Un hommage émouvant s’est tenu ce mercredi à Bordeaux en mémoire de Ruben Torres, un ressortissant hondurien de 37 ans. Après le rejet de sa demande d’asile et une obligation de quitter le territoire français (OQTF), l’homme a trouvé la mort peu après son retour forcé au Honduras. Des centaines de personnes se sont rassemblées pour dénoncer les circonstances de ce drame.
Sur le Parvis des droits de l’Homme, à proximité de l’Hôtel de ville bordelais, une minute de silence a été observée. En présence de son demi-frère Émile, les participants ont honoré la mémoire du défunt devant un portrait entouré de bougies. Ce rassemblement visait à pointer du doigt les difficultés rencontrées par les demandeurs d’asile dans l’Hexagone.
Un parcours marqué par le refus de l’asile
Arrivé en Gironde en 2024, Ruben Torres affirmait avoir fui son pays pour échapper aux menaces d’un chef de gang. Cependant, ses demandes de protection ont été successivement rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Des militants associatifs présents lors de l’hommage ont déploré l’absurdité de procédures exigeant des preuves matérielles souvent impossibles à fournir pour les exilés, au-delà de leurs témoignages oraux.
En septembre 2025, Ruben Torres s’était vu signifier une OQTF. Ne pouvant ni travailler ni se loger de manière autonome, il vivait chez son demi-frère franco-hondurien dans une situation de détresse psychologique croissante. En février 2026, poussé par le désespoir, il avait finalement décidé de repartir au Honduras, espérant pouvoir retenter une demande d’asile ultérieurement.
Une fin tragique sous fond de contestation
Le retour au pays a été fatal. Porté disparu seulement une semaine après son arrivée à Tegucigalpa, la capitale du Honduras, son corps a été découvert le 9 mars dans un ravin. Si l’autopsie locale a conclu à un accident, sa famille conteste fermement cette version, persuadée qu’il a été victime des menaces qu’il redoutait tant avant son départ.
Face à cette tragédie, le directeur général de l’Ofpra, Alain Espinasse, a défendu le travail de ses services. Tout en qualifiant le décès de tragédie, il a affirmé que les décisions avaient été prises après une analyse sérieuse. Selon lui, les éléments apportés lors de l’entretien n’étaient pas suffisants pour établir la réalité des risques encourus. L’avocat de la famille, Me Pierre-Antoine Cazau, également président de la Ligue des droits de l’Homme en Gironde, souligne pour sa part l’immense difficulté pour les demandeurs d’asile de prouver concrètement les menaces mafieuses dont ils font l’objet.
