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Que se passerait-il si Yellowstone entrait en éruption ?
Chaque année, des millions de visiteurs se rendent au parc national de Yellowstone pour admirer des merveilles naturelles comme le geyser Old Faithful. Mais ces paysages spectaculaires existent aussi parce que Yellowstone repose sur un supervolcan actif, une véritable bombe géologique à retardement. Selon l’U.S. Geological Survey (USGS), il est entré en éruption trois fois au cours des 2,1 derniers millions d’années. Là où il y a déjà eu une éruption, une autre reste possible. La vraie question est donc simple : quelle probabilité existe-t-il que le supervolcan de Yellowstone produise une super-éruption, et quelles en seraient les conséquences ?
Comme l’explique l’USGS, une éruption à Yellowstone n’est pas exclue. À l’échelle géologique, “bientôt” signifie toutefois d’ici quelques milliers d’années. Les géologues définissent un supervolcan, comme celui qui se trouve sous Yellowstone, comme un centre volcanique dont les éruptions passées ont produit au moins 240 miles cubes de matériaux. Une super-éruption correspond, elle, à une éruption d’indice 8 ou plus sur l’échelle d’explosivité volcanique. Yellowstone n’est d’ailleurs que l’un des deux supervolcans recensés aux États-Unis, l’autre se trouvant dans la Long Valley, en Californie.
Malgré son potentiel destructeur, la probabilité qu’il projette de la lave est infime : l’USGS l’évalue à 0,00014 %. Autrement dit, les chances que le monde disparaisse sous l’impact d’un astéroïde capable de détruire la planète sont supérieures. Avec une probabilité d’environ 1 sur 730 000, il n’y a donc pas de raison d’annuler un voyage à Yellowstone. En revanche, imaginer ce qu’impliquerait un tel événement reste fascinant.

Une éruption de Yellowstone aurait des effets sur le climat mondial pendant des décennies. L’USGS indique que si le supervolcan entrait en éruption, les États voisins comme le Montana, l’Idaho et la majeure partie du Wyoming seraient touchés par des coulées pyroclastiques — des nuées brûlantes constituées de gaz, de cendres et de fragments volcaniques — ainsi que par des retombées de roche en fusion. Ce serait pourtant le nuage de cendres qui se révélerait le plus dangereux, enveloppant une large partie du Midwest américain sous une épaisse couche grise.
Sous cette couverture de cendre volcanique, les cultures et le bétail souffriraient rapidement, ce qui fragiliserait l’approvisionnement alimentaire. Ailleurs, les rivières et les cours d’eau seraient temporairement obstrués, provoquant toute une série d’effets écologiques en cascade. L’éruption ferait aussi naître une caldeira, vaste dépression pouvant s’étendre sur plusieurs kilomètres après l’évacuation du magma situé en profondeur. Dans le même temps, le dioxyde de soufre rejeté dans l’atmosphère favoriserait un refroidissement global, aggravant encore les difficultés pour l’agriculture à l’échelle mondiale.
Un tel scénario serait évidemment préoccupant, mais il ne conduirait pas nécessairement à l’extinction de l’humanité. L’USGS souligne en outre qu’une éruption probable serait repérée des mois, voire des années à l’avance, ce qui laisserait le temps de se préparer et de limiter les dégâts.

Le supervolcan de Yellowstone a donc très peu de chances d’entrer en éruption dans les prochains millénaires, mais la région fait tout de même l’objet d’une surveillance étroite. Ce suivi est assuré en grande partie par le Yellowstone Volcano Observatory (YVO), en collaboration avec l’USGS, le parc national et l’Université de l’Utah. Grâce au site du YVO, il est possible d’obtenir des données en temps réel sur le débit des cours d’eau, la température de l’eau ou encore la probabilité de séismes.
Au-delà des éruptions volcaniques, Yellowstone est surtout exposé à des risques plus fréquents, comme les explosions hydrothermales liées à l’activité des geysers, provoquées par divers phénomènes géologiques, même si elles demeurent rares. L’un des cas les plus connus reste le séisme de magnitude 6,1 survenu près du bassin de Norris Geyser en 1975.
En 2014, une équipe de scientifiques a publié dans Geochemistry, Geophysics, Geosystems une étude consacrée aux effets à long terme d’une super-éruption à Yellowstone. Jacob Lowenstern, du U.S. Geological Survey et responsable scientifique du YVO, coauteur de l’étude, expliquait à Vox que même si Yellowstone devait de nouveau entrer en éruption, le scénario catastrophe ne serait probablement pas celui que l’on imagine le plus souvent. Selon lui, les “petites éruptions”, bien que rares, sont “beaucoup, beaucoup plus fréquentes”. Une précision souvent oubliée dans les médias.
La dernière éruption de Yellowstone, survenue il y a environ 70 000 ans, a provoqué une coulée de lave relativement modérée sur le plateau de Pitchstone. “La Terre connaîtra des super-éruptions dans le futur, mais seront-elles à Yellowstone ? Rien n’est moins sûr”, disait Lowenstern à Vox. “Yellowstone a déjà vécu une très longue histoire. Il se pourrait même qu’il n’en voie jamais une quatrième.”
