La Vérité Inconnue de Schlitzie le Pinhead

par Olivier
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La Vérité Inconnue de Schlitzie le Pinhead
États-Unis

La vérité inconnue de Schlitzie le Pinhead

Dans l’histoire insolite des spectacles de cirque et des sideshows, peu de figures ont laissé une empreinte aussi durable que Schlitzie le Pinhead. Son apparence singulière attirait des foules immenses vers ces attractions populaires, mais souvent moralement discutables, où il devint une véritable curiosité du monde du cirque. Sa présence marquante dans Freaks, le film réalisé par Tod Browning, le cinéaste de Dracula, l’a rendu immédiatement reconnaissable. Même sans connaître son nom, beaucoup ont déjà croisé des personnages de culture populaire inspirés de lui, comme Pepper dans American Horror Story.

Mais derrière l’image du phénomène de foire se cachait une existence bien plus difficile. Comme beaucoup d’artistes de sideshow à son époque, Schlitzie a dû vivre dans un monde qui offrait très peu de protection aux personnes atteintes de handicaps physiques ou mentaux. Malgré cela, il a continué à se produire, laissant une trace profonde dans l’histoire du cirque et dans la culture populaire.

Schlitzie dans Freaks (1932)

Les faits certains sur la naissance de Schlitzie sont étonnamment rares. Son certificat de décès, tel qu’il est relayé par Find a Death, indique une naissance le 10 septembre 1901 dans le Bronx, mais cette information n’a jamais été confirmée de manière définitive. On lui attribue aussi souvent le nom de naissance Simon Metz, sans certitude, d’autant que l’un de ses tuteurs se nommait Ted Metz. Quant au nom « Schlitzie Surtees » figurant sur son certificat de décès, il s’agissait d’un nom adopté, utilisé justement parce que son vrai nom de naissance demeurait inconnu.

D’autres récits, comme ceux évoqués dans Secrets of the Sideshows de Joe Nickell, situent sa naissance à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. D’autres encore affirment qu’il serait né quelque part au Yucatán, ce qui relève peut-être davantage de la légende de foire, Schlitzie ayant été présenté un temps comme le « dernier des Aztèques », sans doute pour des raisons tristement racistes. Pour sa date de naissance, 1901 reste l’année la plus souvent citée, même si certains avancent 1890. Son très petit gabarit, associé à des capacités cognitives estimées au niveau d’un enfant de quatre ans, a probablement entretenu cette incertitude sur son âge réel.

Schlitzie dans Freaks (1932)

Son enfance est tout aussi obscure. Plusieurs sources suggèrent que ses parents l’auraient gardé dans un grenier ou une cave, mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Ils auraient aussi éprouvé de la honte à son sujet, ce qui reste invérifiable, même si le contexte de l’époque rend cette hypothèse plausible. Au début du XXe siècle, la société offrait peu de place à la différence, et encore moins à la vulnérabilité.

Une chose semble toutefois très probable : ses parents l’auraient vendu au cirque, comme le rapportent notamment certaines sources consacrées à l’histoire du sideshow. Bien avant que les droits des personnes handicapées soient reconnus, le fait de « céder » un enfant différent à une troupe de cirque ne choquait guère les milieux concernés. Les premières mentions de Schlitzie apparaissent justement à l’époque où il travaillait sous la direction de George Kortes, propriétaire de cirque, ce qui laisse penser qu’il a été placé très tôt dans cet univers. Même si cette version est difficile à prouver, elle correspond à d’autres trajectoires tragiquement similaires dans l’histoire du cirque.

Ce tableau est dur, mais il convient de rappeler qu’aucune certitude absolue n’existe sur cette partie de sa vie. Il est possible que plusieurs éléments nous échappent encore. En revanche, certains témoignages indiquent que Schlitzie aimait la vie de cirque et qu’il était entouré de gardiens et d’infirmières attentifs à son bien-être.

