Dans les coulisses de X-Files, les mystères ne se limitaient pas aux enquêtes de Mulder et Scully. Entre tournages éprouvants, scènes dérangeantes et incidents inattendus, la série culte a accumulé son lot d’anecdotes insolites, parfois aussi troublantes que celles vues à l’écran. Ce regard sur le tournage de X-Files montre à quel point cette série de télévision a marqué la culture populaire bien au-delà de ses intrigues surnaturelles.
Des tournages de X-Files parfois plus dérangeants que les épisodes eux-mêmes
Le quatrième épisode de la saison 4, Home, est resté célèbre pour son atmosphère particulièrement violente et sordide. L’histoire met Mulder et Scully sur la piste d’un bébé mort né avec de multiples malformations, puis les conduit vers la famille Peacock, trois frères reclus, eux aussi atteints de difformités physiques. Sans entrer dans tous ses détails, l’épisode s’impose comme l’un des plus sombres de X-Files.
Le scénario avait d’ailleurs été jugé trop extrême à l’origine, au point d’être rejeté par les producteurs avant qu’ils ne reviennent sur leur décision. Sur le plateau, un membre de l’équipe aurait résumé l’ambiance d’une phrase devenue révélatrice : « C’est affreux, même pour nous. » Le ton était tel qu’un musicien refusa même d’autoriser l’utilisation d’un morceau de Johnny Mathis après lecture du script. Finalement, la production dut se contenter d’un interprète ressemblant plutôt qu’à l’original.
Même le réalisateur Kim Manners, pourtant favorable au projet, admit qu’une scène montrant un bébé enterré vivant était l’un des plans les plus éprouvants de toute sa carrière. À l’époque, la chaîne prit aussi la décision inhabituelle d’ajouter un avertissement sur la violence graphique. Cet épisode devint même le premier d’une série télévisée à obtenir la classification TV-MA dans le système de notation alors en vigueur. Après sa diffusion initiale, il fut banni de la programmation régulière et ne reparut qu’une seule fois, lors d’un spécial Halloween en 1999.
Pendant ce temps, d’autres éléments du tournage relevaient presque du surnaturel. Voici quelques-unes des histoires les plus insolites associées au tournage de X-Files :
- un personnage principal a failli faire rechuter un ancien fumeur ;
- des lieux de tournage canadiens ont servi à recréer des déserts, l’Antarctique ou le Texas ;
- une électrocution dramatique a frappé l’équipe pendant la production ;
- des serpents venimeux et même des abeilles ont été utilisés dans des conditions très particulières ;
- des scènes ont mis à l’épreuve les acteurs végétariens ;
- un fan obsédé a carrément rampé dans un champ de maïs pour espionner le tournage.
Le redoutable Homme à la cigarette, antagoniste emblématique de Mulder et Scully, n’était au départ qu’une simple silhouette menaçante apparue dans le pilote. William B. Davis devait n’être qu’un figurant inquiétant, mais son allure a convaincu les producteurs de le faire revenir. Peu à peu, le personnage s’est imposé comme une figure centrale de la mythologie de X-Files.
Le problème, c’est que l’acteur était un ancien fumeur. Lors de ses premières apparitions, l’équipe l’a donc fait fumer de vraies cigarettes, sans savoir qu’il avait arrêté. Cette situation a rendu le tournage particulièrement pénible pour lui et a même failli le faire rechuter. Plus tard, lorsqu’ils l’apprirent, les responsables lui proposèrent des cigarettes à base de plantes, plus faciles à supporter malgré leur goût réputé très désagréable.
Le tournage en extérieur fut lui aussi semé d’épisodes surprenants. Comme la série était produite à Vancouver, il fallait sans cesse faire passer le Canada pour d’autres régions d’Amérique du Nord. Pour recréer le désert du Nouveau-Mexique dans Anasazi, l’équipe alla jusqu’à peindre une carrière de roche en rouge afin d’éviter un déménagement complet. Une solution étrange, mais efficace dans l’univers parfois improvisé du tournage télévisé.
