À l’occasion des Journées européennes de l’archéologie, deux sites de l’Yonne ont rouvert, presque simultanément, deux chapitres du passage de la Gaule romaine dans cette portion de la Bourgogne du nord. À Saint-Moré, l’association archéologique de l’Avallonnais a remis en lumière l’agglomération antique de Coravicus, étape oubliée sur la grande voie menant de Lyon à la Gaule du Nord. À quelques dizaines de kilomètres, sur le site de Sainte-Nitasse, les équipes de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) creusent depuis le printemps les jardins, bassins et thermes d’une villa gallo-romaine ouverte au public les 14 et 15 juin. Deux échelles, une même mémoire.
Saint-Moré : sur les pas de Coravicus
Saint-Moré, commune de l’Yonne d’à peine 200 habitants, s’est replongée vendredi 12 juin dans son passé antique à l’invitation de Pierre Nouvel, professeur d’archéologie à l’Université de Bourgogne et président de l’Association archéologique de l’Avallonnais. L’intervention s’inscrivait dans le programme des Journées européennes de l’archéologie.
Pierre Nouvel a présenté Coravicus comme « le berceau gallo-romain à l’origine du bourg actuel ». L’agglomération s’est développée au passage de la Cure, profitant d’un gué sur la voie antique reliant Lyon à la Gaule du Nord. Il s’agissait d’un village-rue structuré autour d’un axe unique, avec commerces, artisans et une sorte d’auberge administrative destinée aux fonctionnaires romains de passage.
LiDAR : la carte invisible des sites icaunais
Pierre Nouvel est aussi spécialiste des prospections terrestres et aériennes. Il a rappelé devant le public saint-moréen que les technologies de télédétection, et notamment le LiDAR aéroporté, ont transformé la lecture du territoire : en vingt-cinq ans, le nombre de sites archéologiques connus dans l’Yonne a doublé, révélant fermes gauloises, cimetières et tracés de voies anciennes sous le couvert végétal actuel.
Cette inflation documentaire change la nature du métier : on ne cherche plus seulement le site isolé, on relit un réseau. Coravicus, par sa position de carrefour, prend alors une valeur de nœud dans une trame bien plus large que le seul gué de la Cure.
Sainte-Nitasse : la villa qui se découvre
Au même moment, dans une autre commune de l’Yonne en bordure de rivière, le chantier de Sainte-Nitasse accueillait le public les 14 et 15 juin. Les fouilles, conduites par l’Inrap depuis le printemps, livrent une villa gallo-romaine de grande ampleur : jardins, bassins d’agrément, pièces de réception, thermes privés. L’ouverture au public s’est faite dans le cadre des mêmes Journées européennes de l’archéologie.
L’enjeu scientifique est triple. Les fouilles doivent permettre de vérifier l’hypothèse d’une activité diversifiée — agriculture, viticulture, commerce fluvial — et de mieux comprendre le quotidien d’une élite gallo-romaine installée sur l’Yonne, à l’écart des grands axes urbains mais en lien direct avec les voies d’eau.
Une mémoire sous contrainte budgétaire
Le calendrier scientifique se heurte à un contexte administratif tendu. La même semaine où Sainte-Nitasse ouvrait ses tranchées au public, le secteur de l’archéologie préventive alerte sur les conséquences de la loi de simplification de la vie économique, en discussion, qui pourrait exempter certains projets de construction de l’obligation de fouilles préalables. Les professionnels redoutent une amputation durable de la capacité à documenter les sites avant destruction.
À Saint-Moré, la démonstration est inverse : sans fouille programmée, c’est la lecture du paysage par LiDAR qui porte l’essentiel de la connaissance. À Sainte-Nitasse, c’est la fouille en urgence, avant aménagement, qui seule permettra d’écrire l’histoire du site. Les deux logiques sont complémentaires — et toutes deux dépendent de moyens publics stables.
Pourquoi ces deux ouvertures simultanées comptent
Les Journées européennes de l’archéologie ne sont pas qu’un rendez-vous de médiation : elles constituent, pour des sites peu connus comme Coravicus ou Sainte-Nitasse, l’une des rares fenêtres où le public voit l’état réel de la recherche. La concomitance des deux ouvertures, dans un même département, donne une photographie utile : un département où l’on continue à découvrir, mais où la chaîne de la découverte — prospection, fouille, publication, conservation — reste exposée aux arbitrages budgétaires.
Pour qui s’intéresse aux passés enfouis de la France, le signal est clair : dans l’Yonne, le dossier gallo-romain n’est pas refermé. Il s’écrit en ce moment même, au bord de la Cure et sur les berges de l’Yonne.
Pour un autre exemple récent de fouille Inrap, on peut relire la fouille Inrap de Narbonne à Narbo Martius, menée sur l’emprise de l’ancienne gendarmerie à Narbonne. Dans l’Aude comme dans l’Yonne, c’est la fouille préventive qui fait sortir le quotidien gallo-romain de terre — avant que le bâti ne le referme.






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