L’exploration océanique franchit une nouvelle étape décisive pour la compréhension du climat. L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a confirmé le déploiement de ses deux premiers flotteurs du réseau Argo nouvelle génération. Ces dispositifs, qui s’apparentent à de longs tubes équipés d’antennes, possèdent la capacité inédite de plonger jusqu’à 6 000 mètres de profondeur pour analyser les courants marins.
Cette technologie ouvre une fenêtre sur des zones jusqu’ici peu surveillées. Selon Virginie Thierry, océanographe physicienne à l’Ifremer, ces équipements permettront de suivre les traces du réchauffement climatique jusque dans les abysses océaniques, offrant ainsi des données précieuses sur la santé globale des océans.
Une collecte de données depuis les profondeurs ultimes
Le fonctionnement de ces robots autonomes repose sur un cycle programmé d’une dizaine de jours. Selon les spécifications de l’institut, les flotteurs descendent jusqu’à 6 000 mètres avant d’entamer leur remontée vers la surface. C’est durant cette ascension verticale qu’ils capturent les paramètres physico-chimiques de l’eau, tels que la température et la salinité.
Une fois arrivés à la surface, ces profileurs transmettent l’ensemble des informations collectées via satellite. Ce processus s’inscrit dans le cadre du programme Argo, initié au début des années 2000. Ce réseau mondial, auquel participent une trentaine de nations, compte aujourd’hui 4 000 flotteurs dérivant sur les mers du globe pour fournir des analyses en temps quasi réel.
La France, pilier mondial de l’observation océanique
La France consolide sa position de leader dans ce domaine scientifique. Avec un parc de 306 robots sous-marins recensés fin 2025, l’Hexagone est le deuxième contributeur mondial du programme, se plaçant juste derrière les États-Unis qui gèrent plus de 2 300 unités.
L’ambition française ne s’arrête pas là. D’ici à 2028, la flotte nationale devrait être renforcée par l’ajout de trente nouveaux modèles capables de résister aux pressions extrêmes des grandes profondeurs. Ces déploiements cibleront prioritairement l’Atlantique Nord. Ces prouesses technologiques ont cependant un coût, chaque unité représentant un investissement d’environ 80 000 euros.
Sur le plan industriel et technique, la France rejoint un cercle très restreint. Elle devient le troisième pays au monde, après les États-Unis et la Chine, à maîtriser la conception d’instruments autonomes capables d’opérer à de telles profondeurs pour mesurer simultanément la salinité, la température, l’oxygène et la pression. Ces données alimentent déjà plus de 6 000 publications scientifiques, soulignant l’importance cruciale de ce réseau pour la recherche mondiale.