Les problèmes se sont aussi multipliés sur X-Files: Fight the Future, le premier film dérivé de la série. Une scène dans un champ de maïs fut particulièrement éprouvante : les tiges coupantes provoquaient de nombreuses égratignures, et David Duchovny, plus grand que Gillian Anderson, courait devant elle, recevant les chocs du maïs qui lui revenaient ensuite au visage. Une autre scène censée se dérouler au Texas fut tournée en Californie City, sous une chaleur si écrasante que les acteurs portaient des poches de glace dissimulées sous leurs vêtements.
Dans un autre cas encore plus étonnant, l’équipe dut simuler une partie de l’Antarctique sur un plateau fermé. Un faux glacier avait été commandé, mais il ne correspondait pas aux images de repérage et fut recouvert de vraie glace. Avec les lampes chauffantes censées imiter la lumière du jour, la glace fondit et, combinée aux gaz dégagés par les projecteurs, remplit le studio de monoxyde de carbone. La ventilation dut être renforcée en urgence pour éviter que le plateau ne devienne dangereux.
Les animaux posèrent eux aussi des défis. Dans l’épisode Signs and Wonders, qui montre une église appalachienne pratiquant la manipulation de serpents, le réalisateur Kim Manners exigea l’usage de vrais crotales avec un minimum d’effets spéciaux. Une trentaine de serpents furent mobilisés, sous la surveillance constante d’un spécialiste et d’une équipe médicale. L’atmosphère était d’autant plus tendue que ces reptiles sont venimeux et potentiellement mortels.
Sur Fight the Future, la situation était tout aussi délicate, mais pour une autre raison : le tournage dans le désert exposait l’équipe au crotale Mojave, l’un des serpents les plus dangereux de la région. Son venin, à la fois neurotoxique et hémotoxique, peut affecter le système nerveux et le sang, avec des conséquences rapides et graves. Dans ce contexte, la présence d’un spécialiste des serpents relevait presque de la nécessité vitale.
Une scène célèbre montre aussi une abeille rampante sortant du col de Scully avant de parcourir son épaule. Pour obtenir cet effet, un soigneur d’abeilles sélectionna des insectes qui préféraient marcher plutôt que voler, puis guida leur trajet grâce à une trace de phéromones et un petit ventilateur. L’abeille, en quelque sorte, réussit son numéro d’actrice à douze reprises.
Le végétarisme des acteurs créa enfin quelques moments franchement gênants sur le plateau. David Duchovny et Gillian Anderson étaient tous deux végétariens au moment du tournage de Red Museum, et ils durent pourtant jouer au milieu d’un décor d’abattoir, avec viande suspendue et traces de sang partout. Dans la même logique, une scène les montrait en train de manger des travers de porc, ce qui rendait l’exercice au minimum inconfortable.
Le moment le plus insolite survint toutefois dans l’épisode Humbug, lorsque Scully feint d’avaler un grillon vivant devant Mulder et des artistes de foire. En réalité, l’équipe avait prévu un faux grillon en bonbon, mais Gillian Anderson décida au dernier moment de mettre un véritable insecte dans sa bouche après avoir vu un performeur en avaler plusieurs pour de vrai. Elle expliquera plus tard qu’elle ne l’avait finalement pas mangé et qu’elle l’avait recraché dès le mot « coupez ».
Enfin, Doug Hutchison, interprète de l’inquiétant contorsionniste Victor Eugene Tooms, était lui aussi végétarien alors qu’il incarnait un personnage littéralement cannibale. L’ironie était totale, même s’il a visiblement apprécié le rôle. Cette contradiction résume bien l’étrangeté permanente qui a entouré X-Files, autant devant la caméra que sur le tournage.
Les fans, eux, participaient pleinement à cette légende. Les X-Philes, nom donné aux admirateurs les plus passionnés, scrutaient chaque photo de plateau et chaque annonce de casting pour deviner les futurs rebondissements. Leur obsession allait parfois très loin, au point qu’un adolescent aurait rampé sur près d’un kilomètre dans un champ de maïs pour s’approcher du tournage de X-Files: Fight the Future et filmer la production en secret.
Le lendemain, ses images se retrouvèrent même à la télévision locale, révélant la faille de sécurité. Pour une série fictionnelle déjà consacrée aux complots, aux créatures étranges et aux secrets d’État, difficile d’imaginer un tournage plus en phase avec son univers. Ainsi, les anecdotes insolites de X-Files ont fini par devenir une partie essentielle de son héritage culturel.
