Amish et taxes : la question semble simple, mais la réalité est bien plus nuancée. En Amérique du Nord, où vivaient en 2018 environ 330 270 Amish, près de 63 % d’entre eux résidaient dans trois États seulement — l’Ohio, la Pennsylvanie et l’Indiana. Autrement dit, pour beaucoup d’Américains, ces communautés restent surtout une image lointaine, construite à partir de représentations souvent réductrices.
Cette image présente fréquemment les Amish comme un bloc uniforme : des croyants très pieux, vêtus de manière austère, avec de longues barbes, de larges bonnets, sans technologie moderne ni électricité, vivant dans une simplicité rigoureuse. Dans cette vision, leur foi les dispenserait entièrement de payer des impôts. En réalité, la situation est plus complexe — et c’est précisément là que se trouve l’intérêt de la question des Amish et taxes.
Comme l’a souligné Penn State University, il existe une vingtaine de sous-groupes amish, chacun avec son propre degré de conservatisme. Certains, comme les Beachy Amish et les Amish Mennonites, utilisent des véhicules et l’électricité publique. Surtout, aucun de ces groupes n’est totalement exempté d’impôts. Beaucoup d’Amish paient même deux fois les taxes scolaires, à la fois pour les écoles publiques et pour les écoles privées amish. Ils s’acquittent aussi des impôts sur le revenu, de la taxe foncière et des taxes à la consommation.
En revanche, les Amish sont généralement dispensés des contributions destinées à la Sécurité sociale, à Medicare et, par extension, à l’Affordable Care Act, plus connu sous le nom d’« Obamacare ». En contrepartie, ils ne perçoivent pas les prestations associées à ces programmes. Cette disposition n’existe que depuis 1965 — et, dans le cas d’Obamacare, depuis 2010 — et ne concerne que les communautés amish existant déjà au 31 décembre 1950. Même cette exemption comporte des limites : comme l’explique le professeur Donald Kraybill dans The Riddle of Amish Culture, les Amish employés par des non-Amish paient bien les cotisations de Sécurité sociale, tout comme les propriétaires d’entreprises amish qui ont des salariés non amish.
Comment ces exemptions fiscales ont-elles vu le jour ? Selon Donald Kraybill, l’une des affaires les plus célèbres remonte à un Amish qui refusa de payer la Sécurité sociale. Des agents du fisc lui confisquèrent ses chevaux pendant qu’il travaillait aux champs. Il ne s’agissait pas d’un rejet global de l’impôt, mais d’un conflit entre la logique de l’assistance publique et l’obligation religieuse, pour les Amish, de prendre soin les uns des autres. Puisque la Sécurité sociale et Medicare soulagent une partie de cette charge communautaire, beaucoup d’Amish s’opposent à recevoir ces avantages et, par conséquent, à les financer.
Le Congrès a accordé ces exemptions à condition que les Amish disposent d’« un moyen raisonnable de prendre en charge leurs membres âgés ou dépendants ». C’est ainsi que ces communautés ont mis en place leurs propres fonds hospitaliers, alimentés par les contributions de leurs membres. Lorsque cela ne suffit pas à régler les factures médicales, elles organisent des ventes aux enchères de meubles, de nourriture, de bétail et d’autres biens donnés afin de réunir des fonds supplémentaires. En définitive, les Amish paient donc bien des impôts — et financent aussi eux-mêmes une partie de leurs soins de santé, selon un modèle communautaire qui intrigue autant qu’il interpelle.
