paraisse aujourd’hui, s’explique en partie par le désir désespéré d’aider des proches souffrant de convulsions quand peu d’alternatives efficaces existaient. Quand les combats de gladiateurs ont décliné vers 400 apr. J.-C., la consommation de sang n’a pas disparu : on s’est tourné vers le sang des condamnés exécutés.
- Origine ancienne : croyances romaines autour des vertus du sang et du foie.
- Adaptation : après la fin des combats de gladiateurs, le sang des condamnés a servi de substitut.
- Longévité : la pratique a perduré pendant des siècles, jusqu’au tournant du XXe siècle.
Ce recours au « remède » sanguin a finalement décliné au début des années 1900, lorsque des neurologues comme John Hughlings Jackson ont avancé l’idée que l’épilepsie relevait de troubles cérébraux plutôt que de facteurs relevant de la substance du sang (voir étude : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9480576/).
Pourtant, l’histoire montre que des croyances aux racines profondes ont parfois la peau dure : des pratiques comparables subsistent sporadiquement, comme l’ont rapporté certains médias en 2018 au sujet de tentatives de traitement de l’épilepsie par la consommation de sang de chauve-souris en Bolivie (https://www.nationalgeographic.com/animals/2018/12/killing-bats-for-their-blood/).
Cette chronologie illustre comment, à travers les époques, des explications culturelles et des pratiques médicales fondées sur la tradition ont pu perdurer malgré l’absence de fondement scientifique — un éclairage utile avant d’aborder les conséquences sociales et éthiques de ces croyances.