Cirque

Son état de santé n’a jamais été totalement élucidé. Son trait le plus célèbre était sa petite tête, conséquence d’un trouble appelé microcéphalie. Dans ce cas, le crâne est nettement plus petit que la normale, souvent conique vers le sommet. On disait même que ses cheveux étaient coupés de manière à accentuer la forme de son crâne, afin de rendre son apparence encore plus frappante dans les spectacles insolites.

Mais la microcéphalie peut être liée à des causes très différentes, selon les explications médicales. Elle peut être d’origine génétique, résulter d’un syndrome d’alcoolisation fœtale ou d’autres facteurs. Certaines sources affirment que Schlitzie était microcéphale dès la naissance, tandis que d’autres soutiennent qu’il a développé cette condition plus tard, lorsque son corps a grandi sans que sa tête ne suive le même rythme. Sans examen médical approfondi ni dossier familial fiable, il est impossible de trancher avec certitude.

Microcéphalie

Sur les affiches, Schlitzie était souvent présenté comme une femme. Pourtant, ses rares documents médicaux le désignent comme un homme. Plusieurs biographies expliquent cette présentation féminine par le fait qu’il portait des couches et des robes, ce qui facilitait les soins prodigués par ses accompagnants. Toutefois, d’autres récits précisent qu’il ne serait devenu incontinent que tard dans sa vie, et certaines photographies le montrent avec un pantalon sous ses robes, ce qui affaiblit cette explication.

Une autre hypothèse, évoquée dans American Sideshow, suggère que les artistes de sideshow féminins attiraient davantage le public à l’époque, et que le sexe de Schlitzie n’étant pas immédiatement évident, les forains ont pu choisir cette présentation pour susciter davantage de curiosité. Il est aussi possible que cette identité ait commencé dans une troupe avant de devenir une partie permanente de sa persona. Ce qui est certain, c’est que d’autres artistes microcéphales masculins étaient annoncés comme des hommes ; cette singularité semble donc propre à Schlitzie.

Schlitzie dans Freaks (1932)

Schlitzie a travaillé pour un nombre impressionnant de cirques au cours de sa vie. Cette mobilité permanente s’explique par une pratique courante à l’époque : les artistes étaient souvent vendus, échangés ou prêtés d’une troupe à l’autre. Aussi choquant que cela paraisse aujourd’hui, c’était alors considéré comme normal dans l’univers du cirque et du sideshow.

Comme les cirques suivaient souvent les mêmes itinéraires de ville en ville, les propriétaires cherchaient sans cesse à renouveler leurs attractions pour attirer un public déjà familier avec leurs spectacles. Les artistes passaient donc d’une troupe à l’autre, voyageant sans cesse à travers le continent américain. Ceux qui étaient plus autonomes pouvaient parfois choisir, mais pour des personnes comme Schlitzie, le choix était sans doute très limité. Il a ainsi travaillé pour de grandes compagnies de cirque, et il aurait même découvert des lieux lointains comme le Venezuela.

Tente de cirque

Malgré sa différence, Schlitzie était aimé de presque tous ceux qui l’entouraient. En raison de ses difficultés cognitives, il se comportait souvent comme un enfant enthousiaste, avec un sens très vif de l’émerveillement. Cette spontanéité captivait le public, qui revenait le voir encore et encore. Il savait chanter, danser et imiter les autres, et chacun de ses numéros était accueilli avec enthousiasme. L’un de ses plus célèbres consistait simplement à compter de un à dix, même s’il omettait souvent le chiffre sept. Était-ce un oubli ou une partie prévue du spectacle ? La question reste ouverte.

Son impact ne se limitait pas au public. Ses infirmières, ses soignants et les autres artistes l’appréciaient beaucoup et veillaient à son bien-être. Bien qu’il n’ait jamais eu de famille au sens classique du terme, les troupes auxquelles il appartenait ont souvent cherché à le traiter comme un proche.

