Climat : Pourquoi le méthane flambe malgré la baisse de la pollution ?

par Olivier
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Climat : Pourquoi le méthane flambe malgré la baisse de la pollution ?
Science

La hausse spectaculaire des concentrations de méthane enregistrée depuis 2020, période marquée par la pandémie de Covid-19, trouve désormais une explication scientifique rigoureuse. Une étude récente publiée dans la revue Science met en lumière un phénomène inattendu : l’augmentation de ce puissant gaz à effet de serre résulte conjointement d’un affaiblissement temporaire des capacités naturelles de nettoyage de l’atmosphère et d’une activité accrue des zones humides.

Un effet paradoxal de la baisse de la pollution

Contrairement aux attentes, cette accélération du méthane (CH4), qui se classe comme le deuxième gaz à effet de serre après le CO2, n’est pas imputable à une recrudescence de l’activité industrielle fossile ou aux incendies. Selon Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), la cause principale réside dans une diminution de la capacité atmosphérique à éliminer ce gaz.

Le mécanisme chimique en jeu implique les radicaux hydroxyles (OH), qui agissent comme des « détergents » naturels en dégradant le méthane dans l’air. Entre 2020 et 2021, la concentration de ces radicaux a chuté. Cette baisse serait responsable de 74 à 80 % de l’anomalie constatée. L’explication est surprenante : ces radicaux sont produits en présence d’oxydes d’azote (NOx). Or, les confinements mondiaux ont drastiquement réduit les émissions de polluants liés aux transports, entraînant mécaniquement une baisse des NOx et donc, une moindre élimination du méthane.

Ce phénomène est qualifié de « dommage collatéral » par Marielle Saunois, coautrice de l’étude. Bien que la qualité de l’air se soit améliorée durant cette période, cet effet indirect souligne la complexité des interactions chimie-climat. Pour les scientifiques, cela implique la nécessité de renforcer encore davantage la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour contrebalancer ces effets antagonistes.

Le rôle croissant des zones humides

L’étude pointe également un second facteur déterminant : la hausse des émissions naturelles provenant des zones humides, des eaux intérieures et de certaines pratiques agricoles. Ce phénomène a été amplifié par l’épisode climatique La Niña, qui a sévi entre 2020 et 2023. En apportant des conditions plus humides, notamment en Afrique tropicale et en Asie du Sud-Est, La Niña a favorisé l’activité microbienne productrice de méthane.

Cette dynamique naturelle inquiète les experts pour l’avenir climatique. Les modèles actuels, y compris ceux de l’Accord de Paris, considèrent généralement les émissions des zones humides comme constantes. Or, comme le souligne Hanqin Tian du Boston College, ces écosystèmes pourraient façonner de plus en plus le changement climatique à court terme. Les auteurs de l’étude appellent donc à intégrer ces nouvelles variables dans les stratégies mondiales d’atténuation du réchauffement.

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