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Le monde de l’édition française traverse une zone de turbulences. Plus de 300 auteurs et professionnels du secteur, portés par des figures telles que Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère, réclament l’instauration d’une « clause de conscience ». Cette demande, formulée dans une tribune publiée par La Tribune Dimanche, fait suite au départ d’Olivier Nora de la direction des éditions Grasset.
Un équilibre entre liberté et éthique
Les signataires de l’appel estiment qu’il est nécessaire de poser une limite claire pour protéger l’indépendance éditoriale. Ils souhaitent que la clause de conscience, déjà existante pour les journalistes, soit étendue aux auteurs. Selon eux, cela permettrait de rétablir un équilibre entre la liberté d’entreprendre des propriétaires et la liberté des créateurs de ne pas servir une idéologie qu’ils réprouvent.
Parmi les soutiens à cette initiative se trouvent des auteurs de diverses maisons, comme Hervé Le Tellier et Maylis de Kerangal, mais aussi des piliers de Grasset tels que Gaël Faye et Bernard-Henri Lévy. Des lauréats récents du prix Goncourt, à l’image de Jean-Baptiste Andrea, se sont également joints au mouvement.
L’influence de Vincent Bolloré pointée du doigt
Le départ d’Olivier Nora est perçu par les signataires comme le symptôme d’une évolution préoccupante du droit français. Ils pointent directement la gestion de Vincent Bolloré, dont le groupe contrôle désormais Hachette et Grasset. Pour ces auteurs, l’orientation idéologique du groupe est désormais clairement identifiée dans le débat public, créant une « dissonance morale » pour ceux qui y travaillent.
Actuellement, le droit français ne propose aucune alternative aux salariés et auteurs face à ces changements de ligne éditoriale, si ce n’est la démission. Partir signifie alors renoncer à des années d’ancienneté et de stabilité, une situation que les auteurs jugent inacceptable pour leur indépendance.
Vers une évolution législative
Le mouvement a déjà trouvé un écho dans la sphère politique. La sénatrice socialiste Sylvie Robert plaide pour la création de cette clause en cas de changement radical de ligne éditoriale. De son côté, le député Jérémie Patrier-Leitus travaille sur une proposition de loi visant à insérer automatiquement une clause « intuitu personae » dans les contrats d’édition. Cette mesure permettrait aux auteurs de rompre leur contrat si leur éditeur quitte ses fonctions.
Interrogé sur le sujet, le président Emmanuel Macron a indiqué qu’il fallait réfléchir à cette question, estimant qu’elle allait nécessairement se poser dans un avenir proche pour garantir le pluralisme éditorial.