Selon un témoignage relayé par Find a Death, les spectateurs se montraient parfois cruels envers lui, ce qui provoquait sa colère. Dans ces moments, les employés du cirque intervenaient rapidement pour mettre fin aux abus et faire quitter les personnes irrespectueuses. Cette vigilance montre aussi à quel point, dans certains cas, Schlitzie était protégé par ceux qui travaillaient à ses côtés.

Schlitzie dans Freaks (1932)

Le rôle le plus célèbre de Schlitzie demeure celui qu’il interprète dans Freaks en 1932, où il joue en quelque sorte son propre personnage : un « pinhead » de sideshow nommé Schlitzie, bien que, dans le film, il soit aussi présenté comme féminin hors scène. Ce rôle lui offre une belle visibilité à l’écran, permettant encore aujourd’hui d’observer sa personnalité et son charme dans un contexte de cinéma de culture insolite.

Ce ne fut pourtant pas sa seule apparition. Il a également joué dans d’autres films, notamment The Sideshow et Meet Boston Blackie, où ses rôles restent bien plus modestes. La même année, il apparaît aussi dans The Island of Lost Souls, une adaptation précoce de L’Île du docteur Moreau de H. G. Wells, où il fait partie des « manimals ». Sa présence à l’écran témoigne de l’intérêt persistant que le cinéma portait alors aux figures de l’étrange.

Son rôle le plus singulier se trouve toutefois dans Tomorrow’s Children, un film militant dénonçant la stérilisation forcée, pratique alors fréquente envers les criminels ou les personnes handicapées. Schlitzie y incarne brièvement un criminel condamné à la stérilisation. Ce qui rend cette apparition unique, c’est qu’on le voit avec une épaisse chevelure et une barbe, un aspect très rare chez lui et particulièrement saisissant à l’écran.

Tomorrow's Children

Un autre mystère entoure encore Schlitzie : il aurait peut-être eu une sœur, elle aussi atteinte de microcéphalie. Certaines sources, dont Secrets of the Sideshows, affirment même qu’elle était sa jumelle. Son nom aurait été Athelia, et les deux enfants auraient été achetés ensemble à leurs parents avant d’être séparés par des propriétaires de cirque. Comme pour tant d’autres éléments de sa biographie, il est difficile de savoir ce qui relève du fait ou de la légende de sideshow.

Il existait bien une autre artiste microcéphale nommée Athelia, qui a parfois été associée à Schlitzie dans des circuits de tournée similaires. Des photographies et des témoignages de l’époque la mentionnent, et elle aussi était présentée comme issue du peuple aztèque. Elle semble avoir eu à peu près le même âge que lui, ce qui alimente encore les spéculations.

Cependant, il est tout à fait possible qu’Athelia ait simplement été une autre artiste au profil comparable, et que les promoteurs aient inventé un lien familial pour renforcer l’attrait commercial du numéro. Comme pour Schlitzie, presque rien n’est connu de sa naissance ou de son enfance, ce qui empêche de vérifier si elle était réellement sa sœur ou seulement un nom de plus dans l’histoire du sideshow.

Grande roue

Schlitzie a passé plusieurs années dans un établissement psychiatrique. À un moment donné, George Surtees, dresseur de chimpanzés rencontré sur le circuit forain, fut séduit par sa gentillesse et sa chaleur humaine. Les deux hommes devinrent amis, puis Surtees prit progressivement son rôle de protecteur avant de l’adopter légalement, le considérant comme un fils. On raconte qu’ils ont partagé une vie familiale heureuse.

Après la mort de Surtees dans les années 1960, les tribunaux décidèrent que Schlitzie, incapable de subvenir seul à ses besoins, serait confié à la fille de George Surtees. Or celle-ci n’avait aucune expérience du monde du cirque et se retrouvait démunie face à sa prise en charge. D’après The Human Marvels, elle aurait finalement estimé que la meilleure solution pour Schlitzie était de le faire admettre dans l’aile psychiatrique du Los Angeles County Hospital.

Une fois interné, Schlitzie aurait sombré dans une profonde dépression. L’institution lui permettait parfois de se produire brièvement devant le personnel et d’autres patients, mais il supportait mal d’être éloigné du cirque. Très vite, il devint évident qu’il vivait cette nouvelle existence avec beaucoup de souffrance.

