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Pour chaque morceau inoubliable des années 80, certains restent gravés comme des flops notoires. Par flop, on entend ici un manque de succès sur les charts grand public, des ventes modestes et une faible rotation radio. À l’époque, atteindre le statut de tube dépendait avant tout des chiffres; l’arrivée de MTV a ajouté une dimension vidéo qui pouvait presque garantir des ventes et une diffusion soutenue. Pourtant, certains titres n’ont pas trouvé leur public, même avec une vidéo accrocheuse et une exposition internationale.

Talking Heads — Once in a Lifetime
Difficile d’imaginer que le morceau s’est pas imposé lors de sa sortie sur l’album Remain in Light en 1980. Le groupe, à ce moment-là, est plus une anomaly post-punk qu’un phénomène grand public. Relever un éloge existentiel à la découverte de soi était sans doute un pari risqué, mais c’est ce qui a fini par payer, au fil du temps.
À l’époque, les influences world music n’étaient pas encore pleinement acceptées dans le paysage mainstream, et Byrne et son équipe ont introduit des percussions afro-cubaines et des rythmes syncopés comme signatures sonores. L’intro percussive est devenue l’un des riffs les plus reconnaissables, démarrant une conversation poétique sur la réalité qui échappe à celui qui la vit. La voix tremblante de Byrne donne aux couplets une allure quasi sermo-née, avant que le refrain accroche et vous prenne.
Malgré l’audace créative, la chanson n’atteint pas le Billboard Hot 100 à sa sortie, bien qu’elle connaisse du succès à l’étranger. Une version live sortie en 1986 s’arrête au No 91, et même le clip devenu culte — où Byrne agit en homme en costume surdimensionné faisant ce geste étrange sur son avant-bras — n’y parvient pas vraiment. Avec le temps, Once in a Lifetime s’impose comme une curiosité aimée, cimentant le statut du groupe comme une force créative aventureuse.
Scandal — Goodbye to You
Avant l’immense succès The Warrior, Patty Smyth et Scandal initionnaient un morceau léger et synth-pop, Goodbye to You, sur un tempo enjoué et lumineux. Le texte raconte une rupture et une douleur non résolue, rendue par une interprétation sonore qui s’accorde à l’énergie new wave proche du pop-rock.
Sortie en 1982 sur leur premier EP, la chanson n’esquisse pas un sommet sur le Billboard, n’étant pas classée au-delà du No 65, mais elle gagne rapidement du terrain sur MTV, qui cherchait encore son audience. Smyth, avec sa présence visuelle, donne une poussée au clip et attire l’attention du public, même si la radio ne fait pas le reste.
Par la suite, Scandal, avec Smyth, connaitra un succès bien plus large en 1984 avec leur premier album éponyme, et Smyth poursuit une carrière solo remarquée. Aujourd’hui, Goodbye to You demeure un single marquant, débordant d’énergie estivale et de joie légère, qui irrigue encore les publicités modernes et les souvenirs des années 80.
Modern English — I Melt With You
Le motif chantant et l’harmonique « hmmm-HMMM-hmmm » qui conclut I Melt With You est l’un des riffs les plus identifiables de l’époque. On dirait même une incarnation musicale d’un clin d’œil nostalgique à la décennie, un appel qui résonne chez les fans de génération X.
Sortie discrète aux États‑Unis en 1982, la ballade urbaine ne s’impose pas immédiatement et se fait connaître surtout lorsqu’elle figure dans le film Valley Girl. Cette apparition offre une seconde chance à la chanson, qui atteint le No 78 lors de sa réédition, et le film devient un succès culte auprès des adolescents et des fans de pop-rock. La réédition de 1990 remonte peu, au No 76, mais le morceau s’impose durablement comme une référence des années 80, notamment sur les pistes de danse et les mariages.
Depuis lors, I Melt With You est devenu l’un des titres emblématiques de son époque, appréciée pour son mélange de guitares majeures et son refrain romantique, qui demeure une énergie ‘80 essentielle et accessible.
Lindsey Buckingham — Holiday Road
Entre deux projets au sein de Fleetwood Mac, Lindsey Buckingham signe Holiday Road, chanson légère et entraînante destinée à rythmer les vacances familiales. Son ambiance grinçante et ses vocalises claires forment une belle opposition à la route sinueuse parcourue par la famille lors de leur périple.
Malgré son esprit joyeux, la chanson n’atteint pas les sommets des charts, s’arrêtant à la No 82 lors de sa sortie en 1983 sur le Billboard Hot 100. Cependant, la notoriété du film National Lampoon’s Vacation a offert à la chanson une notoriété durable auprès des fans et des spectateurs, et une réinvention par Kesha en 2024 a même relancé son passage dans les dances et les charts.
Ce morceau n’est pas une pièce maîtresse, avec peu de paroles et une énergie qui ne ressemble pas à ce que Buckingham a produit auparavant. Cependant, son rythme bouillonnant et son refrain facile à reprendre apportent un regain d’optimisme et une légèreté qui restent agréable à ressusciter.
Indigo Girls — Closer to Fine
Clore, on n’ira pas loin des 50 premiers sur le classement Hot Singles de Billboard, mais la chanson a offert au monde l’une des plus lumineuses déclarations philosophiques des années 80. C’est l’un des rares tubes des Indigo Girls qui a mis en lumière le duo et leur approche folk intelligible et réfléchie, loin du glamour pop dominant à l’époque.
La chanson a servi d’intro au duo, au moment où le folk acoustique renaissait dans la conscience populaire. Des groupes comme Edie Brickell et les New Bohemians ou les Cowboy Junkies bénéficiaient d’un regain d’attention, et la ballade de Closer to Fine a offert une direction plus contemplative que les morceaux typés fête et argent facile. Elle est devenue un fleuron pour les fans et a même été intégrée à des films comme The Hollars et Barbie, en tant que revival doux et chantant, rassurant les personnages et les spectateurs que l’on est sur le bon chemin.