Porte d'hôpital

Au bout d’environ trois ans, Schlitzie fut remarqué dans l’hôpital par Bill Unks, un concierge qui travaillait là hors saison, alors qu’en temps normal il exerçait comme avaleur d’épées dans le cirque. Selon American Sideshow, Unks reconnut Schlitzie et prévint son ami Sam Alexander, autre artiste de sideshow connu sous le nom de The Two-Faced Man.

Ensemble, Unks et Alexander contactèrent les médecins pour demander que Schlitzie retourne au cirque. Contre toute attente, les médecins acceptèrent. Sa dépression était telle qu’ils craignaient qu’il ne survive pas longtemps à l’hôpital. Ils le confièrent donc à Unks et Alexander, qui le remirent rapidement sur les routes.

Dès son retour, l’état de Schlitzie s’améliora nettement. Il retrouva presque aussitôt la vie qu’il avait connue pendant des décennies. Avant sa sortie, les médecins ne lui donnaient plus que six mois à vivre en raison de son état psychologique. Pourtant, une fois revenu dans le monde du spectacle, il vécut encore plusieurs années. Même lorsqu’il devint trop âgé pour voyager, il continua à se produire dans les rues de Los Angeles, vendant ses anciennes photos de sideshow.

Schlitzie dans Freaks (1932)

Schlitzie a finalement atteint un âge avancé, ce qui est rare pour de nombreux artistes de sideshow. Beaucoup d’entre eux vivaient moins longtemps que la moyenne, souvent à cause des mêmes conditions médicales qui faisaient leur singularité. Il n’était pas rare qu’ils ne restent que quelques années sur le circuit avant de se retirer tôt, ou même de mourir en tournée.

Schlitzie fit exception. Selon son certificat de décès, il mourut le 24 septembre 1971, un document consultable via Find a Death. Il y est indiqué qu’il avait 70 ans, en se basant sur la date de naissance supposée du 10 septembre 1901. Mais comme cette date n’est pas confirmée, il est possible qu’il ait été plus âgé encore, peut-être même dans la quatre-vingtaine. La microcéphalie n’entraîne pas nécessairement une espérance de vie réduite, mais cela dépend de la gravité du trouble.

Malade depuis un certain temps, Schlitzie fut d’abord hospitalisé, puis transféré à la Fountain View Convalescent Home, où il passa ses derniers jours. Son décès fut attribué à une pneumonie bronchique causée par une dépression médullaire, une atteinte physique et non psychologique. En raison de son âge avancé, il ne parvint pas à résister à l’infection respiratoire. Il fut enterré le 7 octobre 1971.

Schlitzie

Au départ, Schlitzie n’avait même pas de plaque funéraire. Malgré sa popularité et la demande constante dont il avait fait l’objet toute sa vie, il avait terminé ses jours dans une grande précarité. Le travail de sideshow ne prévoyait aucune retraite, et le lieu de sa sépulture, au Queen of Heaven Cemetery à Rowland Heights, en Californie, n’était qu’une parcelle anonyme : Section E, Tier 21, Grave 69.

Ce n’est qu’en 2007 qu’une évolution eut lieu. Scott Michaels, propriétaire de findadeath.com et admirateur de Schlitzie, visita la tombe et fit remarquer l’absence de pierre tombale dans un compte rendu de sa visite. Plus tard, des membres du forum du site décidèrent de remédier à cette situation. L’un d’eux contacta le cimetière et apprit qu’un solde restait à régler, sans doute parce que la sépulture n’avait pas été entièrement payée. Une fois cette dette acquittée, un nouveau marqueur put être installé.

Les membres du site organisèrent alors une petite collecte. Après avoir réuni quelques centaines de dollars, ils purent régler le solde et ajouter une modeste plaque au niveau du sol, portant le nom et les dates figurant sur le certificat de décès de Schlitzie le Pinhead.

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